Stygian Bough
Backstage by the Mill – Mardi 3 février 2026
Remerciements à Garmombozia Inc. pour l’accréditation
Texte et photos par Martine Varago
Requiem en Clair-Obscur : l’hypnose Stygian Bough au Backstage
À peine franchi le seuil du Backstage, on perçoit un silence inhabituel. C’est celui d’une église remplie de fidèles muets. Certes, cette métaphore dépasse ce que l’on est en droit d’attendre d’une salle de concert, mais l’ambiance du doom metal est singulière, presque sacrée.
Le trio sur les planches, Stygian Bough, est en réalité une collaboration organique entre le groupe de funeral doom américain Bell Witch et Erik Moggridge, l’orfèvre dark folk derrière Aerial Ruin. Plus qu’un simple groupe traditionnel, ce projet fonctionne comme une entité artistique commune, fusionnant le minimalisme abyssal de Dylan Desmond (basse/chant) et Jesse Shreibman (batterie/chant) avec les textures aériennes de Moggridge.
Le trio étire le temps, créant des compositions fleuves où la lourdeur extrême oscille avec une beauté contemplative. Le rythme est d’une lenteur sismique, invitant les amateurs du genre à fermer les yeux pour mieux l’apprécier. On est ici à des années-lumière de la ferveur fanatique et électrique des Burning Witches du 28 janvier dernier.

Sur scène, l’introspection est totale. Les musiciens semblent repliés sur leurs instruments : les doigts s’attardent sur les six-cordes, le visage du batteur frôle la peau des fûts.
S’inspirant de références ésotériques comme The Golden Bough de James Frazer, Stygian Bough explore les thèmes du mysticisme et de la transcendance à travers leurs deux opus, « Volume I » et « Volume II ».
Le bassiste occupe un rôle central, ses riffs menant des compositions aux multiples facettes. L’écoute est exigeante, presque éprouvante, mais d’une richesse rare.
Au milieu des spots oscillant entre un rouge rubis profond et un bleu outre-mer glacial, le trio suspend le temps et captive un public plongé dans une méditation collective.

Ce concert n’est pas une simple performance, mais une véritable épreuve de patience et de beauté où le temps est suspendu.
Stygian Bough réussit le pari de transformer le Backstage en un espace hors du monde, prouvant que le metal, lorsqu’il est poussé à une telle extrémité de lenteur et d’émotion, touche au divin.
On en ressort avec la sensation pesante, mais salvatrice, d’avoir effleuré l’abîme. Une prestation magistrale qui prouve que l’intensité ne naît pas toujours de la vitesse, mais de la profondeur des émotions partagées dans la lourdeur du doom.


















