Among The Living
Live Report

Garmonbozia 25 ans – Rennes – 27&28/10/2023

Garmonbozia 25 ans

Le Liberté et l’Étage

Rennes – 27&28/10/2023


Garmonbozia a 25 ans et nous sommes nombreux à être venus sur Rennes pour se partager le gâteau d’anniversaire. 25 ans : 25 ans c’est l’âge de Watain qui célèbre son anniversaire en sortant d’ailleurs son album live Die in Fire – Live in Hell pour commémorer leur longue carrière (on aurait aimé que les Suédois soient là aussi).

Il y a 25 ans Enslaved allait sortir Blodhemm, Emperor venait de sortir Anthems to the Welkin at Dusk et Rotting Christ A Dead Poem… et James Kent, alias Perturbator n’avait que 5 ans. Mine de rien 25 ans c’est long et c’est loin. 25 ans : c’était même au millénaire précédent. À ce qu’il paraît la France devenait même Championne du monde de foot.

Alors on s’est tous déplacé pour rejoindre Le Liberté et L’étage où l’organisation est millimétrée.
L’anniversaire se déroule donc entre la magnifique grande scène avec un son parfait tout au long de ces deux jours avec des lights somptueux surtout sur Emperor.
Quant à la petite salle qui n’est pas si petite que ça. Elle est très longue mais parfaite pour les groupes extrêmes avec un écran au milieu qui permet aux gens du fond de pouvoir voir ce qu’il se passe sur scène.

Le rendez-vous a lieu sous la pluie bretonne, prémisse à la tempête Ciaran qui va s’abattre sur la Bretagne quelques jours après.
On est accueilli par de nombreux stands proposant vinyles, Cds, T-shirts merchandising, des livres et même la bande dessinée de MetalManiaX 1+1=666. Ainsi nous pouvons faire du shopping à l’abri de la pluie et ensuite flâner dans l’enceinte afin de regarder les centaines de flyers dédicacés par les musiciens durant ces 25 années de musique extrême. Un véritable Livre d’Or ouvert aux fans. Clins d’œil des musiciens rendant un bel hommage sur papier. Une forme de reconnaissance du travail effectué par Garmonbozia depuis si longtemps maintenant.

Vendredi 27

Saturnus

On commence fort avec les dépressifs de Copenhague, j’ai nommé Saturnus. L’ambiance est lourde et pesante. Les lumières effleurent le corps des musiciens pendant que les notes sortent tout doucement pour nous emmener dans des contrées lointaines. Avec les Danois, il suffit de quelques titres pour tenir un set puisque les morceaux dépassent souvent les 10 minutes. Ce que rappelle Thomas Akim Grønbæk Jensen en annonçant le dernier titre alors qu’il doit leur rester encore 20 minutes…

Saor

Avec les embruns qui tombent à l’extérieur on a l’impression d’être en Écosse. Ça tombe bien Saor s’installe dans la grande salle. L’ambiance bleue et noire donne du cachet à la prestation. Même si la violoniste Vittoria Nagni n’est pas sur scène comme lors du Hellfest, les sonorités celtiques résonnent quand même dans l’enceinte. Andy Marshall est toujours autant possédé devant son micro tout en maltraitant sa basse. Derrière lui, cachée dans la brume d’un champ de tourbe, Ella Zlotos joue sur différents instruments à vent (Tin et Low whistle) ainsi que du Uilleann pipes (Instrument à vent irlandais de la famille des cornemuses). Nous ensorcelant par sa présence et ses sonorités lointaines. Les titres s’enchaînent et nous ne nous ennuyons pas un instant même quand Ella se met à chanter.

In the Woods

Les musiciens de In the Woods sont déjà sur les planches (en bois bien sûre). Leur Death Metal est intéressant mais joue trop entre accélération et plage bien calme. On s’attend parfois à être bouleversé par du blast ou de la violence pour se retrouver au milieu du bois en pleine clairière où tout redevient calme.

Enslaved

Les Norvégiens d’Enslaved sont remontés, motivés et visiblement très heureux de participer à l’anniversaire et de prendre une bonne part du gâteau. La prestation est parfaite entre vieux titres tirés de la démo Yggdrasill ou de Below the Lights. Les titres plus récents montrent la progression du groupe qui ne s’est jamais reposé sur ses lauriers et a toujours voulu aller de l’avant quitte à jouer encore plus de musique progressive que par le passé. On le ressent à l’écoute de « Forest Dweller », « Kingdom » ou encore le titre éponyme tirés de Heimdal sorti cette année.

Grutle Kjellson échange énormément avec son public, plaisante beaucoup. Le moment fort est lorsque les musiciens chantent « Havenless » à cappella les bras dirigés vers le ciel.

The Great Old Ones :

La petite salle de l’Etage se rempli peu à peu dans sa profondeur. Le public, encore innocent et inconscient de ce qui va se produire, discute, boit, socialise, pendant que l’écran de fond de scène affiche « The Call Of Cthulhu ».



Cela pourrait mettre la puce à l’oreille à certains, qui trouveront que la scène est agencée assez étrangement, avec une grande place pour l’écran central, et des instruments placés des deux côtés.

Effectivement, nous allons avoir droit à un véritable ciné-concert, avec dans le rôle du pianiste des films muets, The Great Old Ones au complet.

Le film projeté est une création de la « H.P. Lovecraft Historical Society » et retranscrit à merveilles l’esprit de cette célèbre nouvelle de l’écrivain, maître du fantastique, qui est à l’origine de toute la mythologie autour des Grands Anciens.

Qui de mieux que ces Great Old Ones pour en assurer une bande-son digne de ce chef d’œuvre ?

Tout a été pensé pour l’ambiance : la scène est plongée dans les ténèbres, pour permettre au public de suivre la projection. Les musiciens sont en retrait, placés sur les deux bords et sont tournés vers l’écran. Ce n’est pas juste une petite mise en scène qui fait office d’introduction au concert. Non, les musiciens resteront sur les côtés pendant tout le temps du concert. Seule exception, l’un des cultistes viendra devant jouer d’une sorte de violon, mais toujours face à l’écran, portant plus loin la folie qui s’empare des protagonistes du film. Tel un Erich Zann, le violoniste joue un air perturbant et strident avant que les sombres litanies du reste du groupe reprennent.

Un moment unique.

Il faut souligner que The Great Old Ones ne joue pas leur répertoire habituel ici. Bien sûr, on reconnaît leur style lourd, mais il y a des passages carrément jazzy, tout à fait adaptés aux années 20 durant lesquelles se déroulent l’action. Cela pourrait dérouter certains fans, puisqu’il s’agit avant tout de créer l’ambiance adaptée au film projeté.

Cependant, la symbiose entre ce qui se passe à l’écran et la performance du groupe frôle une perfection insane.

On peut effectivement parler ici de performance, au-delà du sens artistique du terme, la prestation est exceptionnelle.

Mon seul regret, ne pas avoir pu regarder vraiment le film, car mon cerveau était saturé d’informations, musicales, visuelles, symboliques et contextuelles. Mais c’est aussi ça de se laisser emporter par la folie d’une œuvre.

Un grand bravo à The Great Old Ones pour ce moment unique.


Emperor

Emperor nous propose la plus belle prestation de l’année. C’est la première fois depuis 1999 que les Norvégiens se produisent dans une salle en France (car on les a vu en festival comme au Hellfest). La musique avec un son parfait accompagnée de lumière tout en nuances apportent un complément d’âme à cette prestation magnifique.

Nous sommes transcendés à l’écoute de « In the Wordless Chamber » qui entame le set d’une manière magistrale. Quel plaisir de voir Ihsahn et Samoth à côte l’un de l’autre en train de rivaliser dans un duel de guitare devant la batterie de Trym Torson perdue sous l’immense backdrop rappelant que le groupe a été créée en 1991.

Les patrons excellent dans l’interprétation de leurs titres à l’image de « The Loss and Curse of Reverence » ou l’irremplaçable « I Am the Black Wizards ». Le public est renversé, ébloui par tant de dextérité et de passion en nous transmettant la puissance de leurs titres au travers des âges. Que dire à l’écoute des solos interprété par un Ihsahn concentré mais qui paraît si facile dans l’interprétation de ces gammes intemporelles.

Regarde Les Hommes Tomber :

Le groupe a l’honneur de clôturer une des plus riches soirées dans l’histoire du metal en France. Ce n’est pas rien.

La scène est plongée dans les ténèbres, avec des candélabres ornés de bougies noires en guise d’éclairage. Heureusement que deux vasques vont s’enflammer rapidement au fond de la scène, juste devant la batterie.

La cérémonie est lancée. Il semblerait que les flammes (et le whisky, qui servira de fuel aux musiciens pendant tout le concert) attisent encore davantage la performance du groupe.

Regarde Les Hommes Tomber, depuis ses débuts, est un groupe qui a toujours su alterner ambiance et violence. Ce soir ne fait pas exception. Les compositions parviennent à rester dans une certaine subtilité, tout en ayant beaucoup d’énergie à manifester.


Regarde Les Hommes Tomber

Ces Hommes là ne sont pas tombés.

Le frontman, Thomas Chenu, semble, comme à son habitude d’ailleurs, très en forme aujourd’hui. Il alterne transe mystique et folie furieuse, en parfaite harmonie avec la musique.

Ce soir nous avons droit à un spectacle flamboyant, avec les deux grandes vasques placées devant la scène. Celles ci vont donner naissance à de longues flammes lors de la fin du concert.

On ne peut pas s’empêcher de penser à Watain, les maîtres de la cérémonie du feu. Même si cela tient plus de l’association d’idée que d’une volonté de la part du groupe. Avouons que ces petits côtés rituels vont très bien avec le metal extrême.

Pour conclure, il semble bien que l’honneur soit sauf. Ces Hommes là ne sont pas tombés, au contraire, ils se sont élevés un peu plus.



Samedi 28

Le lendemain c’est samedi et la pluie s’est intensifiée…

Ce soir c’est La Fièvre du samedi soir. Par rapport au vendredi le public change. C’est une autre cible avec des fans plus jeunes. Intéressés par une autre musique que l’on retrouve sur place, c’est un public qui est plus attiré par des sonorités plus électros et une ambiance plus festive car ce soir nous avons le synthwave/metal hypnotisant de Carpenter Brut, le hip hop des américains de Ho99o9, le Darksynth/électrometal de Perturbator et le DJ Künmaster dans la place.

Les sonorités électros et les lights aveuglants attirent visiblement un public plus jeune.
En revanche il y a deux grosses locomotives qui fument encore avec Rotting Christ et Orange Goblin.

Pestifer

Mais avant ça nous retrouvons les Belges de Pestifer qui nous propose un show énergisant et très bien joué. Ils sont visiblement très heureux de participer à la fête. Leur death metal technique old school est apprécié par le public. Les titres s’enchaînent comme des ampoules sur les mains d’un guitariste vertueux et ça fait plaisir d’entendre des compositions de qualités avec des envolées de guitares joués avec « de vrais instruments » !

Sépulcre

Les locaux de Sépulcre savent gérer une scène avec leur death metal bien sombre teinté de thrash. L’ambiance lugubre et pesante est aussi bien mise en avant avec le groove du bassiste qui n’est autre que Kev Desecrator le batteur qui accompagne aussi les australiens de Deströyer 666 depuis 2020.

Ved Buens Ende

Dans tout anniversaire on a toujours un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps et là on a un ovni avec Ved Buens Ende. Rarement vu sur scène, on voit arriver Aggressor toujours avec ses béquilles s’installer sur un tabouret devant son micro et prendre sa guitare. Cela fait drôle de pouvoir écouter des titres de Written in Waters (1995) ou encore de la seule démo Those Who Caress the Pale en live. Nous sommes chanceux de pouvoir apprécier les nuances musicales d’un black metal old school interprété par des musiciens qui ont joué dans tellement de formations comme Arcturus pour le bassiste Skoll, Aura Noir pour Agressor. Mais encore Dødheimsgard pour Vicotnik et Øyvind Myrvoll caché derrière ses fûts.

Les Norvégiens nous ramènent dans des temps anciens et montrent que les morceaux qu’ils nous interprètent ce soir ne vieillissent pas. Ils se patinent avec le temps. Ils sont interprétés par des musiciens concentrés sur leurs instruments voulant peut-être nous restituer un passé lointain. Il y a de l’émotion à l’écoute des titres. Même si Agressor paraît fatigué il reste impassible scrutant ses doigts sur le manche de sa guitare pour nous ressortir les riffs et les musiques de ses débuts.

Orange Goblin

Les Anglais d’Orange Goblin sont toujours aussi heureux de jouer sur scène. Nous sommes étonnés et interloqués de voir Ben Ward les cheveux rasés. Plus un poil sur le caillou. Ça fait drôle quand on joue du Stoner, musique de chevelus jouée avec un groupe électrogène au milieu du désert comme Kyuss même si on vient de Londres comme eux qui connaît plus la pluie que le temps sec.

Mais cela n’entache en rien sa voix bien épaisse qui fait honneur à Lemmy qu’il aime et qu’il chéri tant… Ça headbangue dans la salle, le public est à fond et s’ouvre pour former un Wall of Death. Il ne manque plus que les « odeurs de barbecue » (genre Valley) mais on est en intérieur et personne ne fume si ce n’est quelques vapoteurs qui en recrachant la fumée créent de petits fumigènes devant la scène. À la basse, le petit dernier Harry Armstrong torture ses cordes en prenant des pauses bien rock ‘n roll. On prend du plaisir et une bonne baffe à l’écoute des anglais qui nous donnent de l’énergie pour affronter ce samedi…

Rotting Christ

On aurait tant aimé voir les Grecs sur la scène du Liberté. Mais on va quand même se faufiler pour assister au meilleur show de la journée. Le groupe des frères Tolis nous transporte au rythme spartiate de sa musique si caractéristique que l’on reconnaît entre mille. La foule ondule avec ce mid-tempo si précis et si addictif. Kostis Foukarakis le guitariste est un poseur inné, se penchant par-dessus le pit bien étroit pour saluer un fan. C’est clair Rotting Christ est proche de son public.

Ça se sent, ils ne se forcent pas à échanger avec les diehards. Quel bonheur d’assister à une prestation des grecs, que ce soit en salle ou en festival c’est toujours aussi puissant. C’est toujours grisant de headbanguer à l’unisson en suivant les martellements de Themis. La bande à Sakis sont des guerriers, ils sont nés pour être sur les planches. Ils sont nés pour nous donner du plaisir dans des ambiances moites et chaudes. Le public vit et ressent beaucoup de choses à l’écoute des titres tirés principalement de Κατά τον δαίμονα εαυτού et d’ Aealo. Les nouveaux titres de The Heretics s’intègrent parfaitement dans la setlist proposée ce soir et Rotting Christ n’est pas près de baisser les bras… Non Serviam !

Perturbator 

Après l’immense claque donnée par Rotting Christ à l’instant, le changement d’ambiance est brutal.

La grande salle ressemble à une immense soirée transe/dance, avec comme DJ deux comparses lourdement équipés de vrais instruments, placés sous le signe de Satan. Il y a donc tout de même quelques différences significatives.

Il est incroyable de voir à quel point le public metal est bon enfant lorsqu’il s’agit d’écouter de la musique qui, a priori, n’a rien à voir avec son goût naturel. Outre les personnes venues sans doute plus spécialement pour Ho99o9, Carpenter Brut et bien sûr Pertubator, la salle est bien remplie.

Les chevelu(e)s frénétiques adeptes de growls profonds se laissent vite emporter par la musique de Perturbator.

Il faut avouer, même si on n’aime pas du tout ce style musical, nos deux comparses savent s’y prendre pour titiller le public. Les morceaux s’enchaînent, et même les plus réticents n’ont guère plus que le choix de quitter la salle ou de battre du pied !



On leur souhaite le meilleur pour les 25 autres années à venir.

C’était un bel anniversaire avec des enchaînements de groupe magnifiquement agencés le vendredi. Ce vendredi restera dans les mémoires tant par les prestations que par le bonheur de retrouver Emperor ou Enslaved sur cette scène qui leur allaient comme un gant de fer. Les Français de The Great Old One et Regarde les Homme Tomber ont su investir et imposer leurs couleurs et leurs cachets à la petite scène. Quelle intelligence de mise en scène pour The Great Old One avec cet écran. Et quel ambiance magnifique pour Regarde les Hommes Tomber dans cette cérémonie malsaine. Quel bonheur de se retrouver dans le drakkar d’Enslaved tellement ils savent transmettre au-delà de la musique l’esprit qui vit en eux. Quelle joie de frémir à l’écoute du set glacial et tellement parfait d’Emperor.

Quel bonheur de voir l’équipe de Garmonbozia toujours là et toujours aussi tranchante dans ses choix de faire tourner des groupes pour nous faire vibrer partout sur le territoire français. On leur souhaite le meilleur pour les 25 autres années à venir… Comment sera le metal d’ici là ? Comment va-t-il évoluer ? Quel virage aura-t-il pris dans ce virage glissant ? … à vous de voir, à vous de choisir, à vous d’être curieux et d’aimer les vrais groupe… avec de vrais instruments de préférence !

Lionel/ Born 666 & Thomas Orlanth (TGOO, RLHT et Perturbator)

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