AVATAR – Avatar Country
Sortie Janvier 2018
Johannes Michael Gustaf Eckerström – chant
Jonas « Kungen » Jarlsby – guitare
Tim Öhrström – guitare
Henrik Sandelin – basse
John Alfredsson – batterie
La nature humaine est ainsi faite que l’on aime avoir un jugement bien précis. Tellement rapide et facile, on s’empresse d’organiser, catégoriser, ranger dans des cases, des boîtes….Et si l’on peut entourer cette boîte de chaînes fermées par un énorme cadenas en acier trempé c’est encore mieux. Ainsi dans le métal malgré l’émancipation des différents styles et influences on arrive toujours néanmoins à créer ces boites et à y enfermer les auteurs. Parfois mêmes ces auteurs s’y enferment eux-mêmes…
A l’instar d’un illusionniste Avatar s’est enfermé plusieurs années dans cette case. Avec l’étiquette bien collée « death metal mélodique » dessus. Non pas que leurs premiers albums soient décevants loin de là… mais en respectant trop les codes donnés d’un style on s’y enferme inexorablement et on s’y noie dans la masse. Illusionniste donc tel ce fameux tour où le protagoniste s’enferme dans cette boite en verre fermée, enchainée, cadenassée, se remplissant d’eau. Avatar lui a réussi son tour de passe-passe et, gorgé d’eau prêt à se noyer, a fait exploser la boîte pour mieux nous cracher à la gueule tout son talent !!
En effet depuis leur album Black Waktz en 2012, le groupe s’est transformé en véritable bête de foire, leur leader Johannes Eckerström mué en clown fantastico-sinsitro-lugubre digne d’un film de Tim Burton. Facétieux à souhait lors des shows le groupe s’est créé une forte identité autour de son clown charismatique, distribuant grimaces et bons mots derrière son maquillage reconnaissable entre mille.
Niveau musical aussi la transformation est belle et bien là. Conservant des bribes du death mélodique avec un son précis et technique, c’est surtout maintenant un savant mélange de diverses influences. Pour résumer ils savent tout faire et peuvent passer d’un style à l’autre dans une déconcertante facilité. Du death au heavy, du power au groove, du folk à la country, et parfois même des titres que l’on pourrait facilement qualifier de « circus métal » tant cela s’apparente à une musique de chapiteau, je pense à Puppet Show dans Hail The Apocalypse par exemple. Le tout en conservant un son puissant et précis, ainsi que la voix très étoffée d’Eckerström jonglant entre clair et saturé, et à la texture si particulière.
Toujours à la recherche d’une nouvelle représentation pour surprendre ses fans, les deux derniers albums sont assez conceptuels. En 2016 Feathers & Flesh nous est conté sous la forme d’une fable version dark, l’histoire d’une chouette partant en guerre pour empêcher le soleil de se lever, rencontrant d’autres animaux sur son chemin : abeilles, loup, fourmi, cigale, brochet, aigle… une fable véritablement métaphore de la condition humaine en somme. Chaque morceau de l’album est séparé par le récit des différentes épreuves du rapace nocturne, par Johannes Eckerström himself de sa voix lugubre. Un livre a même été édité en même temps pour retranscrire cette fable.
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Pour Avatar Country qui nous intéresse ici, sorti en 2018, c’est l’histoire du pays d’Avatar et de son roi glorifié par ses sujets. De façon assez burlesque le groupe nous présente son univers toujours déjanté. Le premier titre Glory to Our King commence par une intro chantée lyrique et majestueuse avant de rebondir sur les riffs puissants et maitrisés caractéristiques du groupe joué par Jonas Jarlsby et Tim Öhrström, entrecoupés de solos efficaces de virtuosité. Une basse toujours ronflante et présente incarnée par Henrik Sandelin. Le rythme tambouriné de main de maître par John Alfredsson à la batterie.
L’orchestre présenté nous voici plongé au cœur du royaume, la politique est plus ou moins la même que sur les albums précédents. Néanmoins la magie opère toujours grâce à quelques touches d’originalité ci et là. Ainsi le troisième titre The King Welcomes You to Avatar Country est carrément un titre de country métal, aux interludes jazzy , entrainant et surprenant.
The King Wants You, 2ème single de l’album que je trouvais plutôt simpliste à sa sortie finit au fil des écoutes par nous rester gravé au cerveau et on a plutôt du mal à s’en dépêtrer.
Au milieu de tout ce joyeux bordel organisé le Roi prend même le temps de nous gratifier d’un discours potache et savoureux. On note que le leader habituel a laissé la lumière à son comparse gratteux à qui le rôle va comme un gant, Eckerström prenant celui du bouffon du Roi pour notre plus grand plaisir. A voir et à revoir dans les shows et notamment dans le clip de A Statue of the King.
Dernier décret de cet album la liberté de finir par un titre instrumental en 2 parties. Ce qui parait gonflé pour un groupe qui s’est construit autour de son leader/chanteur, mais qui en fait ne l’est pas tant que ça tant les musiciens nous régalent de leur talent sur ce morceau.
Dans la continuité de ces albums précédents, Avatar continue néanmoins de nous surprendre par sa folie créatrice, sa formidable énergie, sa musique talentueuse et maitrisée. En ce qui concerne le message d’Avatar Country s’il en a un, on pourrait voir en cet album un coté second degré, caricatural, une satire du pouvoir telle que l’était la royauté mais aussi par analogie la démocratie de nos sociétés actuelles. En tout cas si le groupe passait par les urnes il me semble que le vote aurait un certain succès. Et par-delà les frontières du politiquement incorrect beaucoup iraient s’expatrier dans leur royaume pour y chanter longue vie à Avatar !!!


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