Among The Living
Interview

Shaârghot, l’interview!

Entretien avec Etienne Bianchi pour échanger sur ce nouvel opus et parler de l’avenir de Shaârghot



La dernière fois que nous avions rencontré Shaârghot en interview c’était en 2019, pour la sortie du deuxième album. Depuis beaucoup de choses se sont passées pour le groupe. L’audience du groupe a grandi, il y a eu deux clips (dont un qui peut être considéré comme un court métrage), un concert « covid » Hellfest et un premier passage au Hellfest.

La sortie de ce troisième album que l’on recommande vivement est l’occasion de faire le point sur l’évolution du groupe, échanger sur ce nouvel opus et parler de l’avenir avec Etienne.

Salut, est-ce que tu peux nous faire le point sur l’univers de Shaârghot avec ce 3ème album ?

A la fin du deuxième album, des membres du Great Eye ont tenté d’éliminer le Shaârghot pour effacer toute trace de leur expérience scientifique ratée, sans grand succès. Et ce troisième album débute avec les shadows qui ont décidé de quitter les bas-fonds de la Cité-ruche pour commencer à semer le chaos à la surface. La situation politique est tendue, il y a de grosses émeutes, et dans certains districts on n’est pas loin de la guérilla urbaine. Quelques-uns sont aux mains des gangs et deux districts sont également aux mains des shadows.

Donc la population qui vit dans la Cité-Ruche connaît maintenant l’existence des shadows ?

Tout n’est pas clair. Une partie de la population pense qu’il s’agit d’une invention médiatique pour effrayer la population et faire cesser les émeutes et les révoltes. Il y a comme une saturation de l’information dans cet univers, personne ne vérifie vraiment les faits et chacun a sa propre croyance concernant la réalité. On a essayé de retranscrire cette situation au début de l’album avec les samples des zappings qui sont issus de la cité ruche. On a créé ce « zapping » de toute pièce à partir de médias existant dans notre univers.

Au niveau du groupe comment c’est passé ces dernières années et en particulier la période du confinement ?

Ca été assez bizarre. On avait l’impression que le groupe commençait à gagner en notoriété (on était programmé sur le Hellfest Warm-Up pour une grosse dizaine de dates) et d’un seul coup on se prend ce truc dans la tronche qui stop tout. Mais on a su tirer de cette période pas mal de choses positives.

D’abord il y a eu le concert Hellfest From Home et on en a profité pour se concentrer sur d’autres aspects du groupe, comme la création du « compendium », qui recense un peu les personnages, les lieux… de notre univers avec Lyandrah. Tout n’est pas encore terminé à ce niveau, puisque le livre décrivant le monde de Shaârghot, devrait s’accompagner d’un jeu de rôle où on pourra incarner les différentes factions de la Cité Ruche, et même des factions externes. Evidemment il y aura un peu de musique pour accompagner la lecture et les parties de tout ça. Mais ça va prendre du temps, ça ne sera pas avant un an et demi au moins.

On a pu faire aussi Black Wave, qui a pris la forme d’un court-métrage. Sans le confinement on n’aurait jamais pu le faire. On a pu embarquer avec nous plein de gens qui d’habitude étaient surbookés et là qui n’avaient rien à faire. On a mis un an et demi à le faire. Aujourd’hui ça ne serait plus faisable. On y reviendra sans doute, mais là avec la sortie du nouvel album et les concerts ce n’est pas possible.

Il y a eu pas mal de changements concernant le groupe depuis la dernière fois que l’on s’était vu (composition des morceaux, studio, live…)

J’avais besoin d’être surpris et donc j’ai changé de mode opératoire. Plutôt que de l’écrire tout seul, comme pour les deux précédents, j’ai effectivement collaboré avec d’autres personnes, qui ont participé à la création de cet album. Je composais, je partageais mes morceaux avec eux, ils complétaient ou me proposaient des modifications et je récupérais les morceaux pour les retravailler.

Concernant le live effectivement il y a l’œil au centre, la batterie qui est décalée, la présence de Paul, les deux étendards œil, on a rajouté beaucoup de matos lumière et tout ça prend de la place dans le camion. Donc oui on a viré des trucs du décorum parce qu’ils avaient fait leur temps, que certains trucs ne tenaient plus la route. Il n’est pas impossible de revoir un jour certains éléments du décor des précédents concerts, mais plus comme ça. Ça pouvait passer sur des petites scènes, mais maintenant sur des scènes avec un peu plus de place, ça fonctionne moins bien.

On a mis l’accent sur les lights pour le moment, mais ce n’est pas dit que dans quelques temps on revienne avec de nouveaux éléments de décors. On réfléchit déjà à de nouvelles choses pour les prochains mois. Ou alors il faut un deuxième véhicule, on est un peu limité par des problèmes de logistiques.



Vous avez intégré aussi un nouveau guitariste ?

Oui historiquement Paul ( de Kloahk) c’est même le tout premier guitariste que l’on a auditionné à l’époque. Et même s’il n’a pas fait partie de l’histoire de Shaârghot au début, on est resté en contact et j’ai suivi ce qu’il faisait musicalement avec Kloahk. J’aimais bien ce qu’il faisait et comme il était toujours autour du groupe en nous filant un coup de main, les choses se sont faites naturellement. On a commencé à bosser ensemble sur morceau, et au final on a composé 6 titres. C’était logique qu’on lui propose de nous rejoindre définitivement

En parlant de composition, la dernière fois qu’on s’était vu, tu avais conseillé l’écoute de Music for Ghost de Sonic Area, et clairement sur certains morceaux on retrouve des éléments de cet album

On a bossé avec lui tout simplement ! J’ai demandé à Arco (de Sonic Area) de faire un peu de direction artistique sur l’album, et notamment sur le morceau Ghosts in the Wall. Je lui envoyais les morceaux et pour chacun d’entre eux je le laissais partir dans les directions qu’il voulait, avec comme consigne : « fais-toi plaisir ! ». On n’a pas tout gardé, mais sur certains morceaux, il a trouvé des petits trucs qui ont fait gagner un step aux titres

On a bossé aussi avec Thibault Chaumont, qui est l’ingé son de Carpenter Brut, il a fait les masterings pour Perturbator, Horskh. Il a participé au mixage de l’album avec nous pendant deux mois. Il nous a apporté son savoir-faire et là aussi ça nous a permis de gagner en qualité, de mettre en valeur les morceaux.

En parlant de notoriété, pour vous suivre depuis le début, j’ai l’impression que votre croissance est continue et régulière. Il n’y a qu’à voir avec le public, qui se maquille, qui se met aux couleurs du groupe, comme pour le dernier concert à Paris…

C’est de plus en plus fréquent, et pas que sur Paris. Les gens viennent avec de la peinture noire sur la tronche ou en tenue post-apo. On a même une fois un mec qui s’est fait recaler parce qu’il avait une hache !  Il l’avait fait dans un disque de frein de bagnole. Il s’est fait intercepter par la sécu, ils l’ont laissé rentrer en armure, mais sans sa hache. On en a un également qui vient en tenue post-apo avec un masque à gaz intégral relié à une tête de bébé. Et cette tête est remplie de Suze. On a comme ça un petit groupe de personnes un peu frapadingue et génial à la fois, avec des supers idées de costume. C’est génial de voir les gens s’approprier l’univers que j’ai créé. C’est même en train de m’échapper progressivement et c’est assez chouette.

Vous êtes presque un groupe interactif, vu que vous faites aussi participer votre public à vos clips.

C’est un peu ça. C’est aussi pour ça qu’on a appelé le public les shadows. Dès le départ je voulais un truc classique où les gens viennent nous voir et juste consommer de la musique. On veut partager et collaborer avec les gens qui viennent nous voir. Les gens se prêtent bien au jeu et nous rendent un maximum d’énergie.

Vous arrivez toujours à garder cet esprit punk, DIY ?

Oui bien sûr. Après c’est sûr qu’en grossissant tu as parfois envie de déléguer certaines choses mais on ne le fait pas. On veut faire les choses nous-mêmes, bricoler, bidouiller et je pense que même dans 10 ans on sera toujours investi dans le groupe, dans la fabrication des costumes, des décors. Ou alors si on passe commande, c’est parce qu’on a un lien personnel avec les artistes à qui on fait appel, qui sont impliqués d’une façon ou d’une autre dans le projet. Contacter quelqu’un que je ne connais pas lui demander 10 masques pour le tournage d’un clip je n’ai pas envie. On a toujours fonctionné avec des gens qui étaient intéressés par le projet.



Vous êtes un groupe avec un univers visuel fort et dans le même temps je suis étonné de pas voir vos disques en vinyle, avec des éditions qui mettraient en valeur ce travail.

On y viendra. Le monde de la musique a beaucoup évolué et les choses sont de plus en plus chères et on est encore un groupe en voie de développement. On est indépendant, on fait tout nous-même et chaque dépense est pensée. On a des priorités, on essaye de faire les choses au bon moment. Il y a le CD avec la sortie de l’album et le vinyle, il arrivera peut-être dans un an. On veut que ce soit un beau produit, pas un truc fait à l’arrache.

Et votre rapport à la musique, en tant que consommateur et fan de musique ? Vous êtes collectionneurs ou vous vous contentez de Deezer et Spotify ?

Je suis « Team physique ». Je soutiens les artistes que j’apprécie en achetant leur t-shirt, leur cd… Spotify, Deezer j’évite. Je suis encore le type de mec qui télécharge les morceaux en physique pour les avoir chez moi, pour les écouter quand je veux, et pas me retrouver comme un con le jour ou internet ne fonctionne plus. Le 1er geste que je fais le matin, c’est de mettre ma musique en route.

Ce n’est pas en t’abonnant à Deezer ou Spotify que tu vas soutenir les artistes que tu apprécies. Tu peux les écouter sur ces plateformes, parce que les règles du jeu en ce moment font que tu dois être présent sur ces plateformes. Mais si tu veux vraiment soutenir ton artiste, achète leur merch, leur CD, leur vinyle, même si tu as plus de lecteur CD ou de platine.

Il faut quand même savoir qu’avec Deezer, Spotify ou même YouTube on ne touche absolument rien !

Tu as parlé un peu plus tôt dans l’interview du Jeu de rôle. Tu peux en dire un peu plus ?

C’est en cours. C’est un de nos fans qui a commencé à développer le truc sans nous le dire et un jour il nous l’a amené sur un festival. Il avait fait les règles. Et il nous a demandé si on était ok pour en faire le jeu officiel. C’était fait de façon très sérieuse et on a encore pas mal de développement à faire pour intégrer la totalité de l’univers. Ca va voir le jour mais pas tout de suite.


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