Among The Living
Interview

INCRY – Entretien avec Kouros et Chris

IncryEntretien avec Kourros (chant) et Chris (Batterie), à l’occasion de la sortie du dernier album d’INCRY : Pandore
(Interview réalisée conjointement pour Among The Living et Actumusic, le 10 novembre 2015 au Hard-Rock Café Paris)


 

ATL : INCRY c’est 14 ans de complicité, avec quelques modifications de Line-up, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre façon de fonctionner ?

Kourros : Il y a eu trois changements de line-up au niveau du batteur, d’ailleurs Crow est encore sur un siège éjectable (rires). Plus sérieusement, je pense que quand tu fais du rock et que tu vis plus ou moins de ça, ça devient un cercle vicieux et un combat de tous les jours. Donc cela soude le groupe en quelque sorte. Plus tu avances et plus tu as la niak !
L’aventure a commencé à la sortie de l’école Atla fin 2001. C’était les balbutiements d’INCRY jusqu’à 2007, date à laquelle on s’est « professionnalisés » avec la sortie de notre premier album. C’est à ce moment-là que l’on s’est donné tous les moyens pour y arriver, dont un line-up solide.  

AM : Quand tu dis que c’est devenu concret en 2007, c’est que vous avez commencé à écrire votre premier vrai album ?

Kourros : Voilà, on avait des pistes sous le coude et la volonté de faire quelque chose de concret. A l’époque, faire un « album » signifiait encore quelque chose, contrairement à aujourd’hui ou c’est devenu plutôt une carte de visite, prétexte au « live ». Nous avions ce fantasme à réaliser.

 

AM : Vous sortez ce troisième album «Pandore ». Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse de cet opus ?

Kourros : (Montrant Crow) En fait c’est lui qui est à l’origine de tout. Il est arrivé comme une boite qui nous a pété à la gueule (rires). Plus sérieusement l’arrivée de Chris a beaucoup joué. C’était une nouvelle impulsion. Il est arrivé juste après que Rock.fr soit sorti. C’était un peu le bordel quand même. Bon aujourd’hui c’est encore le bordel mais on sait où on est et où l’on va. On a tourné avec lui et rapidement il est devenu naturellement un membre à part entière du groupe.
Chris a amené une nouvelle façon de faire. Il maitrise des choses que l’on ne maitrisait pas forcément avant.

AM : Justement quel est ton parcours Chris ?

Chris : En fait je suis arrivé dans le groupe en 2012, et je n’ai jamais vraiment eu de projets sérieux avant INCRY. C’était plutôt des groupes de potes pour le fun, axés Black Métal.

ATL : Selon toi qu’as-tu apporté à INCRY ?

Chris : J’ai composé quelques morceaux sur Pandore, notamment des parties guitares. Je suis multi instrumentiste et je pense que cela a joué sur l’ensemble. Au même titre que Kouros qui a également composé des parties batterie sur un morceau. On se laisse tous la possibilité de composer.
La composition de Pandore a été différente des deux précédents albums, surtout sur la méthode de conception des titres.

Kouros : Avec Chris on a gagné en efficacité à ce niveau-là c’est clair.

ATL : En ce qui concerne l’écriture des textes, vous fonctionnez aussi comme ça ou c’est ta partie kouros ?

Kouros : En fait oui c’est ma partie. Ils me font confiance, et c’est un exercice auquel j’ai pris gout.

ATL : C’est un peu toi le fataliste de la bande donc (rires).

Kouros : Oui voilà. Quoique je n’aime pas trop la fatalité. J’aime dire que c’est la merde, mais il y a toujours une issue.

ATL : Justement pour revenir un peu sur les textes, ils sont plutôt pessimistes quant à l’avenir de l’homme en général. Comme sur « Monde Virtuel » que tu as écris avec Laurent Karila, qui dresse un état des lieux des réseaux sociaux et de l’addiction qui en découle. Quel rapport as-tu vis-à-vis de ces moyens de communication quasi incontournables aujourd’hui et penses-tu que l’homme est définitivement aliéné à la machine ?

Kouros : En étant prophétique je dirais que cela va évoluer. De là à être fataliste en disant que cela ne va qu’empirer, non. Tout n’est évidemment pas bon, mais dans un sens le mal apporte le bien.

AM : Le mal apporte le bien ? Dans quel sens ?

Kouros : Le mal apporte le bien, dans le sens ou la fin amène le renouveau. Si on considère l’humanité dans son ensemble, l’homme est un animal. Comme on peut le voir dans le clip issu de Cannibale. Si l’humain était amené à s’éteindre, serait-ce un bien ou un mal ? Je ne sais pas.
L’évolution m’amène à dire qu’il faut que cela change, et pourtant le paradoxe c’est que l’on répète continuellement les mêmes erreurs.

AM : Et votre collaboration avec Laurent Karila, comment s’est-elle faite ?

Kouros : Laurent est un fan de métal. Il est également chroniqueur et de ce fait on voit sa tête de savant fou un peu partout dans les concerts (rires). Il y a eu un contact entre lui et notre producteur et ils se sont liés d’amitié. J’avais déjà un regard en amont sur le personnage très médiatique qu’est Laurent, et je m’intéressais à son boulot. Il a proposé un texte, qui ne me correspondait pas du tout, car ce n’est pas comme ça que j’écris. On a repris ça ensemble, avec nos différences de « méthodes », et cela a donné Monde Virtuel.


Incry - Cannibale


 

AM : Votre album s’appelle Pandore. Selon vous,  qu’y a-t-il  dans cette boite ?

Kouros : Tu vois INCRY c’est ça : des cris, des  pleurs. Il y a des choses qui jaillissent que tu peux expliquer ou pas. C’est comme la boite de Pandore : ce qui en sort n’est jamais très net et ne sent souvent pas bon.

Chris : Je pense que chacun peut piocher dans cette boite et interpréter à sa façon ce qu’il y trouve.

 Kouros : Pandore c’est le titre d’un morceau, qui a donné le nom à l’album. C’est vraiment compliqué de trouver le nom d’un album. C’est un peu la même galère que de trouver le nom d’un groupe (rires).  On ne sera jamais d’accord. Finalement on a pioché dans les titres de l’album et Pandore s’est imposé. Cette boite est comme un album, il y a un côté mystérieux et intemporel.

ATL : C’est vrai que dans vos textes on sent bien, même dans des titres plus « légers », cette espèce de colère qui n’est pas forcement positive. Un peu à l’inverse d’un MASS HYSTERIA qui a de la colère dans ses textes mais qui positive toujours.

Chris : Il y a toujours un peu d’espoir dans ce que raconte Kouros malgré tout.

Kouros : Oui il y a toujours une issue. Le truc c’est qu’il faut faire avec ce que tu as. A un moment donné tu es obligé de t’en sortir. Plus cela devient un problème et plus cela devient une urgence de t’en sortir. C’est la même chose à l’échelle d’un homme qu’à celle de l’humanité.

ATL : Comment et pourquoi vous êtes venus au système du Crowdfunding pour financer cet album?

Kouros : Quand tu es musicien tu peux être comme tout artiste un peu opportuniste, je ne m’en cache pas. Et au moment où on l’a fait c’était encore porteur. Aujourd’hui on ne le referait plus car je pense que c’est fini comme système, trop de gens y on recourt. Il faut savoir que pour un groupe indépendant comme INCRY, faire de la musique coute beaucoup d’argent. Le moindre déplacement, enregistrement, concert, coûte.  Il faut que les gens aient conscience que l’on ne peut rien faire sans argent.

ATL : Vous avez donc créé votre propre label du coup ?

Kouros : C’est sans prétention, mais nécessairement quand tu es un groupe indépendant tu as besoin de tout gérer en interne. On vit dans un monde où c’est tout ou rien. Si tu veux avoir une certaine liberté tu n’as pas d’autres choix. Sinon tu signes chez un label qui a déjà du mal à maintenir la tête hors de l’eau  et qui gère à deux  30 ou 50 groupes…soit tu signes chez une maison de disque établie. Soyons sérieux, INCRY ne correspond à aucun des deux cas.

AM : Vous avez lancé un concours pour la pochette, comment cela s’est passé ?

Kouros : On a eu un peu tout et n’importe quoi, du dessinateur du dimanche au « professionnel ».

Chris : Il y avait un gars qui sortait vraiment du lot. On lui a donné des mots clés, l’album, et il nous a rendu la pochette finale.


Incry

ATL : INCRY c’est un groupe qui est presque « multi genres », une sorte de chainon manquant entre le rock et le métal. Est-ce quelque chose de travaillé ou c’est naturel chez vous ?

Kouros : C’est vrai qu’au sein du groupe il y a vraiment beaucoup d’influences diverses.

Chris : J’ai même tendance à dire qu’INCRY est fait de deux blocs d’influences distincts. Doug et moi sommes plutôt influencés par la musique extrême comme le Black et Death métal, alors que les autres sont plutôt sur une base plus rock comme TOTO ou Alice In Chains par exemple.

Kouros : On en fait une qualité, ce qui donne un groupe qu’il ne rentre pas dans une case. C’est pour cela que l’on a décidé de créer notre propre label. On cherche toujours à faire autre chose, être là où on ne nous attend pas. Donc il n’y aura pas de Monde Virtuel 2, de Pandore 2, etc…

AM : Comment s’est passé la création du clip, et pourquoi avoir choisi le morceau Cannibale ?

Kouros : En fait ce titre synthétise bien INCRY, et on avait la volonté d’être un peu plus « rentre dedans » que par le passé. Il alterne des passages brutaux à d’autres plus tempérés. C’est une représentation assez juste du parcours d’INCRY, avec ses hauts et ses bas.
De plus, en concert, ce titre peu s’intégrer facilement dans une setlist « métal » ainsi que dans une plus « Rock ».  C’est en quelque sorte un morceau « lien » entre les titres de l’album.

ATL : Et en terme de concerts, vous avez des dates de fixées pour la sortie de Pandore ? Avez-vous déjà joué des nouveaux titres ?

Chris : Oui nous avons déjà joué certains titres en concerts. Ils ont été bien accueillis par nos fans et c’est plutôt bon signe. Et on bosse déjà pour la rentrée sur les versions « live » des titres de Pandore.

AM : Une petite question bonus (rires). Moi je verrais bien une version « Deluxe » de l’Edition de Pandore, avec un Packaging en forme de Boite. C’est prévu ?

Kouros : Oui (rires) c’est effectivement prévu. Pas dans l’immédiat, car nous allons d’abord faire un Digipack. Mais on y pense vraiment.

ATL : Une dernière question : quelles sont vos derniers coups de cœur en écoute musicale ?

Kouros : Mass Hysteria en fait partie. J’ai toujours suivi ce groupe. J’ai beaucoup aimé aussi les FIVE FINGER DEATH PUNCH, autant pour leur musique que pour leur hargne.

Chris : Egalement les 5FDP, je les suis depuis le début et même avant. J’écoutais déjà Ivan L. Moody quand il chantait dans MOTOGRATER. Je suis un fan ultime (rires). Sinon il y a aussi le projet de Till Lindemann avec Skills in Pills que j’ai beaucoup aimé et qui est un bijou de composition.


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