Among The Living
Live Report

MOTOCULTOR Open Air 2025 – Day 4 Dimanche 17 août 2025 – Carhaix

MOTOCULTOR Open Air 2025 – Day 4

Dimanche 17 août 2025 – Carhaix

By Thomas Orlanth – Live Photography & Liønel Båålberith



Jusqu’au bout…

La météo s’est adoucie, la fatigue est là, mais c’est le meilleur moment pour se surpasser. Et la programmation y parvient encore une fois.

Quelle belle affiche décidément, il y en a vraiment pour tous les goûts !

LUNAR TOMBFIELDS

Nos goûts personnels nous poussent à commencer cette dernière journée avec Lunar Tombfields.

Ce projet du duo fondateur multi-instrumentistes M. et Äzh nous plonge dans un univers qui mêle grandiloquence épique et noirceur cosmique, inspiré par la mythologie antique et l’immensité stellaire. Rien que ça !

La musique semble donc assez intellectuelle, avec souvent de longues compositions alternant riffs saturés et nappes éthérées. Le tout est surplombé par un chant désespéré.

Pas de doutes, nous sommes bien dans du post black metal très atmosphérique, qui garde néanmoins de fortes racines dans une certaine forme de violence. La preuve en image, par la présence sur scène de l’excellent Youenn ÖberKommander666, qui est sans doute le bassiste le plus actif et polyvalent du metal extrême français !

Lunar Tombfields a certainement une place dans cette scène de qualité et ce concert s’inscrit dans ce que nous appellerons les acteurs de l’ombre qui méritent un bon coup de projecteur !



WYATT E

Tenues du désert et barbes postiches, non ce n’est pas la vie de Brian, mais Wyatt E ! Ce groupe belge de doom psychédélique tendance drone oriental évoque l’antiquité mésopotamienne et l’exil à Babylone. Leur musique fusionne lenteur doom/sludge, motifs orientaux et ambiance hypnotique, pour un voyage musical immersif entre passé mythologique et modernité.

Les compositions instrumentales sont longues et rituelles, se voulant spirituelle.

La scénographie est minimaliste mais immersive. On se surprend à contempler le concert. Les plus agités auront été voir les coreux d’Angelmaker, à l’autre extrémité du site mais aussi du spectre musical. La chaleur et l’ambiance poussiéreuse s’adaptent à merveille au show. Certains resteront de marbre, d’autres profiteront du voyage dans l’espace-temps !



DOODSEKADER

Restons en Belgique et dans une ambiance un peu planante avec Doodseskader (littéralement « escadron de la mort » en flamand), un duo belge formé en 2020 par Tim De Gieter (Amenra, Every Stranger Looks Like You) et Sigfried Burroughs (Kapitan Korsakov, Paard).

Groupe inclassable, Doodseskader fusionne sludge, grunge, hip-hop, hardcore, indus et rap, refusant toute étiquette qu’il serait d’ailleurs bien compliqué d’attribuer. Ils nous proposent une musique urbaine, sombre et intensément personnelle, avec le brin de folie qui se voit facilement à travers les mimiques et mouvements saccadés de Tim.

Une rencontre intimiste sous la tente de la Massey Ferguscène avec les histoires d’une vie.



MARGARITA WITCHCULT

Margarita Witch Cult est un power trio britannique originaire de Birmingham, formé en 2022 et portant le revival du stoner/doom britannique.

Faire du vieux avec du neuf pourrait être leur slogan. En effet, le groupe puise dans l’héritage direct de Black Sabbath tout en injectant des éléments de sludge, de thrash des années 80 et de proto-metal psychédélique, offrant une formule brute, fuzzée et sans concession.

Le show est rempli de riffs saturés et de grooves hérités du doom/stoner, dans la pure tradition sabbathienne. Cependant, on sent une sorte d’énergie punk et garage, avec des breaks thrash et des passages psychédéliques.

Des harmonies vocales incantatoires, des chansons courtes mais percutantes parlant de thématiques très classiques: exorcisme, sorcellerie, mais aussi humour sombre et underground rock.

Le chanteur et guitariste Scott Vincent Abbott n’était certes pas le seul à aborder un tee-shirt d’Ozzy lors de ce Motocultor, mais dans ce cas, c’était justifié et naturel.



LOCOMUERTE

Quel remplaçant de luxe avec l’arrivée de LocoMuerte à la place des Dropouts Kings contraints d’annuler suite à un drame familial.

Les franciliens qui n’arrêtent pas de bondir de scène en scène du nord au sud et d’est en ouest jusqu’au Finistère ont sorti le grand jeu et ont fait de leur show un des grands moments forts de la journée.

Quelle claque à chaque fois de chavirer à l’écoute de son thrash-punk crossoer chicano fusionnant les influences hardcore old-school avec ce chant en espagnol et ce groove totalement addictif.

Le chanteur Tormento impressionne par sa gestuelle, ses dreadlocks vertes virevoltantes et sa voix communicative. Sur scène c’est un joueur et sait s’adresser au public, le regardant dans le blanc des yeux, le poussant à tourner en brandissant une carte sur lequel est inscrit « Circle pit » déclenchant une vague de poussière digne d’une tornade dans le désert des Mojaves. Ils transforment la prairie de Kerampuilh en une immense fiesta à ciel ouvert.

L’ambiance est explosive et ce dès l’entame avec « Tiro pa’ matar » et le fameux « Parano Booster » pour se terminer par l’apothéose « La vida loca » qui témoigne à nouveau de la montée en puissance de LocoMuerte.



ENSIFERUM

Voir Ensiferum sans leurs costumes et maquillages barbares est exceptionnel. Tout comme cela s’est produit pour Behemoth en 2014, la compagnie aérienne a égaré leurs affaires, instruments compris.

Si on peut se passer des accessoires, il faut être courageux pour jouer sans ses propres instruments. Car si une guitare ressemble à une autre par exemple, il existe des différences notables sur la forme exacte, le poids, les emplacements des interrupteurs, etc.

Plus le niveau augmente, et plus les petits détails font la différence. D’un autre côté, un expert arrivera toujours à se débrouiller.

Et visiblement, Ensiferum est bien constitué d’experts en riffs mélodiques, chœurs épiques et soli de guitare, représentants dignement la tradition scandinave et l’esprit guerrier.

En effet, tout comme l’avait fait en son temps Behemoth, la difficulté a révélé le talent naturel. Le show de cet après-midi est la preuve que l’habit ne fait pas le moine !

Sous le plein soleil, les parties métalliques des guitares prêtées deviennent brûlantes, comme le fait remarquer non sans humour le frontman Petri Lindroos.

Quoiqu’il en soit, il semble que les difficultés endurées ont poussé le groupe à donner le meilleur d’eux-mêmes et c’est sans aucun doute un des très grands shows d’Ensiferum auquel nous assistons !

Nous avons ici la preuve que le côté folk et épique est bien réel chez nos amis Finnois…



EXHORDER

Exhorder, les pionniers du thrash/groove metal bien présent au début des années 90 qui ont refait surface depuis 2019 ne sont pas là pour faire de la figuration.

L’approche violente de son groove du bayou avec la précision des riffs donnent un côté féroce et ultra-vitaminé à son set. La plupart des missiles sont tirés de Slaughter in the Vatican sorti en 1990. le show est millimétré, les riffs mordant comme des alligators.

L’emprise du temps n’a aucun effet sur les américains et cela ne les empêche pas de nous sortir un show sauvage nous faisant encore plus transpirer (comme si on n’en avait pas besoin)…



PRIMORDIAL

Primordial, c’est toujours un spectacle captivant. Il faut dire qu’Alan Anverill, le frontman, dispose d’une réserve de charisme incroyable. Outre une voix à la tonalité unique qui identifie immédiatement le groupe, sa présence sur scène absorbe littéralement toute l’attention du public.

Pourtant, le duo de cordes est bien efficace aussi, mais l’état d’illumination du chanteur se place toujours un cran plus haut.

A cran, ils le sont toujours. L’ambiance est au pessimisme, certains diront à un réalisme lié à la difficile histoire du peuple irlandais dont s’inspire souvent le groupe dans ses thématiques.

Commencer avec “As Rome Burns” et “Empire Falls” fait clairement passer un message qui manque quelque peu d’espoir.

Mais c’est bien normal, Primordial a toujours puisé son inspiration dans les mélodies folk irlandaises traditionnelles, qui sont riches en  tragédie et en souffrance. Leurs autres thématiques sont centrées sur l’oppression britannique, les conflits religieux, l’héritage païen et la lutte pour l’indépendance.

Malgré celà, le concert n’est pas qu’une longue litanie. Chaque morceau semble être une étape de plus dans une folle course en avant, avec une surenchère épique, une urgence même.

Nous pourrions regretter que l’excellent “Where Greater Men Have Fallen” ne semble plus être joué en live depuis deux ans, mais peu importe, la discographie de Primordial est riche et harmonieuse, et ils l’ont encore prouvé ce soir.



MONOLORD

La nuit commence à tomber et le crépuscule forme un arc de doom sur la Bruce Dickinscène en accueillant les suédois de Monolord à peine remis du décès du Prince des Ténèbres.

Les riffs sont épais comme le nuage de poussière qui nous entoure, le tempo lent comme notre démarche après trois jours de randonnée et le groove est hypnotisant comme notre regard après l’absorption de liquides dépassant un certain degré d’alcool sous la canicule. Les corps ondulent répondant au tempo de la musique.

Thomas Jäger arbore le logo de Blue Öyster Cult sur sa guitare dont les cordes résonnent lentement tels des relents organiques dans un voyage cosmique sous anabolisants…



SUFFOCATION

La scène s’enflamme dès que les membres de Suffocation prennent leurs marques pour délivrer un set intense d’une précision chirurgicale. Les classiques s’enchaînent tels « Effigy of the Forgotten », « Infecting the Crypts », « Funeral Inception » qui déclenchent la furie du public.

On est impressionné par la vélocité des rythmes d’un côté et le côté zen de Derek Boyer cajolant sa splendide basse d’un bois-veiné qu’il pose parfois sur les planches comme une contrebasse. Ricky Myers le pied sur les retours blastent de la main pour suivre la rythmique avant de nous envoyer un growl tonitruant.

Au comportement du public qui ne paraît toujours pas fatigué on comprend que les américains ont à nouveau marqué les esprits par un prestation hors norme dont seuls eux connaissent le secret.



HARAKIRI FOR THE SKY

Décidément, la tente de la Massey Ferguscène convient à merveilles pour les groupes dits d’ambiance. Harakiri for the Sky s’inscrit dans cette catégorie par son mélange de black metal dépressif, de post-rock mélodique et de passages furieux, le tout dans un style profondément introspectif, mélancolique et torturé.

On pourrait dire que c’est en quelque sorte la version autrichienne de Der Weg Einer Freiheit, mais cela serait un raccourci trompeur.

La setlist comprend cinq titres, le tout en une heure, ce qui donne un aperçu de l’aspect hypnotique de leur musique. Les morceaux sont complexes, et alternent la mélodie et l’agitation, mais l’ensemble reste globalement assez contemplatif sans jamais tomber dans l’ennui d’un shoegaze trop poussé.

Les accélérations brutales, dès le morceau d’ouverture “Heal Me”, sont là pour s’en convaincre.

Au final, cette petite heure semble bien trop courte pour entrer totalement dans l’intéressant univers d’Harakiri for the Sky, qui demeure l’un des groupes phares du post-black metal européen.



BLIND GUARDIAN

La formation allemande figure parmi les groupes les plus influents du power metal européen et Hansi Kürsch, André Olbrich, Marcus Siepen et Frederik Ehmke sont reconnus comme les véritables « bardes du metal moderne » pour leur capacité à marier épopées fantastiques et virtuosité musicale.

Débuter le concert avec l’introduction de l’excellent album Nightfall In Middle Earth, “War of Wrath, affiche clairement la volonté du groupe de revenir à leur essence, à savoir transposer en musique l’œuvre majeure de J.R.R. Tolkien.

Pas moins de six chansons de la setlist de ce soir puisent directement dans l’œuvre du maître de la fantasy !

“Into the Storm” raconte l’obsession de Melkor (Morgoth) pour les Silmarils, ces joyaux sacrés qui cristallisent tous les désirs de pouvoir.

“Nightfall”, “Time Stands Still (At the Iron Hill)” et “Mirror Mirror” sont issus de l’album concept Nightfall in Middle-Earth, adaptation du Silmarillion. Enfin, “Lord of the Rings” est épique : « Three for the Kings of the elves high in light, nine to the mortals which cry ».

Le reste du concert rend hommage à d’autres œuvres majeures de la fantasy: “Blood of the Elves” (the Witcher), “Tanelorn” (Michael Moorcock) ou simplement des thématiques nordiques.

Un concert de Blind Guardian est une plongée dans l’heroic fantasy, mais attention, nous ne sommes pas là face à un groupe qui aime se déguiser et chanter joyeusement, mais bien à d’authentiques bardes, avec ce que cela implique en tant que gardiens des légendes.



CANDLEMASS

Candlemass, figure emblématique du doom metal, nous fait vibrer dans la nuit entre classiques intemporels et titres plus récents.

La sono balance la « Marche Funèbre » annonçant l’arrivée imminente des suédois. La lourdeur des riffs, la motivations des musiciens et les harmonies funéraires plongent le public dans une atmosphère solennelle. L’audience a bien sûr le droit aux attendus « Mirror Mirror », « Under the Oak », « Crystal Ball » et « Solitude » mais le groupe sort aussi de sa besace la dernière salve doomesque de leur dernier fleuron « Sweet Evil Sun ».

L’ambiance mystique, combinée au jeu de lumière et le regard hagard de certains spectateurs emporté par l’émotion des notes délivrées, transforme le concert en une expérience sensorielle caressant l’âme des doomeurs invétérés.



KANONENFIEBER

Sans aucun doute Kanonenfieber a marqué les esprits par une prestation hors norme nous entraînant grâce à son blackened death metal dans le cœur de La Première Guerre Mondiale dans des décors immersifs.

L’ambiance est intense, entre les tranchés, les flammes, les fils de fer barbelés et cette musique qui nous conte des faits historiques dramatiques : celles des soldats allemands lors du premier conflit.

La précision des musiciens n’a d’égale que celle des militaires qui se cachent derrière ses costumes. Il y a un côté théâtral tellement la gestuelle du chanteur est en parfait adéquation avec les explosions ou les changements de décors comme celui de la proue du sous-marin.

On passe des tranchées au sous-marin pour terminer à Verdun entrecoupés par des discours historiques. La prestation est poignante car au travers de leurs costumes d’époque on pense à tous ses morts qui sont tombés des deux côtés de la frontière au début entraînant d’autres nations dans ce sillage morbide en envoyant ses enfants pour finir dans une boucherie faisant plus de 9 millions de morts…



MACHINE HEAD

« Bohemian Rhapsody retentit dans les enceintes, la grosse machine américaine se met en place : les fumigènes rampent sur la scène, les lights s’activent, les enceintes rugissent et c’est parti ! Machine Head par ses riffs puissants est là pour en mettre plein les yeux et les ouïs des spectateurs qui débordent de partout devant la scène.

Robb Flnn derrière son micro harangue le public dès les premières notes de « Imperium ». Son charisme légendaire déclenche circle-pit et toutes attractions la bienvenue devant la scène. L’énergie est palpable dans la vibration du sol et de la poussière qui continue à nous embaumer dans un délire collectif.

Pour la setlist c’est simple Machine Head pioche dans toute sa discographie (de Burn My Eyes à Unatoned soit 31 années de carrière)  nous permettant de nous délecter de « Ten Ton Hammer », « Davidian », « Locust » pour terminer par un « Halo » dont les solos restent toujours aussi jouissifs.

Les nouveaux morceaux suivent les goûts d’un nouveau public plus enclins à répondre positivement à des rythmiques empruntées au nu metal. Mais bon, le professionnalisme des américains reste toujours aussi impressionnant et même si les dernières productions en ont refroidi plus d’un on ne peut que constater qu’ils savent éblouir une scène par leur classe et leur aura naturel.



GREEN LUNG

Nous n’avons pu assister qu’à la seconde moitié du concert, mais quelle claque !

Retour direct aux 70’s avec un côté païen prononcé. Nous voilà aux racines du doom/stoner occulte digne des Black Sabbath, Deep Purple & co, le tout avec un esthétisme qui associe à merveille folklore et occulte.

Certes, la concurrence avec la tête d’affiche Machine Head est rude, mais un public de connaisseurs est venu en nombre pour assister à cette belle cérémonie. Le Motocultor a encore une fois prouvé qu’il savait terminer en beauté et que la programmation est réfléchie.



Vivement l’année prochaine !


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