Entre deux concerts (le vendredi sur la Main Stage 2 avec No One Is Innocent et la clôture de la journée du samedi sur la Warzone avec Le Bal des Enragés) Kemar a pris de son temps pour répondre à nos questions sur l’actualité et l’histoire du groupe. 



Peux-tu nous décrire les sensations que vous avez ressenties hier au moment de jouer sur la Maint Stage 2 ? Sur les images qui étaient diffusées sur les écrans avant votre entrée sur scène, on avait l’impression que vous étiez hyper impatients. 

Kemar : Ce qui s’est passé, la sensation qu’on a eue, c’est que juste avant de rentrer, en 10 minutes, la Maint Stage 2 s’est remplie à une vitesse de dingue. On avait l’impression que par rapport à notre passage il y a 3 ans on était hyper attendu. Du coup ça nous a donné une énergie de dingue. Tu multiplies l’adrénaline par 4.

Tu pourrais comparer ça à quoi ?

Kemar : Une bonne baise, un putain d’orgasme ! Et comme avec le partenaire avec qui tu fais l’amour, une vraie interactivité avec le public. Les gens nous ont rendu un truc incroyable, de morceau en morceau, ça n’a pas arrêté.

Pour vous avoir vu 3 fois cette année, j’ai l’impression qu’au fil du temps vous montez en puissance et en intensité dans vos concerts. Tu l’expliques comment ?

Kemar : Je pense que depuis l’album Propaganda, les gens sont revenus nous voir. Cet album a marqué l’histoire du groupe et Frankenstein n’a fait qu’appuyer cette dynamique. Ces dernières années on a pas mal tourné, et en venant au Hellfest quelque part tu réunis tout le monde. Et puis tu as ce truc aussi de jouer devant des gens qui n’ont jamais vu No One Is Innocent sur scène, dans le cadre du Hellfest, et pour qui tu dois pas te rater.

Concernant la programmation 100% française, quel était votre sentiment par rapport à cette affiche ?

Kemar : Ça a joué également dans notre envie de tout donner. Le fait de se retrouver tous dans les loges à partir de midi, de se croiser, ça change la donne. Il y avait un côté familial dans le truc et en même temps ça te donnait une bonne adrénaline. Les uns les autres on se refilait une énergie particulière. De voir les copains de Lofofora jouer juste avant nous, ça me donnait envie de les rejoindre sur scène tout de suite. Et puis même après avec Ultra Vomit, Mass Hysteria et Gojira, c’était un super cadeau de tous se retrouver le même jour, sur la même scène.

D’autant que ce genre de réunion ne s’est jamais trop fait dans le passé ?

Kemar :  Ce qui se passe c’est qu’aujourd’hui la donne a changé au niveau contractuel. Par exemple Tagada Jones, Ultra Vomit et nous, on est chez le même tourneur et on n’enchaîne pas mal de dates ensemble. Du coup il y a un côté hyper-fraternel entre nous qui est palpable, sur et en dehors de la scène. On regrette un peu parfois que certains se la jouent peut-être un peu trop solo, même si on s’entend super bien tous ensemble, il n’y a pas de jalousie, de concurrence malsaine entre nous. Par exemple après le concert de Mass Hysteria, que ça doit démanger de venir avec nous, je suis rentré direct dans la loge pour les embrasser et les féliciter pour leur concert. Je leur ai dit : « Putain les gars on s’est pris une tartasse ! ».

En parlant des Tagada Jones, pourquoi cette histoire d’amour si tardive, alors que les deux groupes sont nés pratiquement en même temps ?

Kemar : Oui c’est vrai que pendant un moment on ne se croisait pas. Je pense que pendant un moment on était dans deux scènes qui ne se fréquentaient pas forcément. Et puis les choses changent, bougent. Et un jour on s’est retrouvé avec les Tagada, ça été une évidence. On a le même ADN : utiliser la musique pour dire des trucs. Et pour être honnête Tagada Jones, c’est la plus grande amitié qu’on ait eue avec un groupe. J’ai énormément de respect pour un mec comme Niko, j’ai du mal à trouver les mots pour le décrire : il super humble alors que c’est un sacré bosseur, brillant.

Dans l’histoire de No One, il y a toujours eu des collaborations qui sortaient de l’ordinaire (l’écrivain Maurice Dantec sur Nomenklatura, les groupes de rap Timide Et Sans Complexe & E.J.M pour le EP Antipolitique, le titre avec l’Orchestre National de Barbès). Ça fait partie également de l’ADN de No One ?

Kemar : Oui parce que si on ne partage pas, on se fait chier. Et puis on sort de notre zone de confort. C’est aussi l’histoire de rencontres, des rencontres naturelles, pas des trucs calculés. C’est en festival que tu croises les mecs d’un groupe avec qui tu t’entends biens. Par exemple avec l’Orchestre National de Barbès, au départ on était des extra-terrestres pour eux. Mais on répétait à côté d’eux, on les a fréquentés, on a participé à une soirée Gnawa avec eux. Et puis il y a eu les événements en Algérie (1996-1997). Il y a eu l’envie commune d’écrire un titre ensemble, alors que musicalement on était dans deux univers bien différents.



Tu parles d’ADN tout à l’heure en commun avec Tagada, « de faire de la musique pour dire des trucs » et sur scène vous avez affiché vos positions. Est-ce que tu ne penses pas que ce type de discours est plus porteur dans un festival, où tout le monde ne vous connaît pas ou ne partage pas vos idées que lors de vos concerts ?

Kemar : Je te dirai que c’est plus délicat effectivement en festival, mais c’est un vrai choix. Tu pourrais te dire que sur un festival, vu qu’il est possible qu’une partie du public ne soit pas d’accord avec toi, de lever le pied. Mais nous ça ne nous arrête pas. C’est important d’afficher qui on est et ce qu’on a envie de dire.

A vos débuts, dans les concerts il était possible de voir des associations engagées comme Act-Up, Ras l’Front ou le Scalp tenir des tables de presse. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Kemar : Oui c’est vrai. Mais les choses bougent, évoluent. Avec le temps tu perds les liens avec les personnes qui animaient ces assos, à qui tu donnais une visibilité, et puis ces assos ont souvent disparu. Ce qui est important c’est qu’on continue à assumer nos positions, malgré toutes ces années. Après une période de contestation dans le rock comme on a pu connaître, quand la tendance change, on aurait pu changer notre fusil d’épaule et raconter d’autres choses. On n’a jamais voulu baisser la garde ou s’adapter.

Par rapport à Act-Up c’était un moment particulier. On s’y retrouvait à mort. Et puis dans ce monde très macho, avec des idées préconçues dans lequel on évoluait, c’était un acte fort. On a fait un t-shirt avec eux, on les a fait monter sur scène.

Ça fait maintenant un an que Frankenstein est sorti. Avec le recul est-ce qu’il y a des choses que vous auriez envie de changer ?

Kemar : Tu veux que je te dise ? Je vais être honnête avec toi, c’est le 1er album de No One sur lequel je n’ai aucun regret. C’est la première fois que ça m’arrive en 25 ans. Propaganda c’est un album que j’adore parce qu’il a une âme, mais peut-être que sur certains passages j’aurais aimé l’entendre un peu plus sale. Là je n’ai aucun regret.

Vous construisez vos morceaux de quelle manière ? Tu peux nous parler par exemple de Ali King of the ring ?

Kemar : Tu pointes du doigt un des titres du mode d’emploi type de composition chez No One. Les deux gratteux cherchent des compos, des instrus. Il faut d’abord que la musique raconte une histoire. Et là quand j’ai entendu le début d’Ali, j’avais l’impression d’être sur le ring. Quelques mois avant il y avait eu la mort de Mohamed Ali. C’était l’occasion rêvée de parler du personnage sur une musique qui collait parfaitement. Il faut toujours écouter l’instrus à fond. Pour Frankenstein on a construit le morceau comme une espèce de transe et A la Gloire du marché on est parti sur un morceau complètement dinguo. Et à chaque fois les textes sont venus appuyer les sensations dégagées par la musique.

Mais tu participes un peu à la composition de la musique ?

Kemar : Un petit peu. On a un système de fonctionnement où je suis un peu au milieu. Popy habite pas très loin de chez moi et des fois on bosse ensemble des idées que François nous envoie par exemple. Ensuite on se retrouve tous les trois pour retravailler tout ça. Et quand ça tient un peu la route, la basse et la batterie travaillent leur partie.



La reprise de Black Sabbath sur le dernier album, c’est pour envoyer un message du style « c’est aussi nos racines » ?

Kemar : C’est pour dire que ça fait partie de notre ADN comme les Beastie Boys ou RATM. Sans Black Sabbath, pas de Metallica, pas de RATM… C’est un pilier de la musique, entre l’univers que dégage Ozzy, les riffs de Tommy Iommi. On a voulu affirmer ça. Et puis Shanka dans ses tiroirs, il avait un début de cette version de Paranoid. Quand on l’a écouté on s’est dit qu’il fallait creuser le truc, parce qu’on pouvait faire quelque chose de différent. Et tu vas voir que sur le prochain album ça sera encore le cas. Ce n’est pas par hasard aussi que Niko (de Tagada Jones) nous a proposé de venir sur le Bal des Enragés. Il connaît notre background, il y a une culture commune.

Vous travaillez déjà sur le nouvel album ?

Kemar : Oui un petit peu. On a quelques débuts de compos, mais ce n’est pas facile. On n’a pas mal de date en ce moment et quand on rentre chez nous on a envie de se poser. Mais rapidement au bout de quelques semaines, on a besoin de se retrouver.

Le groupe a 25 ans cette année. Qu’est-ce que ça te fais de te dire que bientôt les mecs et nanas qui venaient vous voir à vos débuts vont bientôt venir avec leurs gamins ?

Kemar : Moi je trouve ça génial ! Je pense que No One chez les gens procurent un truc de particulier. On a énormément de gens fidèles, qui apprécient notre côté authentique, sincère du groupe. Tout ça fait qu’à mon avis à partir du moment où les gens écoutent et aiment No One, ils aiment le groupe pour pas mal de temps. Et après, comme je suis aussi parent, je vois que tu transmets forcément ce que tu aimes à tes enfants. Ma fille qui a 15 ans, elle se remet à écouter les Clash, The Stooges, parce qu’elle les a entendus à la maison.

Aujourd’hui il semble impossible de faire un concert de No One sans qu’il y ait La Peau. On peut dire que c’est un morceau emblématique ?

Kemar : Déjà on prend grave du plaisir à jouer ce morceau, même après toutes ces années. Il est indémodable, intemporel et malheureusement sa thématique est encore dans l’actualité. C’est un morceau à part dans l’histoire du groupe. Ce qui m’importe c’est de jouer ce titre pour faire plaisir aux gens. La nostalgie ça ne m’intéresse pas par rapport aux anciens titres de No One. Si on continue de jouer d’anciens titres comme La Peau, Chile ou Nomenklatura, ce n’est pas juste parce que ça fait bouger les gens, mais aussi par rapport à ce que ça raconte. Ils incarnent totalement ce que représente le groupe. C’est pour ça que se sont des morceaux incontournables.


 

 

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