Entretien avec TARJA TURUNEN à l’occasion de la sortie de son nouvel album « Frisson Noir » qui sortira le 12 juin 2026

Depuis le lancement de sa carrière solo, l’artiste Tarja se classe dans les hit-parades internationaux et construit l’une des communautés de fans les plus fidèles du genre, héritage classique et puissance du metal contemporain. À travers dix titres, Tarja livre un nouvel album intense, Frisson Noir, chargé d’émotion et de puissance, accompagné d’invités spéciaux : Dani Filth (Cradle of Filth), Apocalyptica, Marko Hietala (ex-Nightwish) et Chad Smith (Red Hot Chili Peppers). Mixé par le producteur lauréat d’un Grammy, Neal Avron (Linkin Park, Skillet, Disturbed), l’album associe un son moderne et percutant aux éléments dramatiques et émotionnels qui définissent l’identité metal unique de Tarja. Prêts à la suivre dans chacune de ses nouvelles aventures artistiques ? Elle évoque pour vous le monde de Tarja.
Ta voix reste l’une de tes marques de fabrique les plus distinctives. En tant que soprano, est-ce quelque chose qui est venu naturellement, ou cela s’est-il construit grâce à un entraînement rigoureux ? À quel moment as-tu réalisé que cela définirait ta carrière ? Quand as-tu découvert pour la première fois que tu avais une si grande voix ?
Tarja : Grâce à un entraînement très varié à l’université. Je me concentre vraiment sur le chant classique et lyrique depuis l’âge de quinze ans. J’ai commencé à prendre des cours de chant dans ma ville natale, uniquement avec des professeurs de chant lyrique.
C’était un immense défi et j’ai découvert au fil de ma vie que j’aimais les défis. La musique classique a été mon premier domaine d’apprentissage : j’ai commencé le piano classique à l’âge de six ans, puis j’ai intégré une école de musique. La musique a toujours fait partie de ma vie.
En réalité, j’ai commencé très jeune. J’étais complètement plongée dans la musique, c’était ma passion et presque la seule chose au monde qui me rendait profondément heureuse.
J’ai subi un harcèlement très dur pendant l’école primaire, parce qu’on me considérait comme une enfant différente et la musique m’a apporté du réconfort. Comme j’étais douée pour ça, j’avais envie de le prouver. C’était mon seul choix.

Heureusement, mes parents m’ont énormément soutenue, même s’ils n’étaient pas musiciens. Ils ont fait confiance à mon instinct et m’ont dit : « D’accord, fonce. ».
J’ai quitté la maison à quinze ans à cause de la musique. Je suis entrée au lycée artistique Sibelius, puis à l’Université de Karlsruhe en Allemagne. Mais ensuite, je suis devenue la chanteuse de Nightwish en 1996-1997.
Mon avenir a évidemment changé du tout au tout, parce que je n’aurais jamais imaginé devenir chanteuse de metal. Et c’est ça qui est beau dans la vie.
Dans mes chansons, dans mes compositions et mes paroles, je dis toujours aux gens de vivre leurs rêves. Il y a tellement de belles choses à découvrir dans le monde. Et pour moi, le metal est quelque chose que j’ai découvert très tôt dans ma vie. J’étais très jeune et je ne connaissais presque rien à cet univers.
Ta carrière s’étend du metal symphonique à la musique classique en passant par tes projets en solo. Comment équilibres-tu ces différentes identités musicales, et te sens-tu aujourd’hui plus libre d’explorer de nouvelles directions qu’à tes débuts ?
Tarja : On vit et on apprend. Je me sens extrêmement reconnaissante de pouvoir vivre de la musique, d’explorer la musique et de vivre grâce à ma passion. Tout cela existe grâce à ce magnifique équilibre. Et le public me soutient avec beaucoup d’attention et d’amour. Sans ça, je ne serais pas ici à faire ce que j’aime. J’ai toujours été quelqu’un qui casse les règles et ça ne me dérange absolument pas.
Quand j’écris des chansons, je compose des morceaux longs. Je suis quelqu’un de très émotionnel. J’ai besoin d’aller en profondeur, sous la surface. Je dois faire ça. Frisson Noir parle entièrement de cela : provoquer des émotions, donner des frissons et offrir une véritable expérience musicale. Aujourd’hui, on vit moins ce genre d’expériences parce que tout semble déjà disponible immédiatement avec les nouvelles technologies et tout ce qu’on a à portée de main.
Je pense donc que je resterai toujours une artiste qui continue à faire les choses comme avant. Parce que j’adore travailler avec des musiciens talentueux.
J’aime aussi collaborer avec d’autres artistes, comme cette peintre qui a réalisé mon portrait pour la pochette de l’album.
Elle m’a peinte, et j’adore les artistes : ils ont un talent incroyable. J’aime impliquer les gens dans mes projets, c’est absolument génial.

On ressent tout cet amour que tu portes à l’art, notamment dans ton prochain album. Frisson Noir se démarque non seulement musicalement mais aussi visuellement, avec des éditions CD et vinyle très travaillées et un livret illustré. À quel point es-tu impliquée dans la construction de cette vision artistique globale, et comment choisis-tu tes collaborateurs ?
Tarja : Tout passe d’abord entre mes mains. Je travaille avec mon mari : il est mon manager depuis vingt-cinq ans. Nous travaillons ensemble et tout transite par nous. Je suis la créatrice de l’ensemble du projet.
Je livre simplement l’album tel qu’il est, qu’on l’aime ou non. C’est le prix de la liberté que j’ai aujourd’hui en tant qu’artiste : pouvoir travailler comme je le veux et avec qui je le veux.
C’est absolument incroyable. Et j’ai énormément de chance d’être entourée de personnes talentueuses à qui je peux confier mes idées les plus folles.
Elles arrivent aussi avec leurs propres idées et nous les échangeons. C’est fantastique. Oui, je suis une artiste qui fait tout.
Ouvrir un album de metal avec des intros au piano comme « Frisson Noir » et « At Sea » est un choix audacieux. Qu’est-ce qui t’a attirée dans ce contraste, et quelle ambiance voulais-tu installer dès le départ ?
Tarja : Le piano est mon premier instrument. C’est un instrument magnifique et très inspirant, j’en joue depuis l’âge de six ans. J’ai appris la musique grâce au piano et aujourd’hui encore, je compose avec lui.
J’en ai toujours intégré dans mes albums pour apporter une certaine majesté, même dans le metal, et c’est quelque chose que les gens attendent de moi.
Il y a cet aspect émotionnel ; par exemple, le son du piano porte énormément d’émotions. C’est pareil pour le violoncelle.
J’ai collaboré avec Apocalyptica sur leur album ; ce sont des amis de longue date en Finlande. J’ai toujours aimé le son du violoncelle, parce qu’il ressemble à une voix humaine.
Et j’adore travailler avec des chœurs et des orchestres, parce que c’est là que se trouvent mes racines musicales : dans les éléments classiques. C’est très naturel pour moi, et j’adore intégrer cet héritage dans mes chansons metal pour leur donner vie avec toute cette force émotionnelle.
Je trouve que ça fonctionne très bien, mais je dois faire très attention à la production. Il ne faut pas que tout devienne juste un mur de son où plus rien n’est distinguable.
Pendant le mixage et la production, je dois vraiment prendre soin des éléments que j’ai ajoutés et de la place qu’ils occupent.
Sur « I Don’t Care », tu collabores avec Dani Filth de Cradle of Filth. Comment cette collaboration est-elle née, et qu’a-t-il apporté au morceau que tu recherchais précisément ?
Tarja : Qui l’aurait cru ? Beaucoup de gens m’ont dit : « Quoi ?! Dani Filth ? C’est complètement fou, comment ça peut fonctionner ? » Et pourtant, ça fonctionne.
Je n’avais jamais rencontré Dani en personne avant que nous tournions officiellement le clip à Hambourg. Nous nous suivions mutuellement sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, tout passe par là, on a l’impression que le monde entier s’y trouve.
Mais quand j’ai reçu la chanson et enregistré ma démo vocale pour « I Don’t Care », je pensais jusque-là qu’il n’y aurait personne d’autre avec Michael, comme il me l’avait promis. Il ne devait pas y avoir d’invités.
Puis j’ai enregistré mes lignes de chant et j’ai senti que cette chanson avait besoin de quelqu’un pour me soutenir, pour créer un magnifique contraste avec ma voix claire.
C’est à ce moment-là que j’ai pensé à Dani. Je suis sa carrière depuis longtemps et j’admire énormément la manière dont il a construit une identité très forte pour lui-même et pour son groupe.
Je lui ai donc envoyé un message sur Instagram — ce que je ne fais jamais d’habitude, parce que je demande aux gens de ne pas m’envoyer de messages sur Instagram car c’est impossible de tout lire.
Mais je n’avais aucun autre moyen de le contacter. Il m’a répondu en cinq minutes et il a immédiatement accepté. C’est fantastique. Il apporte un contraste magnifique à cette chanson.

Selon toi, n’existe-t-il vraiment aucune frontière dans l’art, ou bien les connaissances et le bagage culturel jouent-ils forcément un rôle dans le processus de création ? C’est une vaste question, mais quelle est la première chose qui te vient à l’esprit ?
Tarja : J’ai en fait vécu dans de nombreuses cultures au cours de ma vie. J’ai vécu en Finlande, puis je suis partie en Allemagne à 20 ans pour étudier.
Ensuite, je suis retournée en Finlande pendant quelques années. Après ça, je suis allée à Buenos Aires, en Argentine, où j’ai vécu presque dix ans. Puis je suis partie à Antigua, dans les Caraïbes. Et ensuite, je suis arrivée en Espagne ; aujourd’hui, ma famille est installée en Andalousie.
Tous ces changements culturels radicaux dans ma vie ont influencé ma musique et mon art, parce qu’on ne peut pas simplement fermer les yeux. Tout l’environnement t’influence.
Les personnes que tu rencontres au fil de ton parcours t’inspirent. Je suis quelqu’un de très ouverte d’esprit et j’ai envie d’apprendre. J’ai appris différentes langues et je parle quatre langues : l’espagnol, le finnois, l’anglais et l’allemand.
Il y a une chanson où tu peux immédiatement ressentir cette influence : c’est « Anemoea », avec les guitares flamenco. J’ai trouvé un formidable guitariste qui habite à seulement dix minutes de chez moi et qui joue de la guitare sur cet album. J’adore ça, c’est très émouvant.

Avec Frisson Noir, quelles émotions ou quel message aimerais-tu surtout que ton public retienne après avoir écouté l’album du début à la fin ?
Tarja : J’aimerais que les gens puissent prendre un moment pour ressentir de l’amour, pour eux-mêmes et pour le voyage émotionnel de l’album.
Il faut accepter l’obscurité que nous avons toutes et tous en nous. C’est très important de se battre pour ses rêves. J’aimerais vraiment que cet album transmette un sentiment de persévérance : tes rêves sont importants, et toi aussi tu es important(e).
Pourquoi avoir choisi un nom français pour le titre de ton album Frisson Noir ?
Tarja : Je crois sincèrement que ce titre représente parfaitement l’album et la chanson. Je crée à partir de mon obscurité. Ça a toujours été l’endroit où je vais profondément en moi-même.
Parfois c’est effrayant d’y aller, mais au final c’est quelque chose de beau. Et puis il y a aussi le mot frisson : je suis quelqu’un de sensible. Quand je regarde une peinture ou que j’écoute de la musique, je ressens ce frisson. Tout le monde peut avoir cette chair de poule.
Pendant le processus d’écriture de cet album, c’est devenu très important pour moi de ressentir moi-même ce frisson. Quand je termine quelque chose, j’ai besoin de ressentir cette satisfaction et ce frisson qui me disent que je suis sur le bon chemin.
Enfin, vous avez une langue tellement belle que je ne parle pas moi-même, mais même avant, j’utilisais déjà un peu de français dans mes paroles ou certains titres. Je trouve cette langue vraiment magnifique.
Tu vas bientôt partir en tournée à travers toute l’Allemagne. Quand est-ce que tu viens en France, à Paris ?
Tarja : Ce n’est que le début. Nous avons une tournée dans toute l’Europe centrale et, comme toujours, une tournée de Noël à la fin de l’année.
Au début de l’année prochaine, je ne veux surtout pas laisser la France de côté dans ma tournée. J’ai vraiment envie de venir.
La France est un pays magnifique et le public français me soutient beaucoup, donc c’est très important pour moi. Il me faut simplement trouver un promoteur prêt à m’accueillir. L’année prochaine, il y aura une longue tournée.
Merci beaucoup pour ton temps et j’espère te voir bientôt en concert. On aimerait vraiment te voir à Paris ou ailleurs en France. Il y a beaucoup d’endroits où jouer en dehors de Paris.
Tarja : Je serai là avec le pianiste Nicolas Horvath. Je vais jouer un concert semi-classique à Limoges, en France, pendant l’été, le 17 juillet. Et j’en suis très heureuse.
Tarja en tournée :
À la suite de la sortie de l’album, Tarja se lancera dans l’International Frisson Live Tour 2026, dont le coup d’envoi sera donné le 30 septembre 2026 à Berlin.
30.09.2026 : Huxleys Neue Welt – Berlin, Allemagne
01.10.2026 : Markthalle – Hambourg, Allemagne
02.10.2026 : M.A.U. Club – Rostock, Allemagne
04.10.2026 : Parkhotel Ballsaal – Dresde, Allemagne
05.10.2026 : F-Haus – Iéna, Allemagne
06.10.2026 : Backstage Werk – Munich, Allemagne
08.10.2026 : Music Hall – Innsbruck, Autriche
09.10.2026 : Z7 – Pratteln, Suisse
11.10.2026 : Club Vaudeville – Lindau, Allemagne
12.10.2026 : Essigfabrik – Cologne, Allemagne
13.10.2026 : Batschkapp – Francfort, Allemagne
15.10.2026 : Hyde Park – Osnabrück, Allemagne
16.10.2026 : Stadthalle – Gersthofen, Allemagne
17.10.2026 : Szene – Vienne, Autriche
Tracklist :
Against The Odds (feat. Chad Smith)

