Interview Oxymorrons
Nous avons rencontré Jafé et KI, les deux frontman d’OXYMORRONS. Ils etaient en ouverture du concert de Corey Taylor au Trianon le 19 novembre 2023.
Oxymorrons, l’orange bleue du rap metal.
Oxymorrons incarne la quintessence multi-culturelle de New York, véritable melting-pot de sons et de styles qui, à eux seuls, ne pourraient tenir dans une boîte unique. Composé des deux chanteurs KI et Deee, du batteur Matty Mayz, et du guitariste Jafé Paulino, le quartet apporte leurs excentricités et leurs influences musicales variées. Cela crée un mélange subtil, mettant en exergue les sons de la ville qui ne dort jamais. Oxymorrons se sert de la musique comme un vecteur pour transmettre les valeurs de la communauté.
Élevés dans des cultures différentes et de plus ayant écouté des genres musicaux avec leurs potes de l’école, ils baignent dès leur plus jeune âge dans la musique. Rappelons que le Queens est le berceau de nombreuses superstars de hip hop tels que Nas, 50 Cent, Nicky Minaj, Run DMC, Onyx, mais également de rock stars comme the Ramones, Anthrax et Bayside.
En ce qui concerne Oxymorrons, groupe hybride comme le furent les Beastie Boys avec un son trop rock pour faire de la hip hop et trop hip hop pour sonner rock, ils jouent et chantent, embrasant des publics très variés. Planqués quelque part dans l’une des salles du Trianon, avant leur premier show à Paris, ils évoquent leur parcours musical, avec, par exemple, des écoutes de Prince, Bob Marley, Metallica, Jay-Z… et font la lumière sur leur tout premier album “Melanin Punk”, sorti le 20 octobre dernier sur Mascot Records. Produit par Zack Jones (Fever 333, Nova Twins, Pop Evil, We Came As Romans), il a tout de suite compris l’unique son hybride d’Oxymorrons. Toujours joyeux et un large sourire, KI et Jafé dévoilent leur authentique personnalité et leur thérapie de groupe.
Amongtheliving : Vous venez juste de sortir votre premier album « Melanin Punk » après avoir sorti un EP en 2021. Quelles ont été les tâches les plus faciles et celle plus difficiles à réaliser ?
Jafé : Je pense que choisir le titre de l’album a été facile car cela est venu plutôt naturellement ainsi que les titres des chansons. Beaucoup de gens, y compris la presse, la famille, les amis, nous ont demandé comment on décrit notre genre de musique. On a décidé de créer notre propre style musical. Comme cela ça serait plus facile de créer une grande communauté. « Melanin Punk » devient notre maison où vivent le son, le groupe, sa culture et son mouvement. Le plus dur, ça a été probablement de choisir les chansons elles-mêmes.
KI : On a fait tellement de bonnes chansons que nous avons beaucoup aimé comme nos enfants et il a fallu choisir dix chansons sur dix-huit. Donc on a pris la décision de raccourcir la durée de l’album mais, peut-être, un jour, vous entendrez les autres chansons. On a fait ça en une semaine et ça a été très dur ! On a travaillé avec un esprit d’équipe : ce sont les meilleures chansons et on les adore.
Amongtheliving : Quelles sont les réactions du public américain car vous avez une chanson intitulée « Look Alive » qui marche très bien sur les ondes radiophoniques ?
Jafé : On a reçu des nouvelles récemment comme quoi c’était le numéro un sur Active Rock Radio, ce qui est très bien pour nous. C’est cette première chanson qui a une campagne radio il n’y a pas beaucoup de groupes comme ça qui gagnent cette opportunité de faire un grand bond en avant. Nous sommes très honorés et très reconnaissants que des radios nous soutiennent de cette manière.
Amongtheliving : Qu’est-ce qui vous motive pour écrire des paroles et de la musique ?
Jafé et KI : La vie !
KI: La vie, nos amis, ce que l’on regarde à la télévision et l’actualité de notre communauté, notre voisinage. La vie, c’est notre toute première source d’inspiration. Quand j’entends un son je me dis : OK, quelles sont les émotions ressenties à travers ce son ? Alors je me demande de quelle couleur est cette émotion. Ensuite quelles sont les paroles qui peuvent retranscrire ça ?
Jafé : C’est comme une thérapie : c’est le processus de décrire ce qui nous est arrivé dans la vie, les victoires, les pertes, les échecs. La musique que j’écris m’aide à vivre ma vie. Même si ce n’est pas pour un album, l’écriture nous aide à comprendre la vie et à trouver la paix.
Amongtheliving : Et toi KI, es-tu le seul à écrire les paroles ?
KI : Non, chacun peut écrire les textes. Nous fonctionnons comme une équipe, tous ensemble. Certains textes peuvent être écrits par Jafé et on se dit : ça ira bien avec la musique alors allons-y, utilisons le. On n’est pas dans un esprit d’égocentrisme. Si quelque chose est bien, on l’utilise.
Jafé : Parfois le batteur Matty a une super idée pour écrire une partition de guitare, parfois c’est moi qui ai une idée géniale pour le batteur. On partage toutes les idées que l’on a et on les met en commun. Il n’y a pas une seule responsabilité pour une seule personne.
Amongtheliving : Vous venez du Queens, un quartier populaire new-yorkais réputé pour révéler des groupes comme les Ramones, Anthrax, 50 Cent, Run DMC… Avez-vous grandi ensemble dans ce district?
KI : On n’a pas grandi ensemble, mais on a fréquenté le même quartier de New York, un quartier multiculturel, un joli quartier avec beaucoup de parcs et beaucoup de monde. Mais se rendre par le train dans le Queens peut parfois être difficile. Il y a de très bons artistes qui viennent du Queens comme 50 Cent, Nicky Minaj, Run DMC, Cool J. Donc c’est possible de devenir une célébrité dans ce quartier car j’ai vu ces musiciens grandir ici. Je crois que le Queens a quelque chose de spécial, de super à offrir en terme de musique car tellement de cultures différentes y cohabitent. Jafé est originaire de la République Dominicaine.
Jafé : Je suis né dans le Bronx mais j’ai été élevé dans le nord de Manhattan et j’avais l’habitude de jouer avec beaucoup de groupes, des bandes de copains. C’est à ce moment-là que l’on s’est rencontré avec KI. (Rires) Brooklyn a beaucoup d’artistes mais maintenant c’est devenu cher et ce n’est pas ce que c’était auparavant. (Rires)
Amongtheliving : Comme Run DMC l’a déclaré dans les années 80, la hip-hop est née dans les rues de New York fin des années 60. Il suffisait tout simplement de tambouriner en rythme sur les capots des voitures.
KI : En effet, la musique a commencé avant d’évoluer en une grosse machine du business. Les premiers rappeurs étaient de jeunes gamins s’entraînant à jouer dans la rue. Dans le Bronx aussi, il y avait des fêtes secrètes : les jeunes branchaient des fils électriques pour pomper l’électricité sur d’autres appartements et avoir de la musique. La naissance de la hip hop était bien présente (NDJ : dans les rues des quartiers populaires de NY) avant que la musique ne devienne à la mode. Je n’étais pas là à cette époque, je n’étais même pas encore né ! (Rires)
Amongtheliving : Discutons de la composition de votre album. Lors d’une précédente interview, vous avez expliqué que vous créez et composez pas à pas en combinant les pièces comme un puzzle. Pourquoi avez-vous choisi cette méthode de composition et plus particulièrement de créer des chansons hybrides et non pas coller à un style de musique précis ?
Jafé : Tu sais, on ne veut pas manger toujours la même nourriture tous les jours. Pour la musique on peut avoir également envie de varier. On est toujours intéressés de faire quelque chose et non pas de jouer un seul style. Nous sommes de New York et donc tout est à New York : diverses cultures, des langues multiples ainsi que différentes races humaines.
Voilà, on peut dire que notre musique représente cette mixité culturelle, toutes ces couleurs culturelles. Cela vient de notre ville d’origine, de nos croyances et nos goûts. Cela n’aurait pas été authentique pour nous d’être simplement un punk rocker ou un groupe de rock ou de metal. On aime tous ces styles et on essaie de créer comme si cela n’avait jamais été créé avant. Il y a de l’authenticité. Dans la musique hybride et plus particulièrement en ce qui concerne le rap et le rock, le punk : il y a tellement de similarités. Cela n’a jamais été fait auparavant alors pourquoi ne pas le faire nous-mêmes.
Amongtheliving : Comment définiriez-vous votre style de musique ?
Jafé, KI : Melanin Punk ! On crée notre propre style.
Amongtheliving : Quelles ont été vos influences, vos idoles quand vous étiez plus jeunes ?
KI : 50 Cent, Annie Hardy, Nirvana, Metallica… Il y a tellement de grands groupes à citer. Quand j’étais enfant, je regardais beaucoup de vidéos sur MTV (chaîne de musique américaine). J’aime bien écouter différents styles de musique même parfois de la Bossa Nova, de la musique K-pop.
J’aime bien prendre en compte toutes ces sources d’inspiration parce que, dans ma tête, je me demande comment ça sonnerait si je mettais du Queen avec un morceau de bossa nova et Prince. À quoi ça ressemblerait ? Ou par exemple JAY-Z avec une chanson de Metallica, comment ça sonnerait ?! Voilà comment je suis inspiré et comment, par la suite, mon cerveau fonctionne pour créer un style hybride.
Jafé : Pour moi, c’est Jimmy Hendrix, Bob Marley and the Wailers, Peter Tosh, Bad Brains. J’aime bien la musique reggae, la musique africaine, le punk rock. J’adore aussi la musique country, le blues, le folk. Les quatre membres du groupe ont des goûts éclectiques et on mélange tout ça et voilà ce que ça donne.
Amongtheliving : Est-ce que vous avez grandi dans un environnement musical avec des parents qui écoutaient de la musique ou avez-vous étudié au conservatoire de musique ?
KI : Je n’ai pas suivi le conservatoire mais j’ai fait du théâtre. Mon père jouait différents genres de musique, ma mère écoutait des sons plus mélodiques. C’est aussi mon quartier, mon voisinage qui m’ont beaucoup impliqué dans la musique. De façon naturelle, j’ai baigné dans cette atmosphère.
Jafé : La plupart des membres de ma famille sont musiciens et mes deux parents aussi. Enfant, j’ai baigné dans la musique des Caraïbes, la salsa, les rythmes africains comme ma famille vient de la République Dominicaine. J’ai donc toutes ces racines culturelles pour commencer. J’ai connu le punk rock et le rock avec mes potes à l’école et à New York City. On a toujours eu le soutien de nos parents pour jouer de la musique.
Amongtheliving : C’est votre premier concert à Paris avec Corey Taylor. Quel lien avez-vous tissé avec lui ? Comment l’avez-vous rencontré tout d’abord ?
Jafé : On était à un festival sur un bateau de croisière en Amérique qui s’appelle Ship Rock. Ce bateau s’est ancré près de la côte et nous étions en train de jouer sur la plage au Mexique. Corey nous regardait et pouvait nous entendre jouer. Il s’est dit : « qu’est-ce que c’est que ce putain de truc » ? Il est venu voir de plus près et il a vraiment adoré ce qu’il a vu et entendu. Au départ, on ne savait même pas qu’il était là.
Puis finalement, on a appris qu’il était là et on s’est dit qu’on tournerait ensemble un jour. Ok, cool ! Un an et demi après, on part en tournée européenne et on joue en première partie d’un groupe de metalcore. C’était en février 2022 et Corey Taylor nous a appelé et nous a proposé de faire la première partie de la tournée américaine en août, septembre 2023.
Et à la fin de celle-ci, on s’est tellement bien amusés, il nous adorait tellement, il appréciait tellement notre énergie qu’il nous a invité à faire cette tournée européenne. Rien n’était planifié à l’avance. C’est tout simplement l’amour réciproque qu’on a eu entre nous. On s’est bien amusés avec toute l’équipe !
Amongtheliving : Comment vous sentez-vous avant de jouer devant le public parisien, l’un des plus exigeants au monde ?
Jafé : On adore le défi et on espère que Paris peut nous suivre ! (rires)
KI : Cela nous excite beaucoup : nous sommes des types top de New York City. On n’a pas peur des défis. Au contraire, nous sommes complètement excités et en même temps, c’est un test pour contrôler notre talent. Nous espérons que les parisiens passeront un agréable moment.
Amongtheliving : Il semble que vous vivez sous une bonne étoile en ce moment. Est-ce que vous avez des projets de nouvelles tournées ou d’un autre album pour l’an prochain ?
Jafé : Après cette date, nous allons poursuivre avec quelques festivals au Royaume-Uni l’été prochain. Nous allons prendre aussi un ou deux mois de vacances car nous avons joué 200 concerts. L’année prochaine, on sera de retour probablement en Europe et au Royaume-Uni. Cette année a été une année importante pour nous et l’année prochaine devrait l’être encore davantage.





