Among The Living
Interview

KLONE : Hellfest 2022

A l’occasion du Hellfest  2022, nous avons rencontré Guillaume Bernard, guitariste du groupe KLONE

Klone


Votre 6e album studio, Le Grand voyage est sorti en 2019 juste avant le confinement. Qu’a fait Klone pendant la période Covid ?

Nous avons fait plein de choses. Moi j’ai bossé sur de nouveaux sons. J’ai écrit une vingtaine de morceaux. J’ai bossé sur un autre projet qui s’appelle Polar Moon, qui est plus space, folk pop. J’ai eu un chien. Je suis resté pas mal à la maison, mais on a pu sortir un album live avec Klone, pour faire patienter en attendant le nouvel album studio. Au début on ne voulait pas sortir d’album sans pouvoir le défendre sur scène. Mais il y avait de la matière d’enregistrement live, donc on a mixé un disque qui représente bien l’histoire de Klone. Voilà ce qui s’est passé. Et voilà qu’aujourd’hui, on est reparti.

Vous avez utilisé le temps pour composer un nouvel album, c’est ça ? Qui va sortir en 2023 si j’ai bien compris…

Oui c’est ça. C’est prévu début 2023. D’ici là, on a quelques dates de concert en France. En ce moment, on travaille sur les mix de l’album. Tout est enregistré déjà. On enregistrait au Dark Side studio à Poitiers. À une demi-heure chez nous. C’est un studio super bien équipé, où on peut faire du beau son.  On a fait des pistes de chant, les pistes gratte, les pistes basse, du saxophone, des trucs un peu bizarres, des instruments un peu à part – piano, flûte, plein de trucs expérimentaux.

Tu étais content de la façon dont le son du dernier album est passé ? Le grand voyage. Vous avez réussi à faire ce que vous vouliez ? Je demande souvent ça parce que lorsque les artistes travaillent sur un nouvel album, ils peuvent être très critiques de ce qu’ils ont fait précédemment.

Oui je suis plutôt très content d’avoir assumé certains choix artistiques sur Le grand voyage. On a assumé à 100 % les effets, les reverbs, on voulait que ce soit dans un espace total, que ce soit cosmique. Il y avait des tous petits trucs qu’on aurait pu travailler. Sur la voix par exemple, une petite fréquence, un tout petit son dans les aigus. Mais au final, c’est pas si grave que ça. On a bossé deux fois avec Francis Caste en studio, celui qui a enregistré ce nouveau disque aussi. Et il n’a eu aucun souci à s’adapter à notre truc, aller vers un parti-pris et assumer vraiment le son comme on l’a fait. Non je suis vraiment content. On a réussi à aller au bout de ce qu’on voulait, ce qu’on avait en tête.

Quelle différence entre le nouvel album en 2023 et Le grand voyage ?

Ça ne sera pas la même musique, pas le même genre de riffs. Dans Le Grand voyage, il y avait beaucoup de guitare clean, beaucoup d’arpèges. Là, on a plutôt opté pour des riffs avec de la distorsion, même s’il y a des parties plus arpégées, des reliefs etc. La dominante de l’album va être quelque chose de plus frontal. Avec des petites particularités, des petites surprises par-ci par-là, mais il est quand même plus proche de notre période métal que de notre période récente. Même s’il y a parfois des morceaux ou des parties qui peuvent faire le lien. On est quand même revenu à un truc plus physique.

Pour le moment, j’aimerais qu’on continue à parler un peu plus du Grand voyage. C’est quoi ce voyage ?

Ça peut être aussi bien un musical qu’un voyage intérieur. Ça peut être la mort aussi. Toutes ces choses-là sont présentes dans les textes. Il y a toujours cette notion de mort présente. Si t’as vécu le décès d’un proche, et si tu écoutes l’album, tu peux l’interpréter de cette façon. Si t’es en crise existentielle, et que tu te poses des questions sur toi, tu peux aussi voir Le grand voyage comme une sorte de mort. C’est le genre d’émotions qui sont abordées dans les paroles de cet album.

Je m’intéresse toujours à ce genre de questions, parce que dans mon autre vie, je suis pasteur. Quand je vois un titre de ce genre, je ne peux pas m’empêcher de poser des questions.

Il y a un truc spirituel dans Klone qui est certain, même si je ne suis pas baptisé. Je suis allé à une célébration orthodoxe, avec notre ancien bassiste, Jean Étienne Maillard. Son père officiait dans cette église. J’ai été frappé par les chants, beaucoup plus beaux. Depuis que je suis tout petit, je vais dans les églises. Je ne sais pas pourquoi. Ça m’attire. Je m’y sens bien. Je ne suis pas baptisé, mes parents n’étaient pas croyants. Plutôt même athées convaincus. Et moi je suis plutôt agnostique. J’ai pas de paroisse, j’ai pas de religion. Mais ça ne veut pas dire que je ne crois en rien.


KLONE - Le Grand Voyage


Dans ta musique, ça se sent qu’il y a une recherche spirituelle.

Je ne crois pas que tout vient de rien. Je ne sais pas quoi. Je sais juste qu’il y a quelque chose de plus fort que nous, que je ne suis pas obligé de comprendre, qui me dépasse, et qui peut faire que certaines choses se passent de telle ou telle façon. Je n’aime pas les gens qui sont athées virulents. Pour moi ils peuvent être sectaires. On dit parfois que les croyants sont sectaires, mais beaucoup d’athées ne sont même pas capables de se remettre en question. C’est bien plus sectaire. Ils n’arrivent pas à se dire que peut-être il y a quelque chose qui les dépasse, que nous ne sommes pas forcément amenés à comprendre. Les gens qui méprisent la foi m’ont toujours dérangé. C’est comme avec la politique.  S’enfermer et ne jamais être capable de se remettre en question, c’est un signe d’infériorité intellectuelle de bas niveau.

J’ai été élevé dans une culture anticléricale. Je suis d’une génération qui tapait sur les catholiques, qui les considérait comme des pédophiles. Mais des pédophiles, t’en as autant en politique que dans l’église, sauf qu’on va pas en parler. C’est plus facile de taper sur l’église catholique. Et puis je vois bien tout le cheminement qui a été fait dans le domaine de la destruction de la famille, de la tradition. Pour moi, le catholicisme c’est une des choses qui nous a construits. Les valeurs de nos comportements dans la vie de tous les jours, c’est bien au christianisme qu’on le doit. Il y a ce paradoxe, comment bien se comporter avec les gens. C’est l’église catholique qui nous a apporté tout ça, même l’engagement social. C’est super important. C’est bien plus présent historiquement qu’un politicien qui est plein de charabia.

Mais tu ne te poses évidemment pas en prédicateur…

C’est ça. Je n’ai pas toutes les réponses. Je peux discuter avec n’importe qui, même si je ne crois pas comme eux. J’aime bien discuter avec eux pour savoir pourquoi ils sont amenés à penser comme ça. J’ai une amie qui est catholique convaincue, qui a fréquenté les gens de l’Action française. Elle a grandi dans l’église catho à Paris qui ne reconnaît pas le pape, et elle a été baptisée là-dedans.

J’ai beaucoup discuté avec elle. Elle m’a demandé si je voulais me faire baptiser. Je lui ai dit que non, même si ça m’intéressait tout ça, mais c’est pas pour autant que je veux rentrer là-dedans. Elle me parlait des musulmans, de leur foi à eux – « Ils sont trop cons. Ils ont pas compris la trinité ». Au contraire, moi, ça m’intrigue, les croyances. L’islam a des points communs avec le catholicisme. Il y a quand même beaucoup de choses en commun entre les extrémismes religieux de tous bords. Mais il y a de l’exclusivisme dans leur façon de vouloir à tout prix convertir les gens.

Pour en revenir à Klone, je voulais te demander comment tu réagis à la manière dont les journalistes, et parfois les fans, cherchent à vous classifier. Rock progressif ? Métal ? Etc. ? Tu te retrouves dans ce genre de classification ?

Oh, les gens disent ce qu’ils veulent. Si ça leur fait plaisir de nous mettre là-dedans… ! Je ne sais pas comment ça s’est fait qu’on s’est retrouvé là-dedans. Mais « progressif », ça veut dire tellement tout et n’importe quoi. Même « rock progressif », à partir du moment que c’est du rock ! Porcupine Tree, c’est un groupe que j’aime beaucoup, et ça fait partie de la base du rock progressif. Si je commence à lister les groupes, c’est un truc sans fin. Je n’ai pas de problème avec cette étiquette.

Et aujourd’hui, vous vous retrouvez sur le label anglais, Kscope, qui accueille plusieurs des groupes phares de la scène progressive. Comment ça s’est passé, ça ?

Ça faisait un bout de temps qu’on connaissait ce label. On avait failli déjà sortir un album avec eux à un moment, mais il y avait un problème de planning – il fallait attendre un an et demi. Nous, on ne pouvait pas attendre si longtemps. Alors on est passé sur un autre label, mais on est resté en contact avec Kscope. Là, on a eu le temps de démarcher l’album un peu à l’avance. Ils ont très vite répondu, et ça nous paraissait être le mieux pour ce qu’on faisait comme musique.

En fait, on était sur un autre label en Allemagne, qui s’appelle Pelagic Records. Ils sortent de la musique post-ceci et post-cela, post-rock, post-métal, tout ce que tu veux… Et on s’est retrouvé à négocier avec eux pour partir, le temps de faire 2 albums avec Kscope. C’était un peu la merde à négocier. C’était un gros truc. Mais moi je savais que cet album-là, il fallait qu’il sorte chez Kscope. J’avais ça en tête, je ne sais pas pourquoi. Je n’ai rien lâché jusqu’au bout. Et ça a fini par se faire. Mais j’ai galéré pendant 3 mois.

C’est une référence quand même, Kscope…

Ah ouais, c’est sûr. D’une, en termes d’image, c’était bien. Et puis, il y a plein de groupes sur le label qui me parlent musicalement. Anathema, Porcupine Tree, The Pineapple Thief, Katatonia, Paradise Lost, etc.  Je savais que c’était des mecs bien intentionnés, et qui étaient très attentifs à la musique, et ça s’est très bien passé.

Klone a tourné avec certains de ces groupes ?

Ouais on a tourné avec Pain of Salvation aux États-Unis. On a passé un peu de temps là-bas. On a tourné avec Devin Townsend aussi, pas mal de dates avec lui, il était très sympa. On a tourné avec Gojira, avec King’s X, en 2011.

Avec King’s X, on a fait des dates en Angleterre, en Allemagne, au Benelux. j’étais fan du groupe depuis longtemps. Le chanteur de King’s X, Dug Pinnick, chante sur un de morceaux de Klone. À la fin de la tournée, il nous l’a proposé. On aimait trop sa voix. J’avais trouvé leur CD, Dogman, dans la médiathèque. Je les ai découverts comme ça. J’aimais trop leur son. Et l’album d’après aussi. Je me souviens plus trop les noms.

Je voulais te poser la question de la créativité du groupe. Comment vous faites un album ? Comment ça se passe ? Vous écrivez comment ? Vous composez comment ?

Il y a plusieurs équipes. Je monopolise le gros de la composition, un peu par défaut. Je ne suis pas fermé à ce qu’on me propose d’autres trucs. Sur le nouveau disque, il y a un titre composé par un autre membre du groupe. Sinon, donc, je fais la musique d’abord sur mon téléphone. J’enregistre mes compos live, depuis un bout de temps maintenant. Ce que j’entends dans ma tête. Des fois, il y a des riffs qui arrivent, un peu n’importe quoi. Je les enregistre juste pour me souvenir. Puis je laisse reposer. En fait, j’ai des idées qui me viennent partout, en marchant dans la rue.

Je prends souvent des moments tout seuls, entre midi et deux, pour me reposer. Je me pose, je prends mon café, et je regarde ce qui se passe, et là dans ma tête, un riff m’arrive. À Poitiers, là où je vais, c’est la place Notre-Dame, et on a une église qui est très belle. Je rentre dans cette église. J’ai fait des morceaux à partir du son de la cloche qui résonne. Sur certains morceaux, c’est ce son de la cloche de l’église qui me donne la tonalité de base. Et je construis mon morceau autour de ça.

Des fois, je ne sais pas d’où ça vient. Un dimanche matin, je venais de me séparer de ma copine, je n’étais pas en forme. Je prends ma gratte, et ça m’est venu. C’était très clair.

Parfois, un truc se construit tout seul. Mais avec d’autres morceaux, tu vas galérer. Certains morceaux, je n’arrive pas à les finir. Si ça ne vient pas naturellement pour moi, s’il y a un problème, j’arrête et je les reprends plus tard. Il y a un morceau qui s’appelle « Drifter », qui est sur Here Comes the Sun, que j’avais depuis 5 ou 6 ans. Je ne sais pas pourquoi, j’avais un plan, mais il n’arrivait pas à avancer pour que ce soit cohérent.

Et quand tu as trouvé, qu’est-ce que tu en fais ? Tu l’envoies aux autres ?

Après, il faut que j’arrive à la transcrire sur ma guitare. C’est pas toujours évident. Je l’enregistre. Je réfléchis un peu à la base qu’il y a dessus, pour faire un morceau qui tienne la route. Je fais en sorte de laisser la place à la basse, aux arrangements de Math, à la voix aussi. Ça ne sert à rien que je mette trop de notes, car après ça va être un bordel pas possible. J’essaye de réfléchir de manière à laisser un espace. Je leur présente juste un petit socle de base, un riff ou y’a pas trop d’infos.

De temps en temps, j’aime bien inverser les choses pour qu’il y ait un thème de gratte, une rythmique. J’aime bien jouer avec ce truc-là, faire des renversements. Une fois que je fais le morceau, j’envoie tout à Yann. J’ai décidé dans ma tête, mais je veux pas l’influencer, et souvent je suis surpris par la manière dont il va entendre mon idée. Des fois, c’est lui qui va galérer, il va me dire « Moi je galère à trouver, t’as pas un truc ? » Je lui dis « Ouais, écoute ça. » Des fois il aime bien, des fois il n’aime pas. Mais ça peut lui donner des idées, le motiver. Même si je suis à la base de la compo, une idée, ça peut conduire à une autre idée, qui peut donner naissance à une 3e idée. À la fin, on va trouver. L’essentiel, c’est d’arriver à se fixer sur un truc, pour avoir un vrai ressenti.

Moi je suis plutôt statique, mais Yann va souvent dans tous les sens. Il va le prendre de différentes manières. Il va prendre mes idées, les emporter chez lui, en garder certaines, et pas les autres. On va en discuter. Et petit à petit le morceau se construit.

On n’est pas dans la compétition. On n’est jamais dans l’attitude : c’est mon idée qu’on va garder. Je n’aime pas ce rapport là. Des fois, tu peux avoir vraiment envie… Tu as une idée à toi, et tu as l’impression c’est la bonne. Mais il faut prendre du recul. Il ne faut pas que ton cerveau soit trop habitué à ton idée. Il faut prendre du recul, écouter le truc. Tu l’as proposé, mais tu la réécoutes, et à la fin, tu vois si ton cerveau retient. Je fais ça pour les riffs, pour les voix et les instruments. Il faut enlever ce qui ne va pas et garder la bonne idée.

Merci pour l’interview, Guillaume. Au plaisir de se revoir. Peut-être à Poitiers.


C’est clair. À plus.


klone

Related posts

Interview STORMHEAVEN

Stephan Birlouez

Monolyth : Interview exclusive au Dr Feelgood

Martine VARAGO

Interview de Avulsed réalisée au Muscadeath fest 2025

Martine VARAGO

Lacher un commentaire

* Utiliser ce formulaire implique que vous êtes d'accord pour que nous stockions les informations que vous nous confiez.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.