Among The Living
Interview

Entretien avec le groupe Tarah Who?

Entretien avec Tarah, Christine et Ash du groupe Tarah Who? à l’occasion de leur passage en concert au Forum, Vauréal le 29 janvier 2023

Tarah who?


Tarah Who? A  l’entendre sur scène, Joey des Ramones et Lemmy pourraient sortir de leurs tombes !

Interview & photos exclusives par Martine Varago.

Embarquée dans une tournée européenne d’un mois aux côtés des groupes New Yorkais Prong et Life of Agony et de passage en concert au Forum, Tarah Who? nous raconte les hauts et les bas de sa vie de musicienne. Attirée par la culture américaine, elle vit aux US depuis son enfance et a mis des sous de côté pour venir s’installer un jour à Los Angeles. C’était en 2006.

La première formation de Tarah Who? avec la batteuse Coralie vient tout juste de se terminer mais Tarah ne démord pas et s’entoure de musiciens venus des quatre coins du monde, Ash l’Irlandais à la basse, Laura la Canadienne à la batterie et Christine la Parisienne à la guitare. Un groupe 100 % Punk Rock américain

ATL : Comment se passe cette longue tournée initiée le 13 janvier avec Prong et Life of Agony ?

Tarah : C’est intense et fun. On court dans tous les sens et on fait tout en voiture, seuls, que ce soit la Belgique, l’Allemagne, la Suisse, le Royaune Uni ou la France. Pour Prong et Life of Agony, ils ont un tour manager, donc c’est organisé. Nous sommes indépendants. Avec plus de galères mais aussi plus de choses à raconter ! (Rires). Christine, à la batterie, mange beaucoup et ça ne se voit pas ! On essaie de manger au catering lors de la tournée mais quand on arrive et que c’est fermé, alors on ne mange pas. On mange quand on peut.

Ash : On est principalement restreints par le temps de trajet, l’heure d’arrivée dans la salle où l’on joue, le déchargement du matériel, les balances, etc…

ATL : Comment avez-vous été sélectionnés pour jouer avec ces groupes ?

Tarah : C’est Alexandre Saba de M&O qui a proposé notre candidature et le tour manager de Life of Agony a choisi : « OK pour Tarah ! » C’est très dur de booker des dates pour le groupe et c’est la première fois qu’on obtient des belles dates avec des belles scènes et un bon public. Grâce à cette tournée actuelle, on a obtenu une seconde tournée en UK.

ATL : Donc une véritable opportunité de tourner aux côtés des New Yorkais ! Comment se passent les relations avec eux d’ailleurs ?

Tarah : Cela se passe bien. Life of Agony, ils sont géniaux. Prong, ils sont très simples, terre à terre et sympas. On se voit surtout après les concerts.

ATL :  Qu’est-ce que vous utilisez comme pédales d’effet sur scène ?

Ash : Principalement de la saturation, de la distorsion pour la basse.

Tarah : Des chorus pour la guitare, des Delay.

Ash : Sur scène, on utilise aussi des séquences via l’ordinateur.

Christine : Des séquences de la voix, de la basse, des percussions, du violon, du piano…

ATL : Tu as dit que tu n’entendais rien sur scène ?!

Tarah : Oui, il n’y avait pas de retour. On a joué à l’aveugle ! (Rires) On espère que cela s’est bien passé. Déjà on n’avait pas de place, je n’ai pas pu me lâcher comme je voulais. Je ne pouvais pas me tourner pour voir Laura. Sur scène, j’aime bien voir l’énergie des gens qui sont sur scène et celle du public. Heureusement le public a l’air d’avoir aimé.


Tarah who?


ATL : En parlant de scène, est-ce que la scène à L A est toujours aussi vivante ? Est-ce que les clubs de rock, hard rock survivent toujours car de nombreux clubs ont fermé comme le Troubadour, par exemple ?

Tarah : Beaucoup d’autres lieux en dehors de Hollywood ont ouvert. Le Sunset boulevard est devenu des places «Pay to Play» c’est-à-dire qu’il faut payer pour jouer avec un minimum de 500 $ pour jouer 30 minutes et être traité comme de la merde ! En fait je n’ai jamais participé à ce genre de scène parce que cela ne t’aide pas du tout. Je m’en fiche en fait de qui a joué là avant. Pour moi, ce qui compte, c’est la soirée qu’on va passer avec les gens maintenant. Je trouve cela de la bêtise de jouer dans des clubs où d’autres groupes ont joué auparavant. Ce sont des amateurs qui soutiennent le « pay to play ». Voilà et c’est pour ça que les clubs sont en train de tomber petit à petit.

Il y a tellement de groupes de nos jours qu’en fait, il n’y a pas assez de business, donc ils ont trouvé un moyen.  Voilà, on vous laisse jouer pour tant d’argent mais le pire c’est que les gens le font. De toutes les façons, il y a tellement de groupes qui veulent jouer…

ATL : Les villes de New York et de Los Angeles ont toujours mis en lumière de nouveaux groupes sur les scène rock, hard et métal. Est-ce que vous pensez qu’il y a une compétition entre ces deux villes ou bien encore est-ce qu’il y a plus de créativité dans l’une ou dans l’autre ?

Tarah : Je n’emploierais pas le mot compétition car si on l’utilise, c’est que quelque part on n’a pas assez confiance en soi ou en son groupe,  en quelque sorte dans la musique que l’on joue. Par contre, je sais qu’il y a beaucoup de compétition entre les groupes de Los Angeles et, en général, je m’écarte de ça parce que cela ne m’intéresse pas.  Pour New York, nous avons fait pas mal de dates là-bas. A Brooklyn.  ils sont très très forts. J’aime beaucoup la scène new-yorkaise, les groupes indépendants. La différence que j’ai ressentie, c’était qu’ils s’entraidaient à mort. Chaque fois que nous avons joué sur la côte Est, nous avons été bien reçus. Musicalement, c’est très intéressant : il y a une véritable énergie, du vrai rock moderne.  En revanche, l’expérience que j’ai à Los Angeles, c’est que ce sont toujours les mêmes groupes. Certes, ils s’aident entre eux mais c’est toujours un peu la même musique.

ATL : Donc il y aurait plus de créativité dans la ville de New York.

Tarah : Je ne sais pas si ça relève uniquement de la nouveauté, mais pour moi, Brooklyn était plus intéressant : il y avait de l’intensité, du dynamisme, de l’originalité…

ATL : Vous avez un avis à ce sujet ?

Ash : On m’a dit : « New York, c’est la créativité, c’est la musique, c’est l’art et Los Angeles, c’est le business ». Je rejoins clairement ce que Tarah dit. À L.A. ils jouent bien mais il manque une âme. Ils jouent ce qui passe à la radio pour espérer être signés. Par rapport à New York, c’est vrai qu’il y a beaucoup de dynamisme, de créativité, tout comme à Berlin. Il y a vraiment une recherche musicale, une expérimentation musicale, les gens sont intéressés par la musique et non pas par le lard pour faire un business et gagner de l’argent. Nécessairement à terme forcément à terme ils veulent pouvoir en vivre mais ils ont l’amour de la musique avant tout.


Tarah who?


ATL : Je pense que cela reflète la réalité car New York, et actuellement plus particulièrement Brooklyn, demeure un terreau d’artistes en général. Que ce soient des artistes peintres ou des musiciens. L.A. est et a toujours été une ville très très business. Déjà dans les années 80, les musiciens venaient à LA avec l’espoir d’être signés ou de percer. New York, elle, demeure la grande ville de la créativité. Dès les années 70, de nombreux mouvements dans l’art, la musique y sont nés et y ont vécu. Des groupes comme les New York Dolls, Lou Reed, les Ramones sont tous issus de NY. Le punk rock est né là-bas avant même d’avoir traversé l’Atlantique et d’avoir été repris entièrement par les Anglais. Johnny Rotten des Sex Pistols reconnait lui-même avoir été influencé par eux.

Ash : Maintenant des groupes de L.A. partent vers Austin au Texas pour justement s’éloigner de cette atmosphère et retrouver une véritable communauté de musiciens, pour pouvoir jouer sans avoir la pression, sans avoir à payer. A L.A., la moitié de la population est acteur et l’autre moitié public, donc c’est difficile de percer si t’as pas un producteur ou une personne connue. En tout cas, il y a une migration de musiciens de L.A. vers Austin pour retrouver une sorte de liberté.

ATL : Sur l’album « 64 Women », vous êtes un duo. Et le prochain LP ?

Tarah : Il est prévu pour la fin avril 2023. Il y a des morceaux que j’ai réalisés seule. Je joue les parties basse, batterie et guitare en studio à cause de la distance. Le bassiste vit en Irlande, la batteuse à Montréal, au Canada et Christine à Paris. Quand la tournée est tombée, j’ai appelé de l’aide. « Allo, il faut venir m’aider ! » J’ai alors proposé à Ash de venir me rejoindre sur scène pour avoir plus d’impact, plus d’énergie. Par ailleurs, Coco (l’ancienne batteuse) a eu des difficultés personnelles.

J’ai dû rechercher un autre batteur et on s’est rencontrées avec Christine à un drum set à Montréal. Pour moi, ce qui était intéressant parmi tous les batteurs et batteuses, c’était l’énergie, la positivité.
Quand on est dans un groupe et plus particulièrement dans une tournée aussi intense, dans une petite voiture, pas forcément petite mais petite parce qu’il y a plein de choses dedans… l’important, c’est de garder le moral. Les quelques jours que l’on a passés ensemble avec Christine à Montréal, j’ai gardé, quelque part dans un coin de ma tête, son attitude positive.

ATL : Un dernière question. Pourquoi ne pas projeter de faire un travail collectif en studio ou un vrai groupe où tout le monde habite au même endroit ?

Tarah : Cela peut se faire mais l’idée d’un groupe où tout le monde vit dans la même ville, c’est un peu ancien aujourd’hui. Les musiciens peuvent vivre dans des lieux différents et se retrouver ensuite. Le vrai pro connait ses parties, arrive quelques jours avant et tu as quelqu’un sur qui tu peux compter. Voilà ça fonctionne bien comme ça aussi.

Vous l’aurez compris, Tarah est une jeune musicienne, indépendante, débordant d’énergie, pleine d’enthousiasme malgré les difficultés rencontrées dans sa vie d’artiste. A suivre sur dailymotion


« Pantomath» leur vidéo officielle


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