SHAÂRGHOT
La Cigale, Paris. 14 février 2025
Remerciements à Gérard Drouot Productions
Photos et report : Martine Varago
Si la première partie animée par un DJ électro n’a pas attiré la foule des « Shadows », l’attente des cyber-stars paraît longue. On connaît déjà l’univers de Shaârghot. Il nous provient tout droit d’une dimension parallèle, cyber-punk et cauchemardesque, tiré d’une BD sur laquelle Etienne Blanchi était tombé dès son plus jeune âge, le marquant à vie. Comme le décrit l’auteur de cet univers lui-même : « C’est un univers utopique, cathartique avec une exagération de la violence. »
Dans une salle s’apprêtant merveilleusement bien à cet univers, La Cigale offre toujours ces sublimes décors de théâtre de la fin du 19ème siècle qui se marient avec l’ambiance futuriste de Shaârghot. Dès que l’épais rideau de velours rouge carmin s’écarte, l’atmosphère émeraude se dévoile. Apparaît, en premier, Olivier Hurtu, derrière son masque à gaz de la dernière guerre mondiale. Il s’installe derrière sa batterie perchée sur une estrade. Puis surgissent dans la pénombre verdâtre les deux guitaristes Paul Prevel et Bruno Garay. Enfin, la bassiste Clémence Dufieux et Etienne le chanteur débarquent sur scène. Sa mission : foutre le bordel et nous faire danser jusqu’à être en transe. Se fait entendre une grande ovation des « Shadows », qui, pour certains, sont également maquillés de peinture noire à l’effigie de leurs idoles.
Dès l’introduction, le chanteur amène sa troupe et le public dans son univers sombre et futuriste. Les spots verts renforcent cette atmosphère apocalyptique, placée sous le regard de cyber-yeux. De plus, les décors de La Cigale ravissent l’ambiance du concert.
Mais attention ! Enfermée, la bête ne tient plus en place. Dans ce contexte, nous sautent à la gorge les cris du cœur « Let Me Out » (volume III). Entouré de quatre âmes mortelles pour l’aider à mettre ses idées en musique, Shaârghot ravage la scène et chaque « Shadow » le vénère en dansant.
Leurs compositions « Now Die !!!», « Kill Your God », « Are You Ready », « Great Eye » sont des voyages sonores épiques, évoquant des paysages dystopiques et des réflexions sur la condition humaine comme celle du Big Brother de 1984 (George Orwell). Performance électrisante théâtralisée sur les planches, en bas déambulent les « Shadows » en rythme.
Shaârghot fait danser et transpirer jusqu’au dernier souffle.
Le charisme d’Etienne est sans équivoque influent : quand il crie « Jump ! », c’est la salle entière qui saute. Quand il lance : « Right, right ! » tous les « Shadows » se déplacent vers la droite. Quand c’est au tour de « Left, left ! », tous, sans aucune exception dans la fosse, se tirent vers la gauche. Derrière la spontanéité du rouleau-compresseur, on est pris aux tripes par ce clavier hanté, cette double-pédale atomique ou par ces beats technos rageurs comme sur « Love and Drama for Great Audience », ce rythme frénétique qui nous chope à la jugulaire et dégouline d’une urgence paniquée inédite chez Shaârghot. Au fil des morceaux, on remarque ce petit plaisir ludique, toujours : les citations musicales ne manquent pas. Imaginez un croisement entre Slipknot, Korn et Rammstein.
On pourrait croire à un véritable chaos mais tout est ordre dans ce système post-punk neo indus metal et vivre cette expérience multisensorielle reste unique. Un concert intense, mémorable alliant la puissance du metal et l’énergie du punk sur décibels heavy et de subtiles notes d’électro, reste un souvenir atypique et poignant à l’instar d’un film de science-fiction. Les thèmes explorés tels que la technologie, l’aliénation sociale et le chaos moderne offrent à la fois une vision et une réflexion poignantes sur les défis de notre époque.
Résultat : Shaârghot fait danser et transpirer jusqu’au dernier souffle durant deux heures. Les amateurs ne sont pas déçus ce soir-là. Shaârghot s’amuse et, plutôt que de copier ses modèles, sait les dévorer avec appétit pour les digérer et les incorporer de manière naturelle à son univers.
Setlist Shaarghot



















