Among The Living
Interview

Interview avec Mick du groupe StuBorA

Interview avec Mick (basse et chant) du groupe StuBorA, à l’occasion de la sortie de leur dernier opus “Horizon Noir




Bonjour, pourrais-tu s’il te plait présenter le groupe ?

 Bonjour, alors StuBorA est un trio formé en 1996 par Cyril le guitariste chanteur qui est aujourd’hui le seul membre d’origine. L’histoire du groupe peut se diviser en trois phases. La première de 1996 à 2004 était Hardcore. C’est en 2004 que j’ai intégré le groupe pour à la base un replacement sur deux dates suite à la défection du bassiste. Finalement j’intègre le groupe et la direction musicale change et s’oriente vers un Metal influencé Rock. On se partage le chant avec Cyril ainsi que la composition. Sur le première partie Hardcore il y a eu deux albums en autoproduction. Sur la seconde partie on a sorti un EP et un album toujours en autoproduction qui nous a amenés jusqu’en 2014 à peu près. Sur les dernières années avant 2014 on a un mis le groupe en pause parce que le batteur de l’époque avait eu un grave accident donc on a attendu qu’il se rétablisse. Mais au final la motivation n’est pas revenue et il a quitté le groupe. Du coup nous nous sommes mis à la recherche d’un batteur et cela nous a pris un petit peu de temps. Nous avons trouvé Niala qui a intégré le groupe en 2014. Son niveau technique et son bagage musical nous ont permis de ne plus avoir de limite au niveau des compositions. Ça nous a ouverts parce que son niveau nous le permettait et nous avons commencé à composer un nouvel album que nous avons appelé « Résurrection ». Cela correspondait bien à la résurrection après les moments compliqués du groupe mais aussi à nos expériences individuelles. On a mis en place de nouvelles manières de travailler et nous avons recommencé les concerts. Là nous attaquons le deuxième album avec ce line-up.

Vous définissez votre style comme du Metal fortement injecté de Rock. Vous parlez d’un style hors de temps et assumé, qu’entendez-vous par là ? Que vous avez un côté old school assumé ?

C’est qu’en fait on se retrouve sur une base commune. Cyrille et moi sommes les deux compositeurs principaux et on a le même background, on vient du Metal, du Thrash des années 80/90, mais après on a aussi chacun évolué dans des styles différents. Lui a parfois une tendance à aller sur du Metal plus extrême alors que moi ça va être sur des choses beaucoup plus mélodiques, plus du Hard Rock américain à la Alter Bridge ou ce genre de choses. Donc en fait voilà, on est à un stade et à un âge où on ne fait plus de concessions. On joue ce qu’on a envie de jouer et on assume ce qu’on joue. On essaye de ne pas partir non plus dans tous les sens, mais on essaye de proposer des choses avec des palettes et des identités ou des ambiances différentes, et on essaye de rendre le tout un peu homogène tout de même pour qu’il y ait une ligne directrice.

C’est très heavy en fait. Sur le fond il y a un côté assez lourd.

Oui, tu trouves ? Mais quand tu dis heavy tu veux dire plutôt typé Heavy Metal ou lourd ?

Je veux dire plutôt lourd.

Oui, avec le son. En effet, le son du dernier album est assez sombre, lourd.

En effet, tout est sombre, on va y revenir. Déjà le titre « Horizon Noir » est un bon résumé de l’album car il y a assez peu de place à la lumière on va dire.

Comment aborde-t-on un cinquième album ? Quel est l’état d’esprit ? Et techniquement pour l’enregistrement comment cela se passe-t-il ?

On travaille en autoproduction. On a pris le parti depuis déjà quelques années d’investir dans du matériel parce que nous avons eu de mauvaises expériences de studio. Notre budget ne nous permet pas d’engager des professionnels ou d’aller dans des studios avec des ingénieurs de qualité et au final le résultat n’était pas à la hauteur de ce qu’on dépensait. Comme la production était aussi un aspect qui nous intéressait, on a décidé d’investir dans notre matériel. Et du coup on était gagnants parce qu’avoir son propre matériel cela veut dire pouvoir passer beaucoup plus de temps et n’être limité ni par le temps et ni par l’argent, donc cela nous permet de pouvoir plus travailler les détails etc… Et puis ce cinquième album on considère que c’est l’album de la maturité. Cela arrive peut-être un peu tard, mais c’est dû à l’histoire du groupe en fait ; et comme je le disais tout à l’heure, l’intégration de Niala nous a permis de ne pas nous fixer de limites aussi bien techniquement que dans la composition. On a pris du temps pour le faire, mais on s’est dit qu’on voulait proposer le meilleur de ce qu’on pouvait donner. On s’est mis la pression à titre individuel et à titre collectif sur les riffs, sur les mélodies qui sont hyper importantes pour nous. On essaye d’avoir des trucs accrocheurs, des mélodies qui se retiennent sans tomber dans la pop non plus. Voilà, on l’a vraiment abordé comme ça : faire le meilleur de ce qu’on pouvait proposer avec des univers différents mais qui soient tout de même reliés les uns avec les autres. Proposer la meilleure chose, c’était vraiment un challenge à ce niveau-là.

Tu disais que vous étiez totalement autonomes en termes d’enregistrement, que vous aviez investi et justement c’est une question qui allait arriver plus tard, mais du coup je te la pose maintenant : quel est votre modèle économique ? Vous travaillez tous ? Il y a des musiciens professionnels ?

Non, non, nous travaillons tous. On a tous également une vie de famille et le temps qu’on met à faire les albums s’explique également par le fait qu’on a beaucoup travaillé c’est sûr mais aussi parce qu’on concilie nos vies professionnelles et familiales. Nous sommes des amateurs avec une démarche professionnelle. On s’est bien trouvés avec Niala parce qu’il a la même vision, on veut faire les choses sérieusement. A notre âge si on est toujours là en train de jouer c’est qu’on est toujours motivés ! Rires. On a envie de poursuivre notre ère. On n’en est plus à rêver de vivre de la musique, mais nous sommes des passionnés et on veut faire les choses le mieux possible et avec une démarche pro. Donc voilà le modèle économique c’est de récupérer un petit peu sur les ventes des albums ou sur les concerts pour lesquels on est payés (ce qui est de moins en moins le cas), de mettre de côté avec également un investissement financier personnel pour sortir les albums et investir dans du matériel.                              


                                                                                                                                                                                                  stubora horizon noir                


                                   

En termes de composition, je vais aborder plus les textes, comment fonctionnez-vous ? Est-ce qu’il y en a un des deux qui écrit plus ?

Non, on écrit tous les deux. En fait, disons qu’à la base on va écrire les chansons qu’on a composées. On a d’abord un échange musical, on compose des morceaux chacun de notre côté. Ils sont plus ou moins aboutis, on se les échange, on se propose les morceaux, on se fait des retours, on se fait des propositions, on interagit sur les morceaux de l’autre etc… Après en général, celui qui a composé le morceau a commencé à bosser sur les mélodies et à faire une ébauche. En gros, la règle c’est qu’on écrit les paroles des chansons sur lesquelles on chante, parce que cela parait logique de chanter quelque chose que tu ressens. Mais après il y a aussi des morceaux que l’on peut chanter alors qu’ils ont été composés par l’autre parce qu’en termes de rendu on a trouvé que la voix serait mieux sur certains passages. Mais globalement on écrit les paroles des chansons qu’on a majoritairement composées musicalement.

Revenons sur les thèmes abordés. Sur votre Facebook vous vous décrivez avec des mots comme vivre, survivre, mourir, ressentir, aimer, souffrir, haïr, colère, espoir -bon espoir c’est pas mal !- regrets, remords, désespoir. C’est plutôt sombre ! On ressent bien tout cela dans votre musique, mais quel est votre état d’esprit ?

Il n’y a pas de thème de départ, mais c’est notre manière d’écrire. Nous ne sommes pas des gens foncièrement pessimistes en fait. Rires. Mais on ne trouve pas forcément d’intérêt à chanter sur les thèmes joyeux ou sur les choses qui vont bien finalement. En plus nous nous sommes retrouvés sur des thèmes communs et c’est le hasard que nous ayons écris sur les mêmes thèmes parce que ce n’était pas décidé à la base. On écrit chacun de notre côté, on fait voir les textes à l’autre mais on laisse chacun s’exprimer. Après ces textes là c’est relativement sombre mais c’est un peu un exutoire de chanter et de composer des paroles. Cela parle d’expériences de la vie qu’on a besoin d’exprimer et de faire ressortir à un moment. En général ce sont plutôt des choses sombres en effet. Ça peut être aussi bien sur des expériences très personnelles ou sur des thèmes plus généraux de société, un constat de ce qui nous entoure.

Justement en ce qui concerne les thèmes personnels, sur « A en crever » tu t’adresses à ta fille si je ne me trompe pas. Tu lui expliques qu’on laisse un héritage pourri à notre descendance et qu’il n’y a aucune porte de sortie. C’est…

Tout à fait, mais après c’est un peu un effet de style aussi. Quand on dit « A en crever », ça reste agressif, mais quand on exprime une colère on n’exprime pas forcément toutes les nuances qu’il peut y avoir après la colère et c’est aussi une manière de rentrer dans la gueule de l’auditeur ou d’avoir envie de cracher quelque chose. Dans les moments les plus pessimistes on a du mal à voir la porte de sortie, notamment sur ce thème précis. Et puis c’est quelque chose qui te fait mal de te dire qu’on pourrait laisser quelque chose d’aussi pourri à nos enfants. Après si on fait des enfants, c’est que quelque part on a un espoir dans l’humanité et dans ce qu’eux vont pouvoir proposer : peut-être mieux que nous ! Enfin je l’espère. Mais oui il y a des moments qui sont non pas une part de provocation, mais sur ce texte là je n’avais pas envie de faire semblant parce que l’heure est grave finalement. A un moment il faut dire « voilà on en est là, si on ne fait pas quelque chose voilà ce qui va arriver ».

Du coup rien que le fait d’en parler avec le personnage à qui tu t’adresses en l’occurrence ta fille, c’est aussi un peu une part d’éducation non ? Une façon de dire « nous avons merdé, nous sommes désolés et c’est à vous de faire changer les choses ».

Oui, je m’excuse par rapport à moi mais aussi par rapport à notre génération, par rapport à nos dirigeants parce qu’on essaye de faire des choses à notre petit niveau mais on ne maîtrise pas tout. Je ne m’excuse pas que personnellement, je m’excuse aussi collectivement de laisser tout ça.

C’est pareil, on retrouve un peu cela dans « Au pied du mur ».

Oui là c’est Cyril qui a écrit ce texte. On s’est vraiment retrouvés sur ces deux chansons sans nous concerter on traite du même sujet. Pas avec les mêmes mots, mais voilà.

Oui je me suis dit c’est un groupe éco-responsable presque.

Alors oui bon tout à l’heure on nous a dit qu’on était un groupe politisé, mais ce n’est plus de la politique d’aborder ces thèmes. C’est de l’évidence, on est tous concerné pas ça, ça n’a rien de politique c’est notre avenir, c’est ce qu’on laisse à nos enfants, c’est l’avenir de la race humaine. Comment ne pas être concerné par cela et ne pas se rendre compte qu’il y a un gros problème. C’est une évidence. Effectivement ce sont des sujets dont on parle beaucoup, mais comment ne pas en parler ?

Vous êtes également assez actifs au niveau de l’image et notamment des clips. Vous avez sorti « Ténèbres Eternelles », « Soleil Noir », et tout récemment « Identité ». A qui avez-vous confié la réalisation de certains et à quel point est-ce que vous intervenez à ce niveau-là ?

Et bien on fait tout nous-mêmes. On a la chance d’avoir Cyrille qui touche sa bille en informatique donc vraiment que ce soit par rapport à la production de l’album, au design de la pochette, aux clips vidéo, ou au réseaux sociaux, on lui doit énormément parce qu’il maîtrise beaucoup de chose et ça l’intéresse. Donc le tournage des clips on le fait nous-même avec des appareils photo reflex et ensuite Cyrille fait le montage chez lui il rajoute les effets.

Oh, alors bravo parce que c’est bien fait ! Et le dernier « Identité » tourné avec un drone, les images sont bien montées.

Encore une foi, on essaye de proposer quelque chose de professionnel qu’on fait du mieux que nous pouvons avec les moyens que nous avons. Ce sont des moyens limités, mais maintenant avec toutes les technologies on arrive tout de même à faire des trucs sympas avec assez peu de moyens finalement.

Mais c’est bien parce que comme vous dites que vous avez un côté hors du temps et assumé, cela pourrait avoir un côté un peu péjoratif, un peu vieillot mais finalement vous êtes complètement dans l’air du temps parce qu’aujourd’hui il faut avoir l’image, être tout le temps présent, et là l’album est sorti hier et vous avez déjà trois clips c’est bien !

Oui on a travaillé avec Roger là-dessus, il nous a conseillés. Mais on sait qu’il faut être actifs sur les réseaux sociaux ça fonctionne beaucoup comme ça. Tout passe par les médias web etc… maintenant.

C’est-à-dire que quand les jeunes veulent savoir quelque chose, c’est tout de suite.

Oui ils ne consomment pas la musique comme les gens de notre génération ; ils n’achètent pas les disques. L’objet n’a aucune importance pour eux.

Bien que sur la scène Metal ça ne soit pas tout à fait exact.

Oui sur la scène Metal c’est différent. Ce sont encore des passionnés qui aiment l’objet. On a encore le souci de soutenir les artistes qu’on aime bien. Mais on est bien obligés de s’adapter, ce sont les nouveaux média, il y a de nouvelles manières de faire de la promotion.


stubora horizon noir


Quel est votre regard sur l’évolution de la scène Metal aujourd’hui ? C’est plus dur ? C’est mieux ?

Je ne suis pas persuadé que ce soit plus facile ou plus dur, mais ça a changé. En même temps les nouvelles technologies te permettent d’être exposé plus facilement. Toutes ces techniques qui nous permettent de faire des clips, d’enregistrer des albums en autoproduction il y a quinze ans elles n’existaient pas. Ça permet d’arriver à un résultat professionnel avec peu de moyens, mais en même temps il y a énormément de concurrence puisque c’est ouvert à tout le monde. Au final je ne pense pas que ce soit plus facile ou moins facile. Après la musique c’est aussi une question de contacts, de chance, d’être là au bon moment. Ça a toujours été et ça n’a pas changé.

Justement, pour la partie live il y a aussi une affluence de groupes, est-ce que c’est plus compliqué pour vous de trouver des dates qu’avant ?

Oui mais je ne suis pas persuadé que ce soit dû à la concurrence. Déjà les subventions ont disparu depuis les années 2000 ; de plus beaucoup de lieux ont fermé à cause des réglementations sur le bruit etc… Il y a énormément de petits lieux qui faisaient facilement des concerts qui ont fermé. Maintenant tout est réglementé donc c’est plus compliqué. La preuve, à l’époque même pour des groupes amateurs on arrivait à avoir des cachets intéressants ce qu’on n’a plus du tout maintenant. Maintenant tu n’es plus payé pour faire des concerts c’est terminé ou à de rares exceptions. C’est effectivement un peu plus dur pour jouer sur des petites scènes. Pour nous le but avoué après la sortie de cet album-là, c’est justement de décrocher des dates un peu plus importantes, de décrocher des premières parties, de pouvoir être à l’affiche de festivals, voilà. On veut passer à une vitesse supérieure à ce niveau-là. On essaye de s’en donner les moyens avec cet album qu’on pense plus abouti.

Du coup vous avez déjà des choses en vue ?

Non, c’est en cours pour le moment. Mais c’est sûr que maintenant il faut tourner pour se faire connaître parce que c’est par là que ça passe maintenant, plus par les ventes d’album.

Alors si tu avais un rêve, de qui voudrais-tu faire la première partie ?

Un gros ou en restant raisonnable ?

Et bien vas-y lâche-toi tant qu’à faire !

Ah et bien si je me lâche je vais dire Metallica ! Mais après voilà, toutes proportions gardées, il y a des choses qui sont faisables comme par exemple Mass Hysteria, Anthrax, Mastodon. Mais bon même pour décrocher des dates comme ça il faut les bons contacts.

Dernière question : quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ?

Sur les dernières sorties je dirais le dernier Alter Bridge qui a été un petit peu compliqué sur les premières écoutes mais en général c’est plutôt bon signe. Ils sont super forts en mélodies et ils ont fait un bon mix que ce qu’ils proposaient dernièrement et dans les débuts. Il y a toujours un gros bagage technique, un gros sens de la composition et de la mélodie. Le dernier Alice In Chain qui est sorti l’an dernier était aussi une franche réussite. Evidemment cela n’engage que moi, Cyril n’a pas les mêmes goûts. Lui t’aurait cité le dernier Jinjer. Pour le Mastodon qui était sorti il y a trois bonnes années je pense, on était d’accord. Après évidemment il y a les classiques, je suis fan de Metallica.

Une valeur sûre ! Et bien je te remercie.

C’est moi qui te remercie !

Related posts

T.A.N.K. – Entretien avec Raf PENER

Marc Richard

Entretien avec Madeleine chanteuse du groupe TUNGS10

Stephan Birlouez

Rencontre avec Kevin et Florian de THE WALKING DEAD ORCHESTRA

Emmanuelle Neveu

Lacher un commentaire

* Utiliser ce formulaire implique que vous êtes d'accord pour que nous stockions les informations que vous nous confiez.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

X