Among The Living
Interview

Entrevue avec Sangdragon au Fensch Viking Fest le 30 septembre 2023

Entrevue avec Sangdragon au Fensch Viking Fest le 30 septembre 2023

Cet entretien s’est déroulé au Fensch Viking Fest, dans l’Est de la France, à Florange. Le groupe était entrain de se préparer pour leur concert qui allait se dérouler trois heures plus tard.

C’était l’occasion de parler du nouvel album et de la vision du groupe sur le projet Sangdragon. Merci à eux pour cette discussion franche et sans tabou !



Thomas : Sangdragon, on se connait depuis quelques années et je vais donc attaquer avec une question assez directe : est-ce qu’on est encore dans « Thy Mystic Trilogy » avec l’album qui va sortir ? (Hierophant, sorti le 21 octobre 2023).

Vincent Urbain : Alors on est toujours dans le cadre de la « Mystic Trilogy »…

Thomas : Mais ça commence à faire plus que trois…

Vincent : Oui, mais ce sont des épisodes qui au sein de la trilogie, sont des moments choisis, des moments clés. Par exemple, j’ai des chapitres qui avaient déjà été écrits et des choses qui ont été écrites après. Donc oui, on est encore sur cette base, historiquement, chronologiquement, sauf que là, ils ont été mis un peu moins comme une histoire, mais plus comme des chapitres, piochés à droite et à gauche, et qui ont été montés en cohérence pour chaque album, le noir et le blanc. Chaque chanson peut s’incruster à sa place dans la trilogie et même après. Donc, on est encore dedans, en tout cas dans l’univers.

Thomas : Ça tombe bien, car après écoute, on sent que ça a évolué, mais on ressent d’où ça vient. Justement, là on a attaqué directement sur ce nouvel album, qui n’est pas encore sorti (NDA : à la date de l’interview). Un double album, c’est quand même couillu de nos jours. Metallica peut se le permettre, après…

Vincent : C’est un double album avec des chansons différentes, l’album blanc, c’est pas une version médiévale de l’album noir. Ce sont des nouvelles chansons. Pour être honnête, il y a trois ans, on s’était quand même bien posé la question. Enfin, mon idée de départ, puisqu’on se produit aussi en médiéval, avec un set un peu plus acoustique et c’est vrai qu’on ne pouvait pas vendre de CD qui correspondait à ça. Les gens qui voulaient nous acheter des CD, on leur disait « c’est super, mais ça va peut-être un peu brailler pour toi, ce n’est pas ce que tu as entendu ». la première démarche, c’était de faire un album metal et un album médiéval, pour tous les goûts. Si les gens aiment les deux, tant mieux, nous on aime les deux, et voilà. Il y a trois ans, on s’est posé la question parce que ça allait être très long, mais le COVID est arrivé et du coup, impossible de défendre un nouvel album. Du coup, on revient au projet initial, on se laisse deux trois ans de répit, on laisse passer le COVID et tout ça et on lance ce double album, le projet initialement prévu à la base.



Sangdragon n’est pas voué à faire des tournées.

Will Hien : En fait, quand on a commencé à discuter du nouvel album, « Requiem » étant sorti en 2015, on s’est dit que ça serait bien de sortir vers 2020-2021, un nouvel album avec des titres metal… Et médiéval, un peu comme Requiem, où il y avait un peu un mélange des genres. Sauf que ça fait cinq ans que Vincent nous dit qu’il voudrait faire un double album, un black dragon et un white dragon, où il y aurait un album metal et un album plus dark/médiéval, mais on s’était dit « putain, si on part là-dedans, ça va encore nous rajouter deux-trois ans » et au final, « merci Covid ». Mais du coup, plus de possibilité de promouvoir un album si tu le sors, et on s’est dit qu’on allait pas s’emmerder un album, qu’on pourra pas défendre sur scène, mais si c’est un super album de huit titres et allez, on va, on revient sur l’idée de départ et on fait un double album. On a le temps maintenant de le faire. Tout le monde nous a dit, avec le Covid, de toute façon, vous rejouerez pas avant deux-trois ans. Ce qui était vrai.

Edouard Verneret : On a pu faire des sessions à distance. C’est vrai qu’on a l’habitude de se voir une fois par semaine avec Vince pour les compositions, les arrangements et tout. On a vraiment eu une période où on a fait tout ça en « télé-travail ». Une fois par semaine, on s’appelait et on écrivait ensemble et on faisait avancer le projet.

Thomas : Donc si je comprends bien, c’était une coïncidence due à des événements extérieurs, mais…

Will : … C’était l’idée de départ qui allait pas se concrétiser faute de temps, mais le Covid nous a donné le temps d’aller au bout du projet initial.

Thomas : Ça permet donc d’avoir un album qui est à la fois dans la lignée classique, avec des composantes metal prononcées et ce qui aurait pu paraître desfois hors contexte, car il y a des passages tout de même très acoustiques, qui se comprennent. Quand on a entendu l’évolution depuis Daemonium, tout est logique, mais qui pourrait peut-être choquer les fans des dernières années. Mais avec cette combo du double album, c’est parfait si je comprends bien.

Vincent : C’est en fait ce qu’on voulait.

Will : En fait, il y a une cohérence sur les deux albums. Le black dragon est vachement plus orienté death orchestral, bien rentre dedans et comme disait Vincent, et le deuxième album qui va plus parler aux gens qui écoutent du médiéval, quelque chose de plus ambiant. Et c’est sûr que les gens qui ont écouté Daemonium, Akhenaton, ils vont pas du tout être perdus. Alors la difficulté, c’était de savoir comment promouvoir correctement cette affaire. Soit on faisait deux albums, et on devait faire deux fois la promo, deux présages, ou alors on se disait on met tout ensemble et finalement ça montre une vue exhaustive ce qu’est Sangdragon.

Thomas : Donc c’est un album qui sort fin octobre.

Vincent : 21 octobre.

Thomas : Donc forcément, il y a promo derrière.

Will : Il y promo devant (rires).

Thomas : Oui, forcément, il y a promo tout le temps. Il y a déjà des dates plannifiés. Là, il y a plus de Covid, ou presque, c’est quand même lourd de faire des tournées.

Will : Déjà, il n’y aura pas de tournée, car on a tous des emplois du temps professionnels qui sont démentiels. Ca voudrait dire aussi d’investir de l’argent mine de rien, ça demande beaucoup d’investissement. En toute objectivité, on pas les fonds non plus pour se payer un tour support de 10000 ou 15000 euros et surtout il faut en avoir envie. C’est-à-dire que tout le monde s’aligne sur les mêmes planètes au même moment, que tout le monde prenne ses vacances au même moment et en fait, Sangdragon n’est pas voué à faire des tournées.



Thomas : Ça restera un groupe rare, mais qui finalement, joue pas mal.

Vincent : On va viser les fests comme ce week-end. On peut pas faire de tourné, donc on fait l’étoile. On joue ici à Florange, le mois prochain à Mâcon, après à Nice, d’autre à Caen, il y a Toulouse, Lille de prévu. On va faire l’étoile, mais c’est la meilleure solution pour nous.

Will : Pour l’instant, pour l’automne, pour la sortie de l’album, il y a 4 dates de prévues. Il y a la release party à Mâcon dans la Cave à Musiques,  où on avait fait celle de l’album précédent. On a pas rejoué à Macon depuis. Le 28 octobre, on va à Nice, le 11 novembre, on va à Caen. En hiver, février-mars, il y a des trucs qui sont en attente. Il y a le Beermaggedon Fest où on est annoncé le 27 avril, et il va y avoir des dates en mai, en juin. Il y aura aussi des festivals qu’on peut pas encore annoncer, mais on va dire que jusqu’au mois de juin, on va avoir une à deux dates par mois. Après, s’il y en a qui veulent bien nous prendre en juillet/août, et bien on ira.

Thomas : Est-ce qu’actuellement, on peut encore se passer d’une tournée de support, là c’est une tournée filée, mais ça revient au même.

Vincent : Ça dépend de tes objectifs et de tes priorités. On a tous des projets qu’on aime, et des boulots. Mais à un moment, il faut forcément faire des choix et les bons, parce que c’est quelque chose qui coûte cher. J’ai des copains qui tournent, qui font des tours support. Génial pour eux, mais nous ça sera compliqué. C’est une histoire de priorité en fait, la musique, c’est notre passion, c’est pas notre gagne-pain.

Will : Le fonctionnement de Sangdragon, c’est que le groupe ne doit pas coûter d’argent à ses membres, hormis les instruments. Comme on a tous des vies de famille, Sangdragon nous prend déjà beaucoup de temps, mais on veut pas que ça impacte nos familles.

Thomas : Je suis l’actualité du groupe et je vois qu’il y a plein de trucs qui sont faits. Par exemple les clips, certaines vidéos dépassent clairement le cadre de la petite vidéo sympa filmée en dix minutes entre potes, il y a un petit côté cinéma.

Vincent : Déjà, c’est le but. Mais quand on dit qu’on veut pas forcément en faire notre métier, ça veut pas dire qu’on veut pas faire quelque chose de qualitatif. Justement, comme c’est notre passion, on essaie de faire les trucs qualitativement, où on soit fier et content de le faire. On a tous fait de la bricole, mais c’est vrai que pour cet album, on a mis un peu les petits plats dans les grands. On s’est fait plaise pour obtenir des choses dont on sera fier longtemps. C’est un tout.

Will : En fait, on est pas professionnels, mais on essaie d’avoir la démarche la plus professionnelle possible.

Vincent : Parce qu’on aime ça aussi !

Will : On a personnellement envie de pas faire de la merde, on veut aussi proposer des visuels attrayants et être fiers de ce qu’on va faire même d’ici dix ou quinze ans. Parce que qu’est-ce qui restera ? Ce sera la musique et les images. Nous on sera décrépis peut-être, on jouera plus, etc. Mais quand on se retournera, je pense qu’on pourra être fiers de ce qu’on a fait. Et je pense que les gens, même ceux qui nous suivent plus ou qui nous suivrons plus tard, il y a jamais eu tromperie sur la marchandise.

Vincent : Il y a une histoire de sincérité, non seulement avec nos fans, mais aussi avec nous.



Thomas : C’est votre idée les vidéos, enfin je veux dire, la réalisation. C’est toi Vincent ? Parce que quand même, disons que quand c’est des gros labels qui poussent derrière, et qui ont toute leur équipe derrière, et que le groupe n’est même pas au courant de ce qu’ils font, mais ça passe. Là, c’est impressionnant de voir que c’est fait maison.

Will : Nous, on veut garder notre liberté. Alors ça demande énormément d’investissement personnel, à tous niveaux, que ce soit le mix, l’enregistrement, lui (en désignant Clavier), il a passé des centaines d’heures à mixer les pistes, les couches de clavier, les arrangements. C’est pour ça que ça prend du temps, on a personne derrière qui fait ça à notre place. Mais on a gardé notre liberté de sortir l’album quand on veut, de la manière qu’on veut et de faire des clips comme on veut. Et comme en plus, Vincent est du genre hyper-créatif, il a tout le temps plein d’idées, aussi pour les clips vidéo. Et nous on suit.

Edouard : C’est vrai que le fait d’être totalement autonome et indépendant, ça permet d’être plus créatif dans nos idées, sans te dire qu’il y a la deadline dans quinze jours, parce que le truc doit être fini.

Will : Et il y a pas beaucoup de labels qui auraient été d’accord de nous laisser sortir un double album death metal avec une face dark/médiéval/folk.

Edouard : Certes, c’est beaucoup plus de boulot et d’investissement personnel, mais on sait pourquoi.

Will : En fait, la seule manière d’y arriver, c’est qu’on a une base de fans qui nous suivent et qui nous permettent de sortir un album. Là par exemple, on a fait des pré-ventes avec des potes. On avait pareil avec Requiem en 2015, on avait fait une souscription où après les gens commandaient l’album. Quand nos albums sortent, ils sont financés par les fans, et les concerts qu’on peut faire. Mais si on avait pas ces gens qui étaient derrière nous, et qui comprenaient le délire, et qui étaient fidèles, on pourrait pas le faire. Car ça nous demanderait de sortir trop d’argent de notre poche. Ca impacterait trop tout le monde, et nos familles et cela ne serait plus possible. On a la chance d’avoir des gens qui nous suivent et qui nous aident, qui nous achètent les albums, des oganisateurs qui nous permettent de jouer, mais aussi parfois des gars qui nous suivent et qui nous aident à porter des amplis. En fait, l’autoproduction, ça nous empêche d’être distribués énormément partout.

Notre plus grande richesse, c’est nos potes !

Vincent : Il y a des portes qui ne s’ouvrent pas.

Will : C’est comme je te disais, on peut pas partir un mois en tournée, donc on va faire des trucs là où les gens nous attendent. Et le faire du mieux qu’on le peut. Par contre, Vincent va te répondre plus du côté clip, c’est lui qui fait les storyboards et tout ça.

Vincent : Je prends le storyboard du début à la fin, qui il y a comme figurant, qui a quoi comme costume, où ça, à quel endroit, quand, etc.

Will : Les lieux, pour « Curse of Desert » notamment.

Vincent : Oui, c’est celui qui a vraiment pris le plus de temps, car trouver un endroit désertique chez nous, et cette année-là il a énormément plu, et chaque fois que j’y retournai, c’était vert. On a fini par se trouver un quatrième endroit, et c’était compliqué. Là pour « Under My Stigmata », c’était un peu plus, car on a tourné autour de chez moi, et ça a été fait en deux jours. Mais parce que tout était prévu : les costumes, les endroits, entraîner les combattants, chacun savait ce qu’il avait à faire. Le caméraman, pour ce clip, c’est Anthony Mouchet, qui est un petit gars de Mâcon super. Je le connais depuis longtemps. Je lui ai appris à peindre des bonhommes, des figurines Warhammer, quand il était gosse d’ailleurs. Il est est vraiment super, et j’adore sa façon de filmer. C’est lui qui nous a fait ce clip-là.

Will : Et qui n’est pas étranger au projet, car c’est lui qui avait déjà réalisé « Front Of Steel », le tout premier clip live. Il était au début de sa carrière de vidéaste. On lui avait aussi un peu donné sa chance au début, et là, il s’en est rappelé. Il est revenu huit-neuf ans plus tard en étant professionnalisé. Donc tu vois le bond en avant, mais il s’en est souvenu aussi une fois qu’il nous a fait le devis par exemple. Quand je te dis qu’il y a des gens qui nous aident… En fait, pourquoi on peut réaliser des clips…

Vincent : Notre plus grande richesse, c’est nos potes !

Thomas ; C’était ça l’origine de ma question car cela faisait vraiment extrêmement pro « grosse boite » et je me demandais d’où ça sortait.

Will : C’est nos potes. C’est ce que dit Vincent, notre richesse, c’est nos potes.

Thomas : Ça reste un projet « familialo-pote »… On va terminer l’interview avec une question, que j’avais déjà posé il y a plein d’années, lors de notre dernière interview.

Denis Josserand : Ben tu prends la même réponse (rires) !

Thomas : Pas forcément, parce que la question n’est pas exactement la même. En 2023, pour vous, individuellement, comment vous définiriez Sangdragon, mais avec un mot.

Vincent : C’est une histoire de plein de choses, c’est une histoire d’amitié, de mysticisme, de passion. Oui, je vais peut-être dire « Passion ».

Thomas : Passion. D’avoir réussi à trouver un mot, c’est dur.

Vincent : T’as vu, j’ai triangulé.

(Tout le monde parle en même temps) : Fatigue. Sangdracon… et d’autres ! (rires)

Will : Chronophage.



Jean-Philippe Gautier : Moi, c’est l’aspect dark qui m’intéresse dans Sangdragon.

Will : Jean-Phi, qui remplace Florian Iochem, qui a enregistré l’album. Un pote à nous, pareil. Qui remplace donc Florian pour les lives. Parce que Florian est parti à Berlin pour ses études cette année. Il a aussi déjà des concerts avec Catalyst.

Edouard : Pour moi c’est un ensemble. Il y a le côté live, il y a le côté studio. Mais il y a aussi l’Ost du Dragon, la troupe médiévale dont on a pas forcément parlé. C’est un peu le satellite de Sangdragon. Pour moi, c’est un peu l’aspect de plein de trucs, qui au premier abord n’ont pas l’air d’avoir un rapport, mais qui se sont cumulés pour former tout ce projet.

Thomas : Merci !



PS : En 2014, lorsque j’avais interviewé Vincent lors du Festival de Chair et d’Acier à Mâcon, le mot choisi était « Sincérité ». On peut donc en conclure que c’est une passion sincère depuis bien des années qui l’anime !

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