A Taste of Rory – Joe Bonamassa célèbre l’héritage blues de Rory Gallagher
Live at the Marquee, Cork — 2,3 juillet 2025
Trente ans après la disparition de Rory Gallagher, l’un des piliers du blues-rock européen, Joe Bonamassa a choisi de rendre un hommage aussi ambitieux que chargé de sens : rejouer l’intégralité de l’album Irish Tour ’74, sur les terres mêmes où il a été capté il y a plus de cinquante ans. Trois soirs consécutifs, les 1er, 2 et 3 juillet 2025, au festival Live at the Marquee de Cork — la ville natale de Gallagher.
“Jouer Rory ici, à Cork, c’est comme parler à son fantôme. C’est un honneur, une émotion immense.” – Joe Bonamassa
Dès l’ouverture sur Cradle Rock, le ton est clair : Bonamassa ne copie pas, il incarne. Il puise dans son propre phrasé blues, plus américain et articulé, pour servir un répertoire resté mythique. Le son est brut, dense, respectueux de l’esprit live de l’album de 1974, tout en laissant transparaître la touche Bonamassa : plus tranchante, parfois plus technique, mais jamais démonstrative.
À ses côtés, un groupe affûté : Jeremy Stacey (batterie), Aongus Ralston (basse), Lachy Doley (claviers) et Conor Brady, guitariste rythmique irlandais, ajoutent une assise solide à l’ensemble. Le répertoire est joué sans faille, dans l’ordre original, de Walk on Hot Coals à Bullfrog Blues, avec quelques incursions supplémentaires (A Million Miles Away, I Fall Apart) sont accueillis avec ferveur par un public acquis.
Gerry McAvoy, mémoire vivante du Gallagher Band
Parmi les temps forts de la soirée, l’arrivée sur scène de Gerry McAvoy, bassiste emblématique de Rory Gallagher, a créé une véritable onde d’émotion dans le public. Présent sur deux morceaux – Bullfrog Blues et Treat Her Right – le musicien a apporté avec lui un fragment d’histoire vivante, que Bonamassa a salué avec un profond respect, s’inclinant longuement devant celui qui fut le compagnon de route du maître pendant plus de vingt ans.
Mémoire et symboles : l’hommage vibrant de Joe Bonamassa à Rory Gallagher
Joe Bonamassa ne s’est pas contenté de rejouer Irish Tour ’74 : il a fait vibrer l’histoire et l’esprit de Rory Gallagher à travers des gestes chargés de sens. Quelques jours avant de monter sur scène à Cork, il s’est rendu chez Crowley’s Music Store, la légendaire boutique où Gallagher avait acquis sa mythique Stratocaster dans les années 60. Bonamassa en est ressorti avec une guitare semblable, un choix qui témoigne de sa volonté de s’immerger pleinement dans l’univers de son modèle.
Le moment le plus poignant reste sans doute l’interprétation acoustique de As the Crow Flies, joué seul sur une National Triolian des années 1930 — une guitare identique à celle qu’utilisait Gallagher. Prêté par le Cork City Museum, cet instrument a projeté un son brut et authentique qui a suspendu le temps dans une atmosphère quasi sacrée, saluée par une ovation silencieuse, pleine de respect.
Joe Bonamassa n’a pas simplement rendu hommage à Rory Gallagher à Cork — il a rallumé une flamme. En ressuscitant Irish Tour ’74 dans la ville qui a vu naître la légende, Bonamassa a offert bien plus qu’une performance : un véritable rituel de transmission, où chaque note résonne comme un pont entre passé et présent. L’événement a rassemblé une foule venue du monde entier, réunie par une passion commune pour un blues rugueux, authentique et intemporel.
À la fin de ce moment intense, j’ai eu la chance incroyable que Joe Bonamassa m’offre son bottleneck. Ce geste inattendu et profondément symbolique dépasse largement la simple valeur matérielle de l’objet. Ce bottleneck, si important pour créer le son si caractéristique de Rory Gallagher, est devenu pour moi un véritable trésor, un lien entre deux générations d’artistes animés par la même passion du blues-rock.
Plus qu’un concert, c’était une célébration de l’esprit rebelle et libre de Gallagher, une preuve que son influence demeure vivace, vibrant encore aujourd’hui dans les mains des nouveaux maîtres de la guitare.
Mission accomplie.















