Among The Living
Interview

Interview ADX (Philippe « Phil » Grelaud, chant)

Entretien avec Philippe « Phil » Grelaud, chanteur d’ADX à l’occasion de la sortie de leur dernier opus Non Serviam.
C’était au Feelgood des Halles le 26 mai dernier. 

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Il s’est passé beaucoup de temps depuis la première fois que je vous ai vu en concert à la loco en 1987 (puis 88 à l’Elysée et en 2014 à l’Elysée également). ADX c’est une belle aventure, avec des écueils et de beaux succès, mais fondamentalement avec une base solide de fans. Comment expliquez-vous cet engouement ?

Déjà ça fait très plaisir, des fans fidèles qui ramènent gens qui deviennent fan à leur tour, donc ça c’est encore mieux, c’est bien. Et sinon et bien je n’explique rien, c’est-à-dire qu’à une certaine époque on a bossé comme des malades pour acquérir une identité musicale, on s’est battu pour faire des albums, on a toujours fait des concerts, on a toujours essayé de faire en sorte que les gens qui viennent soient contents. Donc ça plus ça plus ça… Après, pourquoi les gens sont toujours demandeurs je ne peux pas l’expliquer, mais en tout cas ça fait plaisir, ça c’est sûr !

Justement vous avez eu des passages à vide, vous avez remis le pied à l’étrier, sûrement grâce à cette demande, puisqu’ADX on en parlait toujours, ça fait partie du paysage métal français au moins déjà.

Oui et on a été les premiers « surpris » puisqu’avant qu’on reprenne, en 2006 si mes souvenirs sont bons, on entendait par ci par là parler d’ADX,  mais on s’intéressait pas aux medias métal ni prêtaient attention aux rumeurs. Et quand on s’en est rendu compte de ces demandes, notamment des échos de l’étranger, on s’est dit qu’on s’y remettait, à la bonne franquette et qu’on verrait bien ce qu’il se passe.

Un petit topo sur le Line Up actuel, avec un petit nouveau à la guitare (Nicolas).

Oui, Niklos pour les intimes. Deux nouveaux enfin de compte, avec Julien qui est arrivé pour l’album Ultimatum et Nicolas qui est arrivé pour cet album-là. Ça se passe très très bien. Ça n’a pas redonné de jeunesse au groupe parce que on fait toujours du ADX, mais humainement parlant et dans le contexte ça apporte un plus, même si on n’a jamais fait de différences selon les âges, parce que si t’écoute de la musique, que t’ai 20 ou 50 ans pour moi c’est pareil, mais ça a redonné un coup de fouet. L’ambiance a toujours été bonne mais là c’était un petit peu plus boosté on va dire. 

En vieux fan que je suis, que sont devenus Marquis et Deuch ? Vous êtes encore en contact ?

Marquis on n’a pas de nouvelles du tout. Deuch est dans le sud, on communique régulièrement avec lui. Il est dans un groupe un peu plus rock, c’était son style préféré de base le punk, le rock etc, il a toujours aimé ça. On s’envoie des coucous réguliers, y’a pas de soucis.

Vous revenez avec un Non Serviam tout chaud et qui succède au très bon Ultimatum, qu’attendez-vous de cet album?

On attend toujours quelque chose de plus quand un album sort. Là on a quand même plus soigné promo puisqu’on a tourné à l’étranger l’année dernière et on a vu que y’avait vraiment une ouverture. Donc là pour parler de ça la promo on a commencé par l’Allemagne avec des préventes, on va retourner au canada, et y’a le Japon, l’Amérique du sud, où là on va essayer de frapper parce que on sait que y’a des fans donc faut pas les décevoir déjà, puis ça ferait très plaisir d’aller dans ces pays-là. Y’a déjà un concert de prévu en Suède, donc ça bouge. Même aux Etats-Unis qui sont très sectaires les premières chroniques sont bonnes concernant notre album Non Serviam donc c’est bien et ça fait plaisir.

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C’est bien donc ça prouve déjà que le français peut passer à l’étranger.

Le français est toujours bien passé à l’étranger. Moi ça fait des années que je me tue à le dire et les autres aussi : la barrière du français ce sont les français qui l’ont mise, les étrangers eux ils s’en foutent. Du moment que le morceau global ça sonne et que dedans la rythmique du chant correspond bien au morceau, tu peux chanter en portugais, en chinois ce que tu veux le morceau va plaire. Moi je préférais les morceaux de Loudness quand ils étaient en japonais qu’en anglais, ça avait plus la hargne. Raimstein ils chantent en allemand… Et le français-anglais y’a pas mal de connotations communes. Ça n’a jamais gêné pour faire du rock, le français. Ce sont les journalistes français à une époque qui ont dit que de ne pas chanter en anglais ça marcherait jamais. Puis les gens qui sont venus nous voir en concert en Allemagne (même des japonais qui ont fait le déplacement), en Italie en Grèce en Belgique en Espagne, jamais eu de critique en bien ou en mal rapport au chant. Les gens chantent en phonétiques mais jamais eu de bons ou mauvais, ils prennent le morceau comme il est, et y’a qu’en France qu’ils scindent le truc.

Un mot sur le titre, ADX est assez connoté historique sur faits bien particuliers mais rarement sur l’actualité, même si Non Serviam finalement avec tout ce qu’il se passe ça pourrait coller.

Ouais mais non. Parce que là c’est purement l’histoire d’un type quoi. Après c’est sûr qu’avec tous les textes qu’on a fait on peut trouver une connotation actuelle. Par exemple dans Ultimatum, le morceau sur le massacre de la St Barthelemy, t’imagine les gens qui le prennent au sérieux ? Les guerres de religion en Europe vont reprendre. On fait un truc neutre, on romance des faits pour les rimes et la rythmique, on peut parler de plein de choses. Les textes qu’on essaye d’écrire on veut les rendre intéressants. Je ne dis pas qu’ils intéressent tout le monde, mais qu’ils soient intéressants même si les gens ne lisent pas toujours les textes et c’est leur droit. Le morceau de Souvenirs de  Gambay qu’on a fait avec Didier par exemple, sans jamais citer Lambru, sans jamais citer le mot meurtre, sans jamais citer le four on a retracé l’épopée de Lambru, en plus le titre s’appelait « souvenirs de Gambay ». Si les personnes ne s’intéressent pas au texte, ils vont écouter le morceau comme ça, mais c’est vrai que y’a aussi un intérêt pour nous que le texte ressorte quelque chose, qu’on créé la curiosité et que les gens aillent chercher. Nous on y arrive, après les gens le font ou non c’est pas grave.  On essaye d’apporter un petit plus au lieu de simplement raconter.

Vous n’avez jamais été tenté de faire des morceaux, des textes sur l’actualité ? Comme par exemple en français sur les dernières sorties il y a les Mass Hystéria, No one is innocent, qui sont engagés et collés à l’actualité.

Non car eux, et ce n’est pas une mauvaise critique, ils ont plus des textes de rap adapté en gros. Nous on a notre style et, sans être péjoratif, on se creuse la tête pour écrire. Ça serait trop simple de rentrer dans un créneau de contestation parce qu’à ce moment-là on fait trois albums les doigts dans le nez. Ça ne nous servirait à rien. Puis tu sais y’a tellement de malheur, autant raconter autre chose.

En quoi diriez-vous que Non Serviam est un album spécial ? Ne pensez-vous pas que vous avez signez l’album de la maturité ?

Maturité je ne sais pas, ce n’est pas moi qui pourrait te le dire sauf qu’il y a des choses peut être imperceptibles parce qu’on a pris le temps pour cet album-là de travailler le son, la production. On y a passé vachement de temps rapport aux autres albums dans lesquels on s’est focalisé sur les compos afin de tout caler pour arriver en studio. On n’a pas délaissé mais plutôt laissé de côté l’aspect technique de la chose, alors que là on voulait vraiment travailler l’effet sonore. Ça ne change pas fondamentalement le groupe mais c’est vrai qu’il y a une ambiance différente.

Betov, j’ai toujours trouvé son jeu de guitare fameux, mais on sent bien que sur ce dernier opus il a  affiné tes parties guitare. C’est une vue de l’esprit ou il a changé quelque chose ?

Il n’a pas fait de solo sur l’album, juste toutes les rythmiques. Il lui aussi travaillé différemment pour un rendu ADX, mais nouveau. Je suis pas réceptif spécialement parce que je bosse autre chose en studio, mais par contre je le redis il n’a signé aucun solo –fainéant-.

Comment ce conçoit un album d’ADX ? Votre façon de composer, chacun de son côté ou tous ensemble en mode repet’ ?

Oui c’est l’idée de rif, on met ça en commun. Après, les textes en général on les fait à deux, les autres donnent leur avis mais on les fait à deux, Didier et moi. Didier est plus branché compo donc on adapte le texte ensembles. Pour la musique c’est pareil, on voit les rifs de tout le monde et on commente et critique. On est une bandez de potes, après quand on est que en compo on va chez l’un chez l’autre chercher les idées, et comme on repet’ au moins une fois par semaine et bien les idées se refont aux repet’. Il y a aussi des repet’ que pour les compos, ne serait-ce que pour caler les morceaux sur le métronome, pour la production etc. En général il y a quand même toujours un travail en commun. Parfois on est trois, parfois on est quatre, parfois deux mais jamais personne ne fait quelque chose sans mettre les autres au courant.  


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Quelles difficultés avez-vous rencontré sur cet album ?

On n’a pas trop eu de difficultés car quand on a décidé de faire un album les idées fusent, donc pas de galère ici. Sinon justement le son, le remanier avec les possibilités qu’on a au studio, là c’est prise de tête (sans engueulade mais les petits désaccords sont plus nombreux). Il y a vraiment un travail ici, c’est plus uniquement l’amusement même si on rigole bien au studio. On ne fait pas de concession mais après si par exemple je propose une façon de chanter, les autres en écoutant vont me conseiller de le faire plus hargneux, ou plus grave, chacun donne son avis.

La production est excellente, comment avez-vous travaillés celle-ci ?

Au niveau de la production, c’est Francis. C’est intéressant parce qu’il est toujours de bons conseils. Avec lui je fais souvent plusieurs essais de voix sur une phrase pour garder la meilleure prise. En général sur un morceau il y a au moins trois voix par couplet. L’avantage c’est qu’avec ses oreilles neuves et neutres il peut mieux me conseiller que moi quand je suis dans ma lancée. Il a des idées qu’on n’aurait peut-être pas eues seuls, c’est un bon travail d’équipe.

Un mot sur L’Irlandaise, le titre (presque) instrumental de l’album.

C’est un mi- instrumental. On ne voulait pas refaire un instrumental complet, on voulait une partie chant et que ça démarre sur partie musicale. L’histoire c’est une journaliste dont le nom m’échappe, qui a défrayé la chronique en Irlande parce que tuée par la mafia irlandaise. Ca a fait grand bruit dans années 90.

Quel est le modèle  économique d’ADX (boulot, ventes, …) ?

On ne vit pas de notre musique, très peu en France en vive, ça se saurait. Même pour les gens qui en vivent c’est très dur (comme Patrick Rondat). Pour en vivre faut faire des horaires de fous et c’est incroyablement dur. Pour obtenir des contrats et autre c’est très compliqué, en France on a toujours été à la ramasse là-dessus. Tous les pays autour de nous considèrent les musiciens comme des travailleurs normaux, alors qu’en France t’es un saltimbanque. Ca a toujours été ça en France. Pour être intermittent du spectacle faut vraiment ramer pour trouver quelque chose. Et puis un travailleur normal est rémunéré sur douze mois, alors que l’intermittent du spectacle il lui faut 43 prestations sur 10 mois, faut trouver du boulot sinon il n’a rien. C’est lamentable niveau musique en France. Nous dès qu’on peut on tourne, mais l’argent va dans les décors etc mis en place pour un concert ce qui coute très cher, et au final le groupe ne reçoit que peu de bénéfices. Ils sont à l’équilibre a peu près.

Quelle place tenez-vous dans le paysage métal français ?

Je ne peux pas te dire, c’est l’expérience des albums, y’en a qui vont critiquer d’autres non, y’a tous les cas de figures.

Vous suivez ce qu’il se fait dans le milieu français ?

Je ne pourrais pas te citer beaucoup de groupes mais en ce moment ce qui fait plaisir c’est qu’il y a de tous les styles. A un moment il n’y avait que du trash, d’autre fois un autre style s’imposait, mais par exemple j’ai découvert récemment un groupe de jeunes de 20 ans qui font vieux métal limite hard rock, c’est sympa parce que ce style est assez vieux et ce sont des jeunes qui le font.

[Mode du revival, on revoit tous les styles depuis l’influence du grunge dans les années 70, et maintenant c’est le revival avec du glam, du métal oldschool, il y a vous qui revenez sur scène, y’a du public et une vraie demande.]

Qu’écoutez-vous en ce moment, vos derniers coups de cœur ?

J’écoute plein de choses. Je n’ai pas vraiment de coup de cœur, je ne survole pas beaucoup de musique finalement. J’écoute aussi bien du métal que du jazz, j’aime écouter quelques morceaux de Tina Turner puis de Douglas. J’aime quand ça bouge un peu, je me fais des compilations parce qu’un  album entier va vite me gonfler. Par contre, Didier et Pascal achètent tout ce qui sort et sont davantage collés à l’actualité.

Qu’est-ce qu’on  peut te souhaiter pour la suite et Non Serviam ?

De continuer dans de bonnes conditions, que le business fonctionne, qu’on s’éclate sur scène pendant nos concerts avec notre public.


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Un grand merci à ma Lolo pour la retranscription 🙂

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