Entretien au Hard Rock Café ce 24 septembre 2024 avec Kemar qui nous rappelle les instants de bonheur et de magie du groupe.
Par Martine Varago
« Nous gagnerons même si tu ne le crois pas ! » Pablo Neruda
Après 30 ans de combat Rock Metal, No One Is Innocent annonce la sortie d’un Best of avec des inédits. Le dernier album du groupe sorti ce 27 Septembre 2024 s’intitule « Colères » et ce sera le dernier d’un groupe qui marque l’histoire du Rock en France.
30 ans à lutter en musique contre la racisme, à dénoncer la répression sociale, à condamner les dictatures, à rejeter le terrorisme et l’obscurantisme, à désigner les ennemis de la République et de la liberté d’expression… No One Is Innocent, c’est 30 ans et 10 albums, ce sont des centaines de concerts et plusieurs festivals avec également le partage de la scène avec des dinosaures du metal comme Motörhead et les Guns N’ Roses, ou les premières parties des Red Hot Chili Peppers, d’AC/DC…
Une question récurrente qui va sûrement t’être posée : pourquoi un dernier album ? Est-ce que cela signifie l’arrêt du groupe ?
Kemar : Ce sera sûrement le dernier album du groupe en terme de discographie. Parce que je pense que pour assumer ce qu’est No One, aux niveaux de l’écriture, de la composition et surtout de l’énergie scénique, je pense que c’est un groupe qui demande beaucoup. Moi, j’ai envie de rester honnête, de rester fidèle à ce qu’est le groupe dans l’énergie propre et de ne pas tricher. Je dis souvent à mes potes, avec tout le respect que je dois à ces groupes, je n’ai pas envie d’être comme Deep Purple, quand je vois les derniers clips ou les dernières prestations scéniques. C’est un groupe que j’ai adoré et dont je reprenais les textes quand j’étais ado en commençant la musique. Avec Tranber, mon fidèle bassiste, on n’a pas envie de terminer comme ça ! Il y a l’idée de terminer haut en couleurs et c’est bien là ce que l’on fait. On n’a jamais fait l’album de trop !
Est-ce que c’est une décision qui a été prise à plusieurs ?
J’en avais parlé à Tranber il y a quelque temps. Je commençais déjà à le lui suggérer. On n’a jamais tout dit avec No One parce que No One, c’est aussi une boîte de Pandore par rapport à ce que le groupe est capable d’écrire. Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe dans le monde autour de nous pour écrire des chansons, mais je pense que c’est surtout par rapport à la prestation live du groupe qu’il ne faut pas tricher.
Ne pas faire comme les Rolling Stones !
Ouais, je suis d’accord ! Quand je vois les derniers concerts des Stones, ça me chagrine un peu ! A part Jagger qui mène le groupe et qui tient la route. Mais je trouve que derrière, ce n’est plus ça ! Cela ronronne et pour moi, c’est juste assez clean.
Pour No One, j’ai envie que cela soit toujours sauvage, toujours inattendu, imprévisible et c’est ça qui m’excite ! C’est ça qui me donne l’envie de continuer à monter sur scène mais il y a aussi nos corps qui parlent. Pour assurer des prestations scéniques comme celle de No One, il faut avoir 25 ans.
Je pense que le Best of d’aujourd’hui plante le groupe après 30 ans de carrière 1994-2024. C’est une forme de conclusion avec des inédits, des morceaux composés et des morceaux réarrangés. Voilà, c’est sortir avec panache !
Justement, comment s’est déroulé le processus d’enregistrement de ce dernier album ? Depuis le choix des morceaux jusqu’au mixage ?
Il y a deux titres inédits que l’on a composés il y a un an et ces deux morceaux sont le fruit de mon travail. Les paroles ont ensuite donné l’inspiration à la composition de la musique. Un morceau s’appelle « L’arrière-boutique du mal » et l’autre s’intitule « Ils marchent ». Ils sont complètement différents.
« L’arrière-boutique du mal » évoque un problème actuel, le cyber harcèlement. C’est la matière première, le texte, qui a donné l’inspiration à la musique. Souvent c’est l’inverse.
Le processus de création démarre sa phase à partir de la musique. C’est ça qui est intéressant car on va creuser dans les mots, dans les phrases, dans l’histoire. On va s’en inspirer pour chercher une tonalité, trouver un groove, un refrain ou un break.
Est-ce que vous avez toujours cherché à créer ainsi : textes en premier puis composition musicale ?
Non, pas forcément. Mais souvent, c’est le texte qui inspire la musique. Pour « Ils marchent », c’est pareil. C’était quelques mois avant les élections législatives où je sentais qu’on pouvait basculer vers le pire. J’ai écrit ce morceau en me questionnant sur les dangers les plus récurrents de la société : le dérèglement climatique et la montée du Rassemblement National.
Donc, j’ai utilisé le vocabulaire du dérèglement climatique pour parler de l’arrivée du Rassemblement National au pouvoir. Pour moi, cela a été un exercice de style. On a ajouté la musique ensuite et on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas besoin de pousser les watts pour écouter ce morceau.
Qu’est-ce qui te paraît plus difficile au fond : d’écrire les textes puis de composer la musique ou bien le processus inverse ?
Tout ce que j’ai donné dans les textes va servir à influencer les musiciens à créer la musique. C’est excitant. Dans le morceau « L’arrière-boutique du mal », par exemple, je disais à Fred et à Marco à la guitare : « Cherchons la bonne tonalité par rapport à ce qui est raconté. Allons chercher vers les anciens morceaux de Slayer : « Angel of Death », « South of Heaven »… Et on a trouvé notre inspiration. En évoquant le cyber harcèlement, j’avais envie de l’associer à quelque chose de malsain et de satanique. C’est ça qui est excitant quand tu as le texte car il te donne une variation à la fois mélodique, harmonique.
Vous avez été un groupe relativement chanceux dès vos débuts, était-ce facile ou difficile de vivre, au fond, de la musique durant cette trentaine d’années ?
L’histoire de No One est comme une histoire magique. C’est un groupe qui s’est monté de bric et de broc. J’ai rencontré des musiciens et tout s’est fait rapidement. Le batteur est venu frapper à ma porte et il avait entendu dire par le biais de mon pote que je cherchais quelqu’un pour former un groupe. On est arrivés à l’instant T où j’avais déjà la musique dans la tête. Coup de bol lorsque Rage Against The Machine arrive. C’était un peu cette musique-là que j’avais envie de faire.
No One est un groupe qui n’a pas trop galéré au départ et on s’est vite intéressé à nous, à nos messages, à la musique que l’on faisait et on a été disque d’or très vite dès le premier album. Cela nous a permis de vivre même si, à cette époque-là, c’était encore très roots, sauvage. Nous, on était vraiment là pour faire de la musique. C’est un groupe qui a réussi d’album en album, à tout le temps produire et à tout le temps tourner. Pendant les périodes où le groupe tournait moins, certains musiciens donnaient des cours.
Est-ce que pour toi c’est ton dernier combat ou est-ce que tu as d’autres choses à revendiquer aujourd’hui ?
Avec les gars, on ne va pas s’interdire de faire des morceaux. Parce que le groupe a quelque chose à dire et que moi, je continue d’avoir envie d’écrire. On fera des chansons mais sans la finalité de sortir un album et tout ce que ça représente.
Il y a une date de concert prévue à la Cigale à Paris le 20 mars 2025. Est-ce l’unique date ?
Non. Il y aura aussi des dates en province, en Suisse et en Belgique. Et je pense qu’en 2026-2027, on fera une grosse tournée d’adieu. Le cœur du propos sera toujours là : celui de lutter, de dénoncer à travers la musique. Cet album s ‘appelle « Colères » et il dépeint la colère car elle est partout dans ton quotidien personnel. Dehors, on est tous agacés par certaines choses…
Il est primordial de lutter, de dénoncer en utilisant la musique pour dire des choses. Certes, cela ne date pas d’aujourd’hui. Cet album est assez intemporel et résume bien ce qui se passe en ce moment. Pendant nos 30 ans de carrière, on a écrit des chansons pour extérioriser cette colère qui était en nous. On a utilisé la musique comme une espèce de thérapie.
As-tu pris quelques cours d’écriture, de chant ?
Pas vraiment mais lorsque j’avais mes potes au lycée Jules Ferry dans Paris 18e qui jouaient de la batterie, de la guitare, on reprenait Iron Maiden, Black Sabbath. Je les ai vu évoluer. Par contre, moi, j’ai continué à crier. Alors je me suis dit : « Bon, il y a quand même quelque chose à faire » ! Alors j’ai pris quelques cours de chant qui m’ont permis de comprendre comment gérer ma voix.
Et si on retraçait ta vie de chanteur. Quel est le meilleur souvenir qui te viendrait immédiatement en tête ?
Notre tournée en Amérique du Sud, au Chili et à Buenos Aires en Argentine en 96-97. C’était incroyable pour nous par rapport à ce que l’on avait déjà réalisé dans nos deux premiers albums et par rapport à ce que No One racontait. Surtout au Chili, alors que Pinochet était encore le chef des armées. On a joué là-bas avec des groupes locaux.
Au travers des interviews que l’on a données, on avait l’impression d’être les représentants de la liberté d’expression avec la possibilité de pouvoir dire tout ce que l’on voulait dans nos textes et de monter sur une scène et de pouvoir le dire librement alors que là-bas, c’était très compliqué. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué.
C’est d’ailleurs après ce voyage que j’ai écrit le morceau « Chile » avec les paroles de Pablo Neruda qui dit : « Nous gagnerons même si tu ne le crois pas » et cette phrase résume l’histoire de No One.
Ce que tu viens de dire est très intéressant. As-tu quelques mots à ajouter pour nos lecteurs de Among The Living ?
Among The Living, you rock ! Cela fait un moment que le site dure et moi je vous suis ! You rock, Among The Living.




