Among The Living
Interview

Interview de Pierre, batteur d’ORAKLE.

Nous avons rencontré Pierre, batteur du groupe ORAKLE, à l’occasion de la sortie de leur dernier opus Eclats.
C’etait au Black Dog le 21 mai dernier pour Among The Living.

 

Bonjour ! Pour commencer peux-tu te présenter, ainsi que le line up du groupe et son histoire ?

Bonjour, je suis Pierre le batteur. ORAKLE est composé de Frédéric au chant et à la basse, d’Étienne à la guitare et d’Antoine également à la guitare. Nous sommes quatre aujourd’hui. ORAKLE est une vieille formation qui existe depuis 1994, que l’on a fondé conjointement Fred et moi, et qui a vu pas mal de passages en son sein. Depuis 2005 nous avons un trio solide avec Etienne qui nous a rejoints à ce moment-là, puis Antoine et son arrivée en 2013.
En terme de production nous avons sortis quelques démos dans les années 90, mais notre vrai premier CD c’était en 2002 avec L’ineffable émoi…de ce qui existe un 3 titres évoluant dans un style Black atmosphérique. Puis viennent deux albums, Uni aux cimes en 2005 et Tourments et Perditions en 2008, pour aboutir 7 ans après à Eclats en 2015.

En fait votre line up actuel est au complet depuis deux ans ?

Tout à fait ! Nous avions notre claviériste, Emmanuel, qui nous a suivis à la sortie de l’album Tourments et Perditions, qui a fait des concerts avec nous et qui a travaillé sur l’album jusqu’à sa sortie mais qui ne fait plus partie du groupe aujourd’hui. En fait il a un autre groupe (6 :33) auquel il se consacre à 100% aujourd’hui. Actuellement en concert on se débrouille avec des samples et l’on est à la recherche d’un claviériste.

Donc c’est votre 3eme album avec Eclats. Pourquoi une gestation aussi longue a été nécessaire pour celui-ci ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première c’est la volonté de se renouveler, de proposer autre chose. On ne voulait pas ressortir un album identique à Tourments et Perditions. Il fallait donc que l’on prenne un peu de temps pour vivre des expériences différentes et expérimenter d’autres choses dans nos vies afin d’avoir un regard diffèrent sur l’existence.
Après la fin de la tournée de Tourments et Perditions, fin 2009, on a eu un peu de temps pour retrouver une direction artistique, pour savoir où nous nous dirigions. Cela a pris un peu de temps. Un de nos guitaristes a quitté le groupe en 2010 ce qui a contribué aussi à revoir la direction du groupe. En 2010 on s’est remis à composer à 3, dans un processus un peu lent. Nous n’avions pas vraiment d’obligations et le fait de composer pour composer sans rien à avoir à dire de nouveau ne nous intéressait pas. De plus je pense qu’on est « lent » à la base.

Une autre explication quant à la longueur de la gestation de cet album est qu’on l’a auto produit. C’est Frédéric qui possède son studio, qui a produit l’album de A à Z. Etant perfectionniste, nous avons réalisé un album qui nous correspond et dont on est vraiment satisfait à 100%, mais cela à prit du temps, c’est l’effet pervers à ça.

Vous avez changés de Label pour cet album, en passant de Holy Record à Apathia Records, qu’est ce qui a motivé ce changement ?

Il s’est passé qu’en 2008, pour Tourments et Perditions, on avait signé avec Holy Record pour deux albums en trois ans. On devait donc sortir le prochain album en 2011, bien qu’ils ne nous aient jamais mis la pression, mais nous n’étions pas prêts pour les raisons que j’ai évoquées précédemment. Quand en 2014 nous étions prêts, Holy Record avait laissé de côté la partie production pour celle de distribution et ne pouvait pas nous prendre en charge avant une petite année. Nous avons convenu que c’était trop long pour nous d’attendre et en accord avec Holy Record on s’est mis à la recherche d’un nouveau Label.
Rapidement on a trouvé Apathia Records chez qui nous avons signé.

Orakle eclats

D’ailleurs le lien avec Apathia Records ? Comment avez-vous trouvé ce label ?

On l’a fait à « l’ancienne », en gravant des CD de l’album, qui était déjà prêt, et en les envoyant aux différents labels. C’est donc Apathia Records qui nous ont signés pour une sortie en mai, ce qui était inespéré pour nous en termes de délai.

Pour ce qui est du « process » de création, comment travaillez-vous ? Vous composez chacun de votre côté ?

Tu veux parler des textes ou de la musique ?

Musicalement déjà. Est-ce la musique qui est à la base ou le texte ?

Sur cet album ça a été principalement la musique. A part le titre Le Sens de la Terre, qui a été créé musicalement à partir du texte et le dernier composé sur l’album, le reste a pour base la musique. En 2012 quand on est entré en studio, les parties guitares et batteries étaient déjà composées.
Le processus de composition chez ORAKLE est assez simple. Comme nous nous sommes retrouvés à trois, c’est principalement Fred et moi qui nous chargeons de la composition. Fred compose tout ce qui concerne les instruments à cordes (guitares, basse) et moi les percus. Après on se retrouve tous les trois et nous expérimentons des choses et on structure. C’est fait de manière très collégiale. C’est ce qui explique que le processus est long, car on discute beaucoup et parfois cela avance et d’autres fois on régresse.
Pour les textes, j’en avais déjà finalisés trois en 2011, et Fred en avait finalisés en 2013. Nous sommes deux à écrire dans le groupe. Il y a un texte qui a été écrit à deux mains c’est Solipse, l’intro du disque, qui parle de la solitude.

Comment tu définirais l’évolution de la composition depuis vos débuts, vu que vous avez commencé quand vous étiez vraiment jeunes (14 ans) ?

Si l’on reprend la base de la base, nous étions inspirés par les Metallica, les Guns, en essayant de faire ce qu’ils faisaient. C’était ça le but au début. On est vite passé à une phase en rapport avec le Thrash et le Death, on est devenu un peu plus « virils » (Rires), avec nos premières démos dans les années 90. Il y a eu un premier changement avec la sortie de notre premier mini CD (1999/2000) pas vraiment officiel sur lequel on chantait en anglais, ou l’on s’est aventurés dans un style plus atmosphérique et expérimental.
Le premier gros changement est vraiment arrivé en 2002 avec la sortie de notre premier mini CD L’ineffable émoi…de ce qui existe ou l’on s’est mis à chanter en français. La musique était un peu théâtrale sur ce cd, tirant sur du Black atmosphérique.
En 2005 Uni aux cimes proposait un genre plus brut, avec des guitares plus en avant. Un genre qu’on a qualifié de Black Symphonique, du style des groupes comme Emperor par exemple.
Tourments et Perditions, en 2008, a apporté plus de personnalité, malgré que l’on nous reprochait toujours nos influences, cela c’est un peu plus affiné.
Pour Eclats il y a eu beaucoup de maturation, d’expériences et d’influences différentes. On s’est beaucoup ouvert et on a écouté moins de métal. On a fait un album qui nous ressemble.

Justement, pour faire un parallèle d’évolution, comme exemple je prendrais OPETH. Que penses-tu de leur parcours en terme de maturation que manifestement vous partagez ?

En fait à la base je n’étais pas un fan inconditionnel d’OPETH. Ceci dit ces dernières années s’il y a bien un album qui m’a marqué et que j’ai redécouvert c’est bien Watershed. C’est un groupe que j’apprécie scéniquement, je les ai vus au Hellfest l’année dernière, et c’est un des groupes dont je me sens le plus proche même en terme d’attitude.

 

Pour ce qui est de la pochette de l’album, il y a une sculpture d’un certain Robert Le Lagadec, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Robert Le Lagadec est un sculpteur qui est décédé en 2002. C’est un artiste local, de notre coin dans l’Essonne.

En fait c’est très beau ce qu’il fait et c’est grandiose, cela colle à votre identité. Mais c’est finalement un artiste très peu connu non ?

Je vous invite à aller voir son musée qui se trouve en fait chez lui et qui est tenu par sa femme. J’ai trouvé dans ses sculptures une vraie connivence avec nos textes, et lorsqu’est venu le moment de réaliser l’artwork de la pochette, j’en ai parlé au reste du groupe et tout le monde a été unanime sur le choix. Dans son œuvre il y a une espèce de tourment. C’est très tragique et à la fois il y a une élévation. Le tragique se conjugue à quelque chose qui s’élève et cela est très présent dans nos textes. Le fait est que cet artiste-là est un amateur, ce qui solidifie le lien avec ORAKLE car nous avons la même démarche artistique.

 

Orakle eclats

 

Tu parlais du passage de l’anglais au français pour vos textes, pourquoi ce choix-là ?

Je pense qu’il y a une exigence de fidélité à ce que tu ressens et ce que tu veux exprimer. La complexité de ce que l’on veut exprimer est déjà assez difficile. Nos sentiments, nos failles, sont des choses qui demandent à être nuancées, et pour ma part je ne pourrais pas retranscrire cela en anglais. Je ne maitrise pas assez cette langue pour écrire quelque chose de pertinent avec ce que j’ai envie d’exprimer.

Penses-tu que le métal en langue française a un avenir à l’international ?

Je ne sais pas si cela a de l’avenir à l’étranger, ce n’est pas vraiment une question que je me pose. De manière pessimiste je te dirai qu’il n’y en a pas, mais à l’inverse il y en a peut-être car si certaines personnes pensent qu’il y a une pertinence à s’exprimer en français c’est qu’il y a peut-être du sens à faire perdurer cela. Ça ne nous donne pas une réponse sur l’avenir de la langue française à l’international je suis d’accord.

C’était juste pour avoir ton avis la dessus, tu n’as pas forcement la réponse à ça, c’est aussi peut être une question de musicalité.

Pour moi c’est une question d’aisance à la base, parce que c’est ma langue natale. Et tu sais que l’on nous en fait souvent le reproche.Il y a des tourneurs qui nous disent : « c’est génial ce que vous faites mais avez-vous pensé à enregistrer l’album en anglais ? ». Les mecs étaient prêts à nous signer si on enregistrait l’album en anglais…. Tu vois ce n’est pas simple. De plus c’est majoritairement des français qui nous reprochent de chanter en français. A l’inverse à l’étranger cela passe mieux.

Maintenant que tu me dis ça, je me souviens de THERION qui a sorti un album de reprises en français et qui a eu un super accueil du public.

Et que penses-tu de l’évolution de la scène métal en France depuis ces vingt dernières années ?

Oula, tu poses la question à la mauvaise personne (rires) car je suis déconnecté de la scène métal. En fait cela fait vraiment cinq ans que je ne suis plus au courant de ce qui se fait en métal français.

Comment tu ressens les choses ?

N’ayant pas lu les medias qui traitent du métal ces dernières années, j’ai découvert de super groupes lors de petits concerts. Je pense à 7 Weeks , et d’autres petits groupes comme celui-ci. Il y a des choses très bonnes aussi comme 6:33, qui sont vraiment géniaux. La scène métal française est très féconde en fait.
Il y a bien GOJIRA, que j’aime bien, qui est une belle réussite, et à l’international aussi. Et c’est français pour le coup. Il y a aussi un groupe comme LOUDBLAST qui était une référence pour moi, et j’ai de très bons souvenirs de ce groupe.

Vous avez participé au Hellfest en 2009, qu’est-ce que ça vous a apporté, cela vous a-t-il ouvert des portes ?

Cela aurait pu nous ouvrir des portes si l’on ne s’était pas arrêté tout de suite après. A la suite du Hellfest on a choisi de s’arrêter pour composer. C’était à la fin de notre tournée pour Tourments et Perditions, et cela faisait un an que l’on tournait. On a eu quelques propositions intéressantes juste après, mais étant en phase de compo on a refusé. Et finalement on se fait très vite oublier dans ce milieu si l’on ne se montre pas.
On se rend compte aujourd’hui que pour avoir des dates de concert c’est dur, et qu’il faut retourner au charbon.

Avez-vous d’autres projets à titre individuel, musicalement parlant ?

Non, pour le moment pas d’autre projet. On est à 100% sur ORAKLE en fait.

 Envisagez-vous à l’avenir de faire des splits avec d’autres groupes ?

Pas spécialement (rires). Je dois t’avouer qu’on s’est tellement investis dans les enregistrements que j’aimerai passer à la phase scène maintenant pour faire vivre l’album en live.

Justement quelles sont vos projets maintenant concernant la scène ?

On n’a rien de précis pour être honnête. L’album étant sorti début Mai on n’a rien pour le moment. Peut-être que si on fait appel à nous pour des remplacements sur un festival d’été, il n’y aura pas de problème.

 

P. Cremin

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