Among The Living
Interview

Interview JIRFIYA

Nous nous sommes entretenu avec Ingrid et Jérôme du groupe JIRFIYA pour parler, entre autre, de leur nouvel album Still Waiting.

Jirfiya

 

Comment avez-vous vécu cette année 2020 très compliquée pour les groupes (entre autres), en particulier pour faire la promotion et défendre votre album Still Waiting.

Jérôme : on a réfléchi à attendre que la crise passe pour sortir l’album, mais en fait personne ne sait quand ça va passer alors autant se lancer. Ne pouvant pas défendre l’album sur scène, nos moyens de promotion sont en effet limités mais si quelques personnes écoutent l’album et qu’il leur permet de s’évader quelques minutes et bien on aura réussi.

Parlez-nous un peu de JIRFIYA, du groupe mais aussi de votre parcours.

Jérôme : JIRFIYA est né de notre rencontre fin 2018 (à Pascal, notre bassiste, et moi) avec Ingrid dont on a immédiatement senti une alchimie. L’idée de base était de faire évoluer notre groupe BORN FROM LIE, mais nous avons finalement créé un nouveau groupe. On a assez rapidement enregistré notre premier EP, et un an plus tard nous voila avec notre premier album.

Ingrid: j’ai eu pas mal de groupes et de collaborations au fil des années (DOKKAEBI, MERCIBO), je suis également chanteuse du groupe ProgRock OSCIL. Je voulais me confronter au Metal depuis un moment, et c’est quand j’ai vu l’annonce de BORN FROM LIE que je me suis lancée.

Un mot sur le nom du groupe, j’ai trouvé un rapport avec une météorite (un fragment martien pour être plus précis) mais dont le nom diffère un peu (Jrfiya). Quelle en est donc la véritable signification et représentation pour vous?

Ingrid:
Oui tout à fait, j’ai trouvé ce nom en cherchant une idée en rapport avec les pierres, les météorites, c’est bien Jrifiya, un nom de découverte scientifique j’imagine. La comparaison avec la météorite colle bien avec notre projet qui est né de façon fulgurante. On cherchait un nom fort, et je trouvais que ça sortait des noms anglo-saxons habituels. Au final, j’ai proposé de le transformer un peu pour une meilleure prononciation. JIR-FI-YA, ça sonne rugueux au début, et doux et féminin à la fin.

Quelles sont vos influences au sein de JIRFIYA? Aussi bien musicales que littéraires voire cinématographiques ?

Jérôme : Je crois qu’on a tous des influences très différentes ! J’écoute beaucoup de rock et de Metal  mes références principales sont Megadeth, Iron Maiden, Queen, Aerosmith, Savatage, Arch Enemy,  Pink Floyd, King Crimson, System Of A Down, les Guns, Nevermore, Nightwish, The Gathering, The Who, Neil Young, Deep Purple, Machine Head et j’en oublie !
En termes de cinéma: Joseph Mankiewicz, Fritz Lang, Orson Welles, Alfred Hitchcock, John Carpenter, Akira Kurosawa.

 Je lis beaucoup de SF, je suis un gros fan entre autres de Dan Simmons , Robert Charles Wilson, Orson Scott Card, Isaac Asimov, Dean Koontz, …

Ingrid: En musique, Jeff Buckley, Björk, PJ Harvey, Tori Amos, Sinead O’Connor, Skunk Anansie, The Gathering, Led Zep, Radiohead, Sigur Ros, Tool, Perfect Circle, SOAD, Pain Of Salvation…
Ciné: Wim Wenders, Charlie Chaplin, Hayao Miyazaki & Isao Takahata, Tom Moore, Pete Docter, Satoshi Kon, Tim Burton, Jim Jarmusch, Joseph Mankiewicz, Billy Wilder, Peter Jackson, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Stanley Kubrick, Takeshi Kitano, Céline Sciamma…
Littérature: Anne Rice, Margaret Atwood, Virginie Despentes, Marie N’Diaye, Maupassant, Tennessee Williams, Wajdi Mouawad, la saga Millenium, BD&Manga…
Puis alors si on parle série TV, je ne m’arrête plus! Derniers coups de cœur: Fleabag, I May Destroy You, The Third Day, The Mandalorian…

Ingrid, comment es-tu venue au chant et en particulier au Metal ? Comment travailles-tu celui-ci ?

Je chante depuis toujours, et j’ai touché à pas mal de styles dans mon parcours: de la chanson française à la pop japonaise, en passant par la musique réunionnaise, et les covers de rock indé. Depuis une dizaine d’années je me suis ancrée dans le rock, notamment avec mon autre groupe OSCIL qui est plutôt Prog, mais mes potes sont aussi branchés “Metal” et m’ont initiée. C’est un style qui m’a souvent attirée, mais je doutais de moi, d’être à la hauteur vocalement. J’avais en tête Anneke Van Giersbergen dont je me sentais proche, et quand j’ai rencontré Jérôme et Pascal, ça m’a boostée pour reprendre un peu la technique et me fondre dans leur univers.

Que conseillerais tu à une jeune femme qui voudrait se lancer dans l’aventure du chant Rock au sens large ? Quel retour d’expérience (quand bien même courte) pourrais-tu partager avec elle ?

Cultiver sa personnalité, varier les influences et inspirations. Ne pas hésiter à s’engueuler avec les autres si c’est pour la bonne cause, ou se barrer si c’est toxique, comme en couple quoi (rires)! Trouver des partenaires qui respectent sa voix, la place donnée au chant au sein de l’ensemble si on est en groupe… Vigilance sur les mix, ta voix compte!


JIRFIYA - Still Waiting

 



Still Waiting fait suite à Wait for Dawn. Vous êtes toujours dans l’attente d’une aube qui tarde à venir ? C’est en rapport avec un « redémarrage » du système qui ne vient pas ?

Jérôme : c’est exactement ça ! “Wait for Dawn” avait déjà des paroles assez revendicatives contre un système où l’humain est toujours perdant face aux industries, qui ne pensent qu’à leur chiffre d’affaire (des morceaux traitent de Monsanto et Nestlé par exemple) et une vision sombre sur notre monde qui plonge de plus en plus dans les ténèbres. Les évènements de 2020 ne nous ont pas prouvé que « l’aurore » qu’on attend arrive, d’où le titre de notre album «  Still Waiting ».

C’est la situation sanitaire qui a accélérée ou amenée la sortie de cet album ?

Jérôme : Et bien ça l’a clairement accéléré ! j’avais déjà commencé à composer fin 2019 mais l’essentiel de l’album a été créé pendant le premier confinement, dans cette période « inédite » il y avait deux solutions : soit déprimer, soit transformer ce « temps libre » à créer, j’ai fait mon choix !

Still Waiting est un parfait équilibre musical mais surtout vocal, avec votre dualité de chant claire et hurlé. Comment travaillez-vous cette partie ?

Jérôme : Pour moi c’est Ingrid la voix lead, on n’ajoute des voix hurlées qui si on estime que cela apporte quelque chose au morceau ou à un passage en particulier, l’idée n’est pas d’en faire une recette. Je ne sais pas si dans les futurs morceaux il y aura des voix hurlées, Ingrid a une qualité et une palette de voix qui suffit largement, à notre musique !

Quels sont les thèmes abordés sur Still Waiting ? Et comment travaillez-vous les textes de JIRFIYA ?

Jérôme : Les thèmes sont assez variés, on les choisit sur des sujets qui nous touchent ou nous révoltent.

Par exemple « The Right Side Of The Border » est venu quand j’ai vu aux infos des gardes côtes Grecque tirer sur des bateaux de migrants pour les forcer à faire demi-tour. J’ai eu un grand sentiment de honte et je me suis fait la réflexion que si on n’était, nous européens, pas né « du bon côté de la frontière », notre attitude serait très différente.

« Silently » traite du sort des femmes au Salvador où l’avortement est considéré comme un crime et passible de 30 ans de prison. Je n’étais pas du tout au courant de la situation de ces femmes emprisonnées pour une fausse couche car il y avait suspicion d’avortement même sans preuve reelle. C’est en recevant la newsletter de « Amnesty international » auquel je suis donateur que j’ai connu l’histoire de toutes ces vies brisées. Je me suis dit que je n’étais surement pas le seul « ignorant » surtout dans un pays où on est libre de son corps, où l’IVG est légal et que je devais parler de ce sujet.

The Hill of Shame” traite de la colline du crack où des migrants ont été abandonné Porte de la Chapelle pour ne pas « gêner » les riverains parisiens. Parmi les dealeurs, quel espoir pour ces humains qu’on abandonne et par la force des choses qu’on rend accros aux drogues ?

The Farewell” : Là c’est mon côté fan de Sf qui ressort et qui en inventant une dystopie où les hommes ne peuvent plus sortir à la lumière du jour car la couche d’ozone est définitivement percée, nous permet de parler d’écologie.

« House of Poison » : Traite de sectes qui utilisent la foi des personnes et prétendent pouvoir les guérir alors qu’ils ne font que les détruire.

Perso je trouve qu’on retrouve du Maiden, une pointe de Megadeth et du Lacuna Coil chez vous. Quelles sont vos influences au sein du groupe ?

Jérôme : Maiden et Megadeth sont les deux groupes que j’ai le plus écouté dans ma vie alors je prends ça comme un compliment, je suis vraiment un gros fan ! Pour Maiden je pense que c’est aussi beaucoup dû à notre bassiste Pascal qui est un gros fan aussi et ça ressort dans son jeu car il n’y a pas de Maiden sans Steve Harris. Mais je fais attention à ça quand même, c’est très facile je trouve de devenir un mauvais clone de Maiden.

J’avoue que je ne connaissais pas très bien Lacuna Coil avant qu’on nous compare, au final assez souvent, à eux depuis notre premier Ep. Je ne savais même pas que leur chanteur s’était mis à la voix gutturale, je ne connaissais de lui que sa voix claire. J’ai depuis approfondi ma connaissance et j’avoue adorer leurs deux derniers albums (Delirium et Black anima) alors merci aux critiques pour cette découverte !

Vous avez sorti une vidéo avec le titre « House of Poison », comment avez-vous gérez l’exercice ?

Jérôme : Assez facilement ! Comme c’est mon métier c’est assez facile de rassembler des gens et du matériel pour tourner des images. On a réalisé le clip en équipe très réduite, j’en profite pour remercier mon ami Vincent M. pour son aide.

Que peut on vous souhaiter pour 2021 ?

Jérôme : J’espère qu’on va sortir de cette crise en 2021.
Ingrid: un retour au calme, à la liberté de se déplacer, de voyager, et de s’embrasser!

Nous vous laissons le mot de la fin.

Jérôme : Pensez à soutenir les artistes que vous aimez, même pour des groupes que vous pensez « à l’abri » cette période est très difficile, certains groupes n’arriveront pas à se relever. La plupart des groupes vivent grâce aux tournées, et le streaming tue l’industrie musicale.


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