Among The Living
Interview

MELTED SPACE – Entretien avec Pierre Le Pape

MELTED SPACE – Entretien avec Pierre le Pape (homme a tout faire) à l’occasion de la sortie du dernier opus du groupe : The Great Lie

 


MELTED SPACE - Entretien avec Pierre Le Pape


 

1/Bonjour Pierre, on se retrouve deux ans et quelques après la sortie du précèdent opus Between  pour lequel j’avais fait une interview assez prolifique au profit d’un autre webzine. Nous sommes donc aujourd’hui réunis pour parler de  the great lie, ton nouveau bébé, qui une fois de plus réuni qualité, inspiration et une liste de guest à tomber par terre !

Lors de l’interview pour   Between  tu m’avais avoué avoir déjà bien avancé «  ton prochain album » qui devait donc devenir The great lie  que l’on connait aujourd’hui. Parle-moi donc de l’écriture de cet opus, de tes pistes d’inspirations pour l’histoire, du temps que tu as pris pour écrire, du choix de faire un simple album et pas un double…Bref je veux tout savoir sur l’écriture !!

 

Et bien en effet j’avais plus ou moins achevé l’écriture de l’histoire de « The Great Lie ». Il m’a donc fallu prendr eun peu de temps pour réfléchir à quel caractère et donc quelle voix j’allais donner à chacun des personnages afin de faire prendre vie à cette histoire. Ce faisant, les noms des chanteurs sont apparus assez naturellement. Je les ai donc presque tous contactés afin d’avoir un accord de principe de leur part, ce qui m’a rendu les choses très confortables par la suite quand je suis passé à la composition. En effet, il ‘a été très appréciable de savoir à l’avance pour qui j’écrivais… Je pouvais facilement aller écouter un titre de leurs groupes, me projeter vis à vis des chansons que je leur préparais, notamment au niveau des tessitures… bref ce la m’a permis de leur faire des chansons sur mesure !

J’ai composé et arrangé assez vite puisque cela ne m’a pris que 4 mois pour composer, écrire les paroles et faire les maquettes. Je dois avouer que l’histoire avait eu le temps de murir dans mon esprit et je savais déjà plus ou moins où j’allais. J’ai donc pu valider les participations des chanteurs, maquette à l’appui et nous avons pû prévoir les enregistrements.

2/Savais tu, lors de l’écriture même de la trame, qui tu allais démarcher pour interpréter tel ou tel rôle ou cela a-t-il attendu la fin totale de l’écriture?

Comment t’es venue l’idée de faire appel à ces artistes pour les rôles que tu leurs as ensuite confié ?

Tout à fait, comme je le mentionne plus haut, j’ai contacté presque tous les chanteurs avant d’avoir écrit une note.

En fait, ces choix ont principalement été dictés par l’histoire elle-même et par la réflexion à laquelle je faisais référence durant laquelle je me suis demandé quelle type de voix serait le plus adapté pour retranscrire ce que j’avais envie de tirer de chaque personnage. Certains ont eu un traitement assez classique, je pense notamment à Titania, la reine des fées qui est interprétée de façon magistrale par Aylin. D’autres comme Parcifal ont eu un traitement un peu à contre-pied, mais là non plus je n’ai pas été déçu car Niklas a fait un truc fantastique, très théâtral… D’une façon générale, ils se sont tous vraiment beaucoup investis dans l’interprétation de leur personnage et on a pu prendre le temps avec chacun de discuter de tous les détails en amont ce qui a permis d’être très efficace au moment des enresgitrements, même avec ceux qui ont dû enregistrer à distance. J’aurai toujours en mémoire le jour où David Vincent m’a appelé pour discuter de la psychologie de son personnage et me proposer ses idées… C’était complètement fou pour moi qui suis un grand fan de Morbid Angel !

 

3/ Comme je le disais précédemment, la liste des guests me donne envie de convulser tant elle fait de l’ombre à un projet comme Avantasia. A part Michael Saccoman, tu as fait peau neuve et sollicité encore plus de gens avec des noms qui donnent le tournis comme David Vincent, Attila, Niklas, Mikael Stanne ou encore Kobi d’Orphaned Land….

N’a-t-il pas été difficile de les faire participer au projet ? Artistiquement et financièrement (Niklas est réputé pour être une personne versatile et ingérable par exemple)…J’imagine que la plupart ont enregistré de chez eux ?!

As-tu eu des refus des gens qui t ont dit, par exemple «  Ce rôle ne m’intéresse pas » et où tu as du leur proposer autre chose pour les insérer dans le projet ?

Ne s‘agit-il que de personnes que tu as rencontré ou le réseau a-t-il fait la plus grosse part ?

 

Et bien pour prendre les choses dans l’ordre, non il n’a pas été très difficile de les convaincre. Tous m’ont donné un accord de principe très facilement qui a été validé par la suite une fois que j’ai pû leur faire écouter les maquettes. En fait je crois que ce qui les intéressait c’était justement le fait de rentrer dans la peau d’un personnage, le côté théâtral de la chose. Ainsi que le plaisir de chanter avec une véritable orchestre derrière. Comme je te disais, dans la mesure où j’ai tout fait pour que les titres leur conviennent au mieux, ils étaient mis en confiance artistiquement. Là encore je ne peux que saluer cette humilité avec laquelle chacun a pris le temps de se mettre dans la peau de son personnage afin de respecter au mieux l’idée que j’avais au départ. Certains m’ont même envoyé des démos ! Pour te dire à quel point ils ont pris la chose au sérieux. Et venant de gens qui ont 10, 20, 30 ans de métier ce la a été véritablement très gratifiant pour le compositeur que je suis.

Le coté humain a également été très important. Tout s’est très bien passé, que ce soit avec ceux que nous sommes allé enregistrer à l’étranger que ceux qui sont venus enregistrer en France (presque tous en fait) ou ceux qui ont enregistré à distance. Tous prennent régulièrement des nouvelles… Au final c’est une aventure qui s’est révélée tout aussi riche humainement qu’artistiquement et je ne dis vraiment pas ça pour faire de la langue de bois !

Pour ce qui est des rencontres, cela dépend, c’est un peu au cas par cas, j’en ai rencontré certains par hasard, d’autres par le biais de gens qu’on avait en commun, d’autres par le biais de mon manager, d’autre que j’ai contacté directement… C’est donc un mélange de tout cela et surtout d’atomes crochus qui se révèlent en discutant.

4/ Combien de temps as-tu mis pour enregistrer l’album ? Est-ce que ce sont les voix qui ont pris le plus de temps ?

Cela a été très rapide en fait car nous avnos tout planifié en amont. J’ai eu la chance de travailler avec François- Maxime Boutault, qui est réalisateur d’album et travaille souvent pour des grosses prods pour Universal. Il m’a énormément aidé à planifier tout cela, m’a mis en contact avec des studios très hauts de gamme… Donc nous avons enregistré les basses/guitares/batterie en Juillet de l’an dernier sur une semaine. Et un mois plus tard, nous avons enchaîné pendant 3 semaines : orchestre, Suède, Danemark, Paris avec presque tous les chanteurs et les enregistrements à distance en parallèle. Ce qui fait que tout était fini début Septembre. Le mix a mis plus de temps, 2 mois, car le nombre de pistes avoisinait les 150 par chanson, il a donc fallu un peu de méthode à Axel pour pouvoir y voir clair et faire sonner cela. Je sais que j’aime prendre mon temps pour le mix, car il vaut mieux tester des choses quitte à ne pas les garder plutôt que d’avoir des regrets par la suite. Du coup là, franchement, des regrets je n’en ai aucun.


 

MELTED SPACE - Entretien avec Pierre Le Pape


 

As-tu entrepris cet album comme tu as entrepris Between  (sauf pour la longueur bien sûr) ou pas du tout ?

Et bien non je ne pense pas. Inconsciemment, je savais que cet album serait beaucoup plus lourd en logistique, moyens, enjeux… je pense donc que je me suis préparé à me donner corps et âmes et à tout faire pour le porter jusqu’au bout. En fait Between, j’étais encore dans la mouvance de « from the past » donc je l’ai fait un peu sans trop y penser sans trop savoir ce que cela pourrait donner. Mais « Between » nous a amené sur scène et je pense que c’est là que les choses ont changé… J’ai vu que cet univers était transposable sur scène, j’ai donc abordé les choses d’un autre point de vue. J’ai découpé l’histoire en scène, comme à l’opéra, mais aussi car c’était une façon de la voir comme une suite de « chansons ». Il y a donc eu cette concordance vers un style beaucoup plus direct, qui avait déjà été un peu abordé par « Between ». Là je suis allé clairement dans ce sens, en réfléchissant à la scène dès l’écriture des titres.

Quels ont été ton meilleur et ton pire souvenir au studio ?

Le meilleur, c’est quand l’orchestre a commencé à jouer les premières notes de l’intro. Ca a été un choc assez violent même. J’avais déjà eu l’occasion de travailler avec un orchestre pendant mes études mais c’était dans un cadre donné alors que là, c’était mes compos pour un album auquel j’attache une importance toute particulière… Donc forcément de loin le meilleur moment.

Le pire… et bien pour être franc je crois qu’il n’y en a pas… Sauf peut-être quand on a fait l’écoute finale des mises à plat et que je me suis rendu compte que c’était fini.. On a été dans une bulle pendant nos 3 semaines d’enregistrement à Paris et du coup que tout s’arrête d’un coup on se fait la bise et chacun reprend sa voiture, j’ai un peu déprimé les quelques jours qui ont suivi. Heureusement on s’est vite revus pour passer à l’étape du mix.

 

Parle-moi du philharmonique de Prague.Ca c’est la grosse classe ! Pourquoi cet orchestre et pas un autre ? As-tu personnellement dirigé les musiciens et fait le chef d’orchestre ou as-tu délégué ça à un chef d’orchestre de métier à qui tu as donné des directives ?

Et bien dès la genèse du projet j’ai eu cet objectif en tête. Je pense que lors de la promo de « Between », on avait dû en parler de ce fantasme de faire jouer les parties orchestrales par un véritable orchestre et donc là je me suis dit « bon allez tu vas le faire ! » et du coup j’ai travaillé dans ce sens. Après comme je l’avais déjà fait je savais comment il fallait s’y prendre donc je m’y suis lancé un peu la fleur au fusil. Et puis au fur et à mesure je me suis vraiment mis à fignoler toutes les partitions, le travail des nuances de telle façon que le jour J, tout s’est très bien passé, ils ont enregistré l’album dans la journée et on a pu s’intéresser à quelques détails pour donner plus d’ampleur à la partition.

Je n’ai pas dirigé pour plusieurs raison, déjà je ne parle pas Tchèque ce qui pouvait poser un problème assez vite. Ensuite, c’est quelque chose que je n’avais pas fait depuis très longtmeps et du coup je manquais complètement d’entraînement et en plus je devais être dans la cabine avec l’équipe de production, partition en main pour veiller à ce que l’enregistrement corresponde parfaitement à ce que je voulais. Donc j’ai préféré laisser faire Adams Klemens qui est un excellent chef, reconnu de surcroît et qui connaît parfaitement son orchestre. Moi je donnais en effet les directives et j’allais le voir de temps en temps dans l’auditorium soit pour discuter certains détails soit pour juste profiter du spectacle et du son ultra puissant.


 

MELTED SPACE - Entretien avec Pierre Le Pape


 

5/ Je ne pense pas à être le premier à te dire ça mais je trouve que le début du titre Called By the Queen  sonne méchamment comme le générique de Game of Throne….C’est un clin d’œil voulu ou bien est ce que je dois arrêter de picoler ?

Et bien tu n’es en effet pas le premier à me parler de la série mais les autres fois c’était pour un autre titre, en l’occurrence « A God is dead ». Que ce soit pour l’un comme pour l’autre ce n’est absolument pas fait exprès. Après, je suis un grand fan de la série donc il n’est pas impossible que je me sois amusé sur une suite d’accords qui m’ait plû et que cela ait donné naissance à un bout de chanson. Mais ce n’est que pure coïncidence.

6/ A notre dernier entretien, nous avions parlé de la difficulté de mettre en scène tes pièces pour les concerts et, pour  Between  tu m’avais avoué avoir trouvé une solution sans pour autant me la donner. Donc ma question est la suivante : comment se sont déroulées les dates que tu as pu faire pour  Between ?

Et bien cela s’est très bien passé puisque nous en avons fait d’autres par la suite. En fait j’ai fait appel à des chanteurs aux voix très polyvalentes qui ont pû retranscrire les interactions entre les personnages. Cela s’est fait donc sur la tournée de The Old dead Tree pourqui nous avons ouvert il y a 2 ans maintenant. Manu étant donc présent il est venu nous rejoindre pour interpréter la chanson « When I was a god » et ainsi nous nous sommes retrouvés à 4 voix sur scène. Ce qui est pas mal pour une première mouture. De plus nous avons eu la chance de travailler avec un excellent technicien lumières qui nous a fait des ambiances aux petits oignons, ce qui a permis d’amplifier l’aspect dramatique et théâtral des chansons.

Et, in extenso, comment comptes tu faire pour mettre en vie  The Great Lie  sur scène ?

Sensiblement la même chose hahaha ! C’est une formule qui m’a beaucoup plu et qui a montré son efficacité. Nous partons en tournée européenne avec Leaves Eyes et Sdiabulus in Musica du 15 au 31 Octobre. Il va juste y avoir un tout petit peu de changement au niveau du line up : Michael Saccoman prendra les baguettes et Clémentine et Black Messiah seront rejoints par Lucie Blartier et Florent Charlet (du groupe 6:33) au chant. Cela nous fait une excellent équipe pour aller écumer les routes d’Europe et présenter la musique de Melted Space a un public différent, qui ne nous connaît pas ou peu. C’est une grande aventure qui nous attend, j’ai vraiment hâte !

7/ Si tu devais retirer un enseignement de cet album, lequel serait-il ?

Je vais faire le « vieux con » mais je dirai que quand tu as une idée en tête, il faut aller jusqu’au bout pour ne pas avoir de regret. Là j’avoue que le pari était un peu fou de réunir tous ces artistes de renommée mondiale sur le même album avec en plus un orchestre derrière ! Mais c’est aussi ça qui m’a motivé à pousser l’expérience jusqu’au bout, c’est que quitte à ce que ce soit le dernier album que je fasse de ma vie, autant bien le faire !

8/ Te sachant très prolifique, as-tu déjà commencé à réfléchir, voire même à composer, pour le prochain opus ?
Que peut-on dire sur la suite de Melted Space ?

Absolument pas ! « The Great Lie » m’a demandé beaucoup de travail et d’énergie donc là je ne me sens vraiment pas de me relancer dans un processus de création en tout cas pour Melted Space. Là il faut que je recharge les batteries, que je fasse autre chose, que je compose pour d’autres… J’ai déjà quelques propositions mais à ce niveau là je suis un peu du genre à voir au jour le jour, je ne fais pas trop de plans sur le long terme, nous verrons bien.

Quoi qu’il en soit, pour Melted Space, les choses sont vraiment dirigées vers le live maintenant donc nous allons déjà faire cette tournée, pourquoi pas une autre si l’occasion se présente ainsi que quelques festivals. Je sais que tous les chanteurs qui ont participé m’ont dit et redit que si on venait dans leur pays ou que si on se croisait, ils viendraient volontiers sur scène avec nous. Tu imagines que c’est une perspective des plus alléchantes pour moi !

 

9/ Quels sont été tes coups de cœur de 2015 ?

Dans des styles très différents Slipknot, Nightwish et Tryptikon au Hellfest, Symphony X dont le dernier album est monstrueux comme d’habitude, Abbath qui revient en grande forme et Mayhem que j’ai vu 4 fois et qui m’a mis sur le cul à chaque fois. J’en ai aussi profité pour écouter de plus près des groupes que je n’avais jamais trop écouté avant : Messuggah, Gojira, Tesseract.


https://www.youtube.com/watch?t=3&v=YhURam1uNRI

 
 

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