Among The Living
Interview

Tyler Bryant nous parle de Pressure, son dernier opus.

Preuve que le covid-19 ne s’alignera jamais au rythme du blues rock, nous nous sommes donné rendez-vous avec Tyler Bryant, frontman de son groupe The Shakedown. Pandémie oblige, l’échange se veut virtuel, mais pas moins impliqué. Ensemble, nous évoquons le dernier album de la formation au son résolument sudiste, mais aussi l’actualité de Nashville et les concerts en visio…

Ton nouvel album, intitulé Pressure, est sorti le 16 octobre. Comment pourrais-tu nous l’introduire ?

Pressure est un disque directement inspiré par tout ce qui se passe actuellement. Lorsque nos dates de concert ont commencé à s’annuler, nous nous sommes demandés ce que nous pourrions faire pendant ce temps-là, afin de garder un pied dans la musique. Il fallait que nous restions inspirés et que nous trouvions de la joie dans nos actions. Notre réponse à la situation a été « faisons de la musique ». Donc nous nous sommes réunis, et nous avons commencé à faire cet album. Nous l’avons appelé Pressure, parce que la pression est une émotion ressentie par le monde entier en ce moment. Nous en ressentions nous-mêmes beaucoup ! Cet album traduit donc nos sentiments du moment, venant du plus profond de nos cœurs.

Pour toi, est-ce que Pressure est dans la lignée directe de ton précédent album Truth and Lies, ou est-ce que ton nouveau disque prend une tournure entièrement différente ?

Pressure a un son vraiment propre à notre groupe The Shakedown. Cependant, nous avons essayé de nouvelles choses sur cet album. Cette fois-ci, nous avons voulu nous réinventer un petit peu, tout en retrouvant cet enthousiasme propre à l’enfance que nous avions lorsque nous avons commencé le groupe. Nous avons tenté de faire quelque chose de rugueux, de brut et d’imparfait, et surtout d’entièrement authentique. C’est un album plein de sens, qui représente vraiment notre groupe.

Comment s’est déroulé le processus de création de Pressure ?

L’intégralité de l’album a été enregistrée dans mon home studio. En fait, tous les studios de Nashville étaient fermés pendant le confinement. Cela nous a posé quelques obstacles, car quand tu travailles en studio il y a toujours un ingénieur du son qui peut t’aider à régler les problèmes qui se présentent. Là, nous avons du tout gérer nous-mêmes ! En même temps, cela faisait partie du charme du projet. Souvent, nous étions frustrés car cela ne fonctionnait pas comme nous le souhaitions, et nous devions trouver des solutions. L’intégralité de ce processus d’enregistrement était créatif et inspirant, très amusant. Je réalise ma chance d’avoir un home studio, avec tout l’équipement nécessaire présent. Nous avons voulu emmener nos fans dans la créativité de notre cave, là où nous composions toutes nos chansons.

 Les paroles de la chanson Holding My Breath sont facilement identifiables à la pandémie actuelle… Est-ce une coïncidence, ou as-tu écrit ce morceau pendant le confinement ?

Cette chanson a été écrite avant la pandémie. Je ne sais pas, peut-être que nous avons simplement bien utilisé notre boule de cristal ! Le sentiment majeur qui se dégage de Holding My Breath est de retenir son souffle en attendant des jours meilleurs. Le message est positif et plein d’espoir, car cela parle d’anticiper une meilleure période tout en sachant qu’elle arrivera tôt ou tard.


Pressure-Tyler-Bryant


Quelles ont été tes influences majeures lors de la composition de Pressure ?

Pour la guitare, Jeff Beck a toujours été l’une de mes plus grandes influences. C’est un musicien que j’ai toujours immensément admiré. Ma façon d’envisager cet instrument est grandement inspirée par lui ! Pour les paroles, je m’inspire beaucoup de Townes Van Zandt. Je trouve que ses albums sont souvent très vulnérables, et on a l’impression d’être dans une pièce à côté de lui. C’est exactement ce que j’apprécie et qui me touche, bien plus que des artistes aux projets à plus grande envergure. J’aime beaucoup la musique country traditionnelle, et j’en ai écouté énormément lors de l’écriture de Pressure. J’aime le côté émotionnel et la tristesse qui se dégage des chansons romantiques de country.

Comment te sens-tu en tant qu’artiste, face à ce confinement majeur qui tient le monde entier sous cloche ?

Je pense que ça dépend des jours. Parfois, je me dis que j’ai envie de me bouger et de jouer, car je suis né et fait pour ça. Mais il y a des jours où je n’ai rien envie de faire, je m’assieds devant ma maison et c’est tout. J’ai passé l’intégralité de l’été chez moi, ce qui est très spécial car je ne le fais jamais d’habitude, avec les concerts et les tournées. C’est l’une des premières fois que je regarde les saisons changer à Nashville. Cela semble certainement trivial, mais c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup, ça m’inspire. J’en profite aussi pour travailler sur des projets parallèles : par exemple, j’ai aidé ma femme à faire les arrangements de son prochain disque. (Rebecca Lovell de Larkin Poe). J’essaye vraiment de rester créatif, autant que quand nous sommes sur la route et immergés dans la musique.

Tu as pré-enregistré un concert avec ton groupe, diffusé en live mi-octobre. Comment as-tu eu cette idée, et comment cet événement a été mis en place ?

Pendant le confinement, nous regardions beaucoup de concerts en live. Le truc que nous avons remarqué, c’est que le son était souvent mauvais ou que la vidéo se coupait. Faire un concert en live nous a alors semblé assez risqué techniquement. Nous avons donc décidé de préparer les choses à l’avance. Nous avons loué une salle, des lumières, embauché une équipe de tournage et nous avons apporté tout notre matériel. Lors de l’enregistrement, nous nous sommes imaginés en train de jouer devant nos fans. Ensuite, nous avons effectué tout le montage du concert, en y ajoutant des vidéos backstage du groupe, des enregistrements du home studio, ainsi que quelques interviews. Je pense que c’est une façon assez cool de célébrer la sortie de notre nouvel album, compte tenu des circonstances.


Tyler-Bryant


 Qu’est-ce que tu as ressenti en sortant ce concert live pour tes fans ?

Je sais que de nombreux groupes l’ont fait aussi, mais cela demande beaucoup d’efforts et d’implication pour atteindre ce résultat. Nous avons fait bien plus que de simplement monter sur scène et jouer. Là, nous avons beaucoup investi pour mettre en place ce live, contrairement à d’habitude où une salle nous donne un cachet pour que nous venions y jouer. C’était un travail chronophage ! J’ai réalisé tout le montage moi-même. Quand je vois certains commentaires de personnes qui disent “je ne payerai jamais pour un concert en livestream », je me dis que j’ai pourtant mis beaucoup de temps et d’énergie à rendre cela possible. Sans parler de l’investissement financier ! Notre but était de réaliser la meilleure expérience possible pour nos fans.

En ce moment, comment ça se passe pour l’industrie musicale à Nashville ? Est-ce que les concerts sont autorisés sous certaines conditions ?

Vers Broadway, là où la majorité des touristes se rendent, ils font encore quelques concerts avec des mesures strictes. Mais les « vraies » salles de concert ne font pas de shows. Si, par hasard, c’est le cas, il ne peut y avoir que deux musiciens sur scène avec de la distance entre eux. Presque personne ne fait de concerts, sauf des concerts en drive-in, éventuellement. Mais il faut aller en Pennsylvanie pour ça ! Ces concerts drive-in ont l’air de vraiment miser sur la sécurité des spectateurs, mais je pense que je trouverais ça un peu bizarre de jouer dans ces conditions. Je pense qu’au moins la moitié de l’expérience d’un concert mise sur la notion de communauté. L’idée est de se retrouver entre personnes qui partagent la même vision de la musique. Je me suis rendu à un seul concert depuis le déconfinement, avec des mesures strictes mises en place. Je n’arrêtais pas de me dire « mon dieu, je me sens vraiment mal pour ce groupe, je n’ai vraiment pas envie de faire ça ». C’était une immense salle, avec quelques spectateurs disséminés ici et là. Cela m’a rappelé nos débuts, lorsque nous venions de commencer le groupe et que tout le monde s’en fichait.

En attendant de les voir à nouveau en direct, qu’est-ce que tu aimerais dire à tes fans du monde entier ?

Prenez soin de vous, et surtout ne baissez pas le son de la musique ! Restez rock avant tout. Continuez à faire de la musique, à en écouter, et ne vous laissez pas abattre par la négativité de l’actualité. Et si ça vous arrive, empressez-vous de mettre votre disque favori.


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