Wolfchant : Interview au Cernunnos Pagan Fest 2026
Il est presque 18 heures en ce dimanche 22 février 2026, et le Cernunnos Pagan Fest bat encore son plein dans les allées de la Ferme du Buisson. Depuis deux heures maintenant, la poussière de scène est retombée sur la prestation de Wolfchant, et pourtant l’adrénaline semble encore circuler dans les veines des Bavarois. Première date en France pour le groupe fondé en 2003 dans la Forêt Bavaroise ; cela parfait au Cernunnos !
C’est dans cette ambiance détendue de fin de tournée, bières en main et sourires aux lèvres, que le groupe accepte de nous accorder un moment. Une tournée de deux semaines avec Ereb Altor, Skyforger et Belore s’achève ici, ce soir.

Pendant que le groupe demande quelques bières à la bénévole du festival qui passait par là, tout le monde s’installe dans la bonne humeur…
Lokhi : C’est un beau festival, le site est vraiment superbe.
Thomas Orlanth : Oui, oui.
Lokhi : Le marché médiéval…
On est très contents. C’est vraiment bien organisé et les gens sont joyeux. Ça se voit.
Thomas : Oui, et le public est aussi détendu.
Lokhi : Oui, exactement.
Thomas : Alors, commençons l’interview. Un peu d’actualité. Votre dernier album, Echoes of a Time Once Past, est sorti il y a quelques jours à peine, en février. Vous avez une longue histoire désormais. Qu’est-ce que vous vouliez encore dire ou explorer, que vous n’aviez pas encore pu exprimer ? Plus de 20 ans d’existence, c’est beaucoup.
Lokhi : Je crois que le titre Echoes of a Time Once Past, et mes collègues m’approuveront, c’était justement la tentative de réunir un peu l’ancien Wolfchant et le nouveau Wolfchant dans un même album. Augmenter la part folk, mais aussi la part agressive, la part Melodic Death Metal, les soli. Les deux guitaristes ici ont évidemment fourni un travail exceptionnel. L’idée était d’intégrer cette exigence technique tout en retrouvant notre ancienne facette folk-mélodique.
Thomas : Une vraie synthèse, donc.
Lokhi : On pourrait dire une rétrospective, mais ce serait un peu exagéré. Disons que c’est un très bon mélange.
Thomas : À propos du line-up : vous avez perdu votre bassiste ?
Lokhi : Oui, il a commencé un nouvel emploi début février et ne pouvait donc pas se permettre de partir 14 jours en tournée du jour au lendemain. On savait déjà l’année dernière que ça n’allait pas fonctionner. On s’est adaptés et ça tourne.
Thomas : C’est un peu inhabituel…
Lokhi : On n’annule pas une tournée à cause d’un bassiste. (rires)
Michael : C’est quand même assez compliqué quand on part en tournée. Tout le monde doit avoir du temps, obtenir des congés, parce qu’on a évidemment des emplois normaux. Et tout ça doit coïncider. Certains ont aussi de jeunes enfants. Il faut établir des priorités.

Thomas : Vous n’êtes pas les seuls dans ce cas…
Vous êtes actuellement en tournée avec Ereb Altor, Skyforger et Belore, un line-up vraiment très pagan. Comment se passe cette cohabitation ?
Lokhi : Les deux ici pourraient bien répondre à ça.
Seehb : Je dirais qu’on s’amuse vraiment, vraiment beaucoup sur cette tournée. On s’entend super bien avec les autres groupes. On fait la fête, on s’entraide, que ce soit pour monter le matériel ou recharger le bus. Je dirais vraiment qu’il n’a pas fallu une seule journée d’adaptation ; on s’est immédiatement très bien entendus et ça s’est lancé tout de suite.
Lokhi : On est très contents sur ce point, parce qu’on ne sait jamais au début. Tu montes dans le bus sans savoir si tu vas t’entendre avec les gens, alors qu’il faut cohabiter deux semaines. Mais ça marche vraiment très bien. Les groupes sont super.
Thomas : Vous existez depuis 2003 ; 23 ans, c’est une belle longévité. Avec des membres qui vont et viennent, comment avez-vous réussi à maintenir le groupe aussi longtemps ?
Michael : On est amis, la réponse est très simple. Chaque personne qui est venue par la suite faisait d’une façon ou d’une autre partie du cercle d’amis. On n’a accueilli que des gens qu’on connaissait, dont on savait qu’on s’entendrait. On est vraiment amis. L’amitié, c’est le secret, je dirais.
Thomas : C’est une bonne recette !
Lokhi : On veut monter ensemble sur scène, c’est ce qui compte. On veut faire ces concerts, faire de la musique ensemble ; c’est ça le moteur.
Michael : On est toujours heureux quand on peut faire quelque chose ensemble. Ça fait toujours plaisir, après toutes ces années. Tous les deux, on se connaît depuis 23 ans. On a fondé le groupe sur une terrasse à l’époque, et depuis, ça a toujours fonctionné sans grosses difficultés. Et ça, je crois que c’est l’essentiel.
Thomas : Le paganisme, la mythologie germanique, la nature, tout ça, c’est un fil conducteur constant. Vos premiers albums étaient un peu plus Black et Death Metal, mais la thématique n’a pas changé. Avez-vous encore un engagement spirituel ?
Lokhi : On n’est pas membres d’associations ou de cercles païens organisés, ça non. Mais à l’époque, chez nous, il y avait justement un village païen et on y était très fortement liés. C’est de là qu’est venu l’intérêt. On avait fait des découvertes archéologiques celtiques très anciennes, on les avait reconstituées, et des associations s’étaient formées autour de tout ce sujet. Notre région, la Forêt Bavaroise, est originellement une région celtique. La Basse-Bavière s’appelait il y a quelques milliers d’années Silva Gabreta pour les Romains. C’est ainsi que toute cette thématique a émergé.
Je crois que c’était notre deuxième ou troisième concert qu’on a donné dans ce village. Puis on a organisé un festival, Pagan Nights, où on avait déjà invité des groupes d’Irlande, Waylander, Vreid de Norvège… Et c’est ainsi que tout ça s’est construit. Mais aujourd’hui, on n’est membres d’aucune association.
Thomas : Pas de reconstitution historique non plus ?
Lokhi : Non, on n’a pas du tout le temps pour ça, parce que le groupe… Je sais que beaucoup le font, mais on a de bons emplois. Et quand tu gères le groupe de façon intense, tu voyages beaucoup, tu y investis du temps, tu ne peux pas avoir un autre hobby en plus. Wolfchant est notre loisir.
Michael : Et on veut raconter de petites histoires avec nos chansons. Certains titres ont une ligne très claire. C’est ça qui fait la chanson, je crois.
Lokhi : La musique vient avant tout des deux guitaristes ici. Ils créent d’abord la base d’un titre, ensuite on travaille les textes et on essaie d’intégrer ça de façon cohérente.
Thomas : Pourquoi deux chanteurs ?
Lokhi : Parce que je suis nul et j’en ai cherché un. (rires)
Thomas : (rires) Chacun a son style : vous combinez chant clair et growl de façon assez harmonieuse.
Lokhi : Sur Pagan Storm, quand Micha n’était pas encore là, on avait enregistré des chœurs d’une façon ou d’une autre et on s’est vite aperçus qu’on atteignait nos limites. Ensuite, on a rencontré Micha via Rebellion, un autre groupe, en jouant ensemble. Un jour je lui ai demandé s’il avait envie de participer en tant que chanteur invité sur Determined Damnation, notre troisième album. Ça a bien marché. Alors on lui a simplement demandé s’il pouvait imaginer faire ça ensemble.
Michael : Et franchement… avec deux chanteurs, on peut bien s’amuser.
Lokhi : Il y a toujours du mouvement.
Michael : Oui, et les gens nous renvoient ce feedback, ils adorent ce qu’on fait.
Lokhi : Tu peux faire beaucoup plus. Tu as déjà l’effet de chœur sur scène. Notre bassiste chante aussi souvent, ce sont trois voix. Et alors tu peux vraiment aller beaucoup plus loin. Tu as le chant Power Metal, le chant Black Metal, et simplement de la variété. Ça donne de la vie sur scène.
Thomas : Si vous pouviez aujourd’hui faire ce que vous voulez pour le groupe, jouer sur une montagne, peu importe, sans parler d’argent… Quel serait votre rêve ?
Lokhi : On aimerait jouer ici en France au Hellfest.
Vous pourrez peut-être transmettre ça. (sourires) On a déjà eu de belles choses, le Wacken, le Summer Breeze, le 70 000 Tons of Metal…
Mais le Hellfest, ça manque vraiment encore. Ce serait tellement beau. C’est un super festival, tout le monde le connaît, c’est super organisé, il y a énormément de monde. Et aujourd’hui, c’est notre tout premier concert en France !
Thomas : On serait ravis de vous y voir.
Lokhi : On avait eu deux ou trois demandes pour des festivals français. Je crois que Cernunnos avait aussi envoyé une demande, mais à l’époque on ne pouvait pas venir. Il y avait aussi un autre festival pour lequel on avait confirmé, mais qui a été annulé pour des raisons de politique municipale ; on leur avait retiré l’autorisation. Il aura donc fallu 23 ans pour jouer en France pour la première fois. Et ça, malgré notre talent. (rires)
Tu veux une bière ?
Thomas : Oui, volontiers. Un peu d’hydratation !
Encore une petite question. En 2026, pour chacun d’entre vous, chacun peut avoir une réponse différente, en un mot : qu’est-ce que Wolfchant représente pour vous ?
[Lokhi : (imitant Gaahl) Satan. (rires) Non, en un mot : liberté. S’échapper de la vie ordinaire. C’est quelque chose d’essentiel pour moi. Et toi ?
Michael : Pour moi, c’est s’évader de ma vie normale. Donner vers l’extérieur ce qu’on a à l’intérieur.
Thomas Orlanth : Et le batteur ?
Norgahd : Amitié… ou fête.
Thomas : Ça va bien ensemble ! Et toi ?
Seehb : J’aurais dit amitié, moi aussi. Parce que, on le voit encore sur cette tournée, ça a encore renforcé les liens ; on habite dans différentes régions d’Allemagne, donc on ne se retrouve pas si souvent, sauf pour les concerts. Et ça reste toujours super agréable.
Lokhi : Maintenant je me sens mal parce que je n’ai pas dit amitié… (rires)
Thomas : Avez-vous un message à adresser au nouveau public français ?
Lokhi : Ils devraient absolument écouter le nouvel album Echoes of a Time Once Past, parce qu’il est vraiment bon. La journée d’aujourd’hui était super. On était vraiment touchés que tout le monde ait participé comme ça. Continuez à nous soutenir. On espère pouvoir rejouer ici très bientôt.
Michael : On ne savait pas ce qui nous attendait, on pensait ne pas être si connus en France. On s’est donc dit que les gens ne nous connaîtraient pas trop, et donc on était très surpris, et positivement surpris, qu’autant de gens soient là pour notre concert et qu’ils nous aient autant acclamés. Franchement, ça n’aurait pas pu mieux se passer pour nous.
Thomas : C’était une super clôture de tournée. J’ai un ami qui m’a dit « Wolfchant, j’suis fan ! » , vous avez vos fans en France.
Michael : Mais comme on n’avait jamais joué ici, on ne le savait pas.
Lokhi : On ne sait jamais à l’avance. Tu montes sur scène, il peut y avoir mille personnes qui ne bougent pas. Et nous, on est montés et dès la première seconde les gens étaient tous déchaînés.
Thomas Orlanth : Donc peut-être une grande scène la prochaine fois ?
Michael : Non, c’était déjà très bien pour nous. La scène était bien, le son était bon, les gens ont fait la fête. Que vouloir de plus ?
Thomas : Vous rentrez directement en Allemagne ?
Lokhi : Oui.
Thomas : Le dernier soir. Un peu de sommeil, alors.
Michael : Dans un vrai lit ! On a voyagé en bus pendant deux semaines. Dormir dans un vrai lit, ça va faire du bien.
Lokhi : Je crois que je vais encore conduire pendant trois jours avant d’arriver…
Allez, les amis. Un peu de bière d’abord.
Thomas : Et moi un peu d’eau… avec du malt. (rires)
Merci à Wolfchant pour leur bonne humeur et leur générosité. Premier concert en France pour le groupe bavarois, et visiblement pas le dernier ; le Hellfest, vous savez ce qu’il vous reste à faire…




