Hellfest 2025 – Out of Bounds
19-22 Juin 2025 / Clisson – France
Out of Bounds, « hors limite », on est dans le thême!
Chaque année, la petite ville de Clisson (7500 habitants), habituellement paisible entre ses vignes et ses ponts à l’italienne, se transforme en une cathédrale métallique à ciel ouvert. Mais cette fois, en 2025, quelque chose a changé. Plus brûlant, plus chaud et plus de monde.
La base-line « Out of Bounds » de cette année veut dire « hors limite » en français et c’est ce qu’on a eu.
Tout d’abord ses températures qui explosent, des semelles qui collent au bitume, des appareils photo qui se mettent hors service quand ça dépasse les 58° en plein soleil ou sous les tentes, des files d’attente pour aller aux toilettes, non pour faire la petite commission (ou la grosse) mais plutôt pour remplir sa gourde, mouiller sa casquette ou son t-shirt ou remplir sa pinte et ce jusqu’à 30 fois pour certain c’est à dire plus de 15 litres/jour pour ne même pas avoir envie d’aller soulager un besoin naturel.
C’est clair : les stages les plus remplies étaient celles des lavabos des toilettes.
Le dimanche soir, Hellfest Productions indique que le festival a accueilli 280 000 spectateurs (soit la population de Nantes ou de Strasbourg) sur quatre jours. Jusqu’à l’année dernière, le bilan final faisait état de 240 000 festivaliers.
Qu’on aime ou qu’on aime pas (ou plus), le Hellfest 2025 a une fois encore prouvé qu’il était un évènement incontournable : diversité stylistique, têtes d’affiche légendaires (et parfois très ou trop fatigués) et découvertes surprenantes, le tout dans une ambiance festive et bon enfant.
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Jeudi 19 juin 2025 – Day 1
17H15. Misþyrming – Temple
L’éruption glaciale qui secoue la Temple n’apporte pas de fraîcheur mais déjà un gros coup de chaud. Les islandais de Misþyrming projettent une noirceur viscérale de riffs, telle celle peinte sur leur torse. Visages fermés, yeux exorbités, ils instaurent une atmosphère oppressante, presque rituelle.
Durant 40 minutes, le groupe cultive un équilibre parfait entre chaos primitif et beauté glaciale. Les riffs tournoient, étouffent, font basculer les esprits. Le son semble sculpté dans la roche volcanique abrasive.
Sans fioritures, ils plantent leurs regards froids dans la foule, comme des statues figées. Le chant guttural et les frappes sèches et guerrières portent l’ensemble avec une intensité physique incroyable.
20H45. Ihsahn – Temple
Figure tutélaire du black progressif, Ihsahn, lunettes vissées sur le nez et guitare 8 cordes en main monte sur scène pour ce qui constitue son 10ème passage au Hellfest. Pour les plus anciens on se souvient encore du passage d’Emperor en 2007 dans des conditions météos épouvantables sous un déluge d’eau et d’éclairs. Cette année c’est tout le contraire.
Sobre et sans artifices, la performance du norvégien se concentre entièrement sur sa musique complexe et la technicités des morceaux. Entre accélérations aux couleurs black, aux transgressions progressives en passant par des breaks jazzy et des blasts violents on a parfois du mal à en apprécier la qualité dans un mix assez brouillon.
19H30. Airbourne – Mainstage 1
Dès les premiers accords, la tension monte d’un cran. Les Australiens d’Airbourne débarquent comme une tornade de bière pendant Oktober Fest. Ça sent l’huile moteur, l’asphalte brûlant et la sueur. Joel O’Keeffe, torse nu, bondit sur scène comme un possédé (parce que kangourou aurait été trop cliché). Il brandit sa guitare comme un prolongement de son corps et s’adresse au public avec la gouaille d’un vieux routier australien sur une ligne droite de 1000 km : “Vous êtes prêts à bousiller vos vertèbres, Clisson ?”
Le public ne demande que ça. Le groupe enchaîne les tubes, de « Ready to Rock » à « Runnin’ Wild » en passant par « Too Much, Too Young, Too Fast ». C’est brut, sans filtre, on a toujours l’impression qu’ils débutent et qu’ils jouent leurs vies à chaque titre.
Le moment d’anthologie arrive( comme toujours) lorsque Joël grimpe sur les épaules d’un roadie pour fendre la foule et s’exploser une bière sur la tête.
Le rock’n’roll n’est pas encore mort. Bref rien ne change chez Airbourne (et c’est aussi ce qu’on aime) si ce n’est le backdrop qui évolue suivant les sorties d’album. Maintenant place à Gutsy !
22H55. The Hellacopters – Valley
La nuit tombe, mais les Hellacopters allument un feu différent, les suédois enchaînent des coups de charge rock’n’roll. Moins violent, mais tout aussi incandescent. La Warzone vibre sous leurs riffs old-school et leur élégance scandinave.
De retour en 2016, le groupe suédois souffle un vent d’énergie dans la nuit poussiéreuse. Plus de 30 ans de carrière et le nouvel album Overdriver, sorti en janvier 2025 leur redonne une fraîcheur revigorante
Avec leur look à la Hanoï Rocks, la bande à Nicke Andersson déroule un concert carré, sans fioritures. « By the Grace of God » déclenche une ovation, et « I’m in the Band » résonne comme une déclaration d’amour au public. Le garage punk , quand il est joué avec style et sincérité, touche les auditeurs dans la moiteur de la nuit.
Vendredi 20 juin 2025 – Day 2
12H15. Belore – Temple
À l’heure zen de la mi‑journée, Belore propose un instant suspendu sous la Temple. Seul en scène avec sa batterie, Aleevok peint un paysage musical sombre et contemplatif, inspiré de la mythologie nordique. Entre mid-tempos et crescendos épiques, le public se trouve entraîné dans une atmosphère introspective inattendue en plein festival.
12H50. The Night Eternal – Altar
Ils montent sur scène dans une semi-obscurité, sans artifices. The Night Eternal, groupe allemand encore méconnu il y a peu, frappe fort. Leur son est dense, ils font dans le revival de la scène heavy traditionnel et c’est drôlement bien fait. À l’image des deux guitaristes, Ray Ban intégrées au visage ils enchaînent les poses tout en déversant des riffs et des solos plus sublimes les uns que les autres.
Le public, d’abord curieux, est vite happé par ces musiciens qui maîtrisent parfaitement les rouages de la New Wave of Traditional Heavy Metal . Le charisme du chanteur Ricardo Baum nous fait penser à Lenny Kravitz (entre son look et ses postures) : voix grave et gestes millimétrés, donne à chaque morceau une intensité presque rituelle. « Moonlit Cross » clôt le set dans une atmosphère mystique. Une chose est sûre : le combo allemand a gagné de nouveaux fidèles.
13H35. Skiltron – Temple
Dans un registre folk-celtique, Skiltron enchaîne des titres à base de cornemuses, de guitares et de percussions traditionnelles. Leur set s’impose comme un hymne à l’héroïsme: cornemuse et riffs métalliques se mêlent pour créer des hymnes guerriers et entraînants, déclenchant une bonne ambiance parmi les festivaliers.
14H20. Burning Witches – Altar
La scène est envahie par des silhouettes de femmes revêtues de cuir et de clous. Burning Witches, armées de riffs tranchants, des refrains entêtants, solos incisifs et d’une énergie féroce embrasent la foule.
Leur heavy metal, hommage évident à Judas Priest, Accept et Doro, trouve ici un écho puissant, même si la voix de Laura Guldemond est parfois loin d’être juste.
L’énergie dégagée et le sourire des musiciennes donnent au public l’envie de participer à la fête. C’est simple et efficace et c’est ce qu’on veut pour headbanguer sur du heavy classic. Heavy Metal Girls Power !
15H10. Luc Arbogast – Temple
Changement de décor. Sur la Temple, lieu des rites païens et du folk le plus obscur, une silhouette en robe médiévale s’installe. Luc Arbogast. Loin des guitares saturées, il manie le bouzouki et sa voix de contre-ténor arrive comme un enchantement poussant sans limite vers des aigus célestes. Ses chants en vieil occitan et en latin créent une bulle hors du temps.
Les métalleux se taisent, ferment les yeux en se délectant de sa voix hors du commun. On entendrait une goutte de sueur tomber sur une rangers.
Pour donner un équilibre à sa voix claires, Luc invite Necurat de Bliss Of Flesh et son growls plus sombre pour partager un titre
Dans ce royaume de bruit, il a imposé le silence comme une force sûre.
16H00. Nervosa – Altar
Sur la scène Altar, la formation brésilienne Nervosa fait monter l’intensité d’un cran. Thrash affûté, rythmiques fulgurantes et présence incroyable sur scène : les 4 musiciennes de São Paulo montent au créneau avec un ferveur brutale, transpirante et inspirante, prêtes à en découdre. Le public headbangue frénétiquement aux abords des barrières, captivé par cette démonstration de metal impitoyable et maîtrisé dans ces moindres détails.
16H50. Manegarm – Temple
Les Suédois de Månegarm apportent une touche nordique, mi black mi folk à base de chants gutturaux, de guitares sombres et de passages traditionnels avec violon : leur set cultive une ambiance nordique mystique, renforcée par une scénographie sombre et des lumières adaptées à l’esprit viking. L’effet est à la fois mystique et naturel.
19H35. Tankard – Altar
La dose de bonne humeur en thrash moqueur vient des allemands de Tankard et on se dit qu’on aimerait les voir plus souvent chez nous tant c’est un plaisir immense de les entendre.
Des classiques comme « (Empty) Tankard », « Chemical Invasion » ou «Zombie Attack » transforment la fosse en gigantesque fête de la bière à Munich. Les musiciens sourient en croisant des têtes connues dans le public. Ils sont tellement heureux d’être sur scène que cela transpire de bonheur. Les slams et chants « prost! » décuple l’euphorie collective. Le thrash festif et magnifiquement interprété peut aussi être une célébration joyeuse et conviviale.
20H40. Trollfest – Temple
Trollfest instaure une fête à la saucisse sous la Temple avec sa fusion de folk de punk et d’humour potache. Chants maladroits, cuivres festifs, piques satiriques : le concert explose l’ambiance, propulsant grimaces, danses déjantées et chenille géante au travers la foule. Une pause tout en couleurs délirantes où les musiciens sont déguisés en flamants roses avant des sets plus sombres ou la couleur dominante ne peut être que le noir…
21H45. Exodus – Altar
L’atmosphère s’embrase dès que retentit dans les enceintes « We Will Rock You » de Queen, avant que ne montent sur scène le gang américain.
Les thrashers d’Exodus enflamment l’Altar avec comme mignardises « Bonded by Blood », « War Is My Shepherd » et « Brain Dead » pour se mettre en appétit. Riffs massifs, soli rageurs et énergie brute : le public en transe, slame et se bouscule, pogote frénétiquement et chante en chœur sans répit. Heureusement que Rob Dukes est revenu tellement la prestation de Steve « Zetro » Souza au Motocultor l’année dernière était pathétique. Les yeux du public sont rivés sur le boss, c’est à dire Gary Holt pourvoyeur en chef de riffs.
22H50. Wind Rose – Temple
Pour conclure cette journée, Wind Rose déploie son power-folk médiéval non sans humour. Le public qui n’apprécie pas Muse se tasse devant l’entrée de la Temple jusqu’à l’entrée principale du festival créant un gros bouchon. Bravo à eux ! Montées épiques, chœurs enflammés, costumes de chevaliers : le set des italiens évoque l’héroïsme des nains dans la bataille. Une sortie triomphale, entre épées de bois (ou gonflable comme dans les premiers rangs) et refrains guerriers repris en chœur.
Samedi 21 juin 2025 – Day 3
12H15. Witch Club Satan – Temple
En plein soleil de midi, la Temple s’est muée en sauna hanté de muses dévétues. Witch Club Satan déverse un black metal froid et incisif. La rythmique lourde, les rugissements abyssaux et les riffs froids ne font pas baisser la température. Les silhouettes féminines peintes de noir aux visages dégoulinant de corpse-paints et les poitrines dévêtues haranguent le public. Les norvégiennes offrent un spectacle primitif qui électrise une foule à la fois intriguée et subjuguée. Un set court mais percutant qui se termine pour l’une des musicienne debout sur les épaules des festivaliers au milieu de la foule.
12H50. Urne – Altar
Sur l’Altar, le trio britannique Urne, petit protégé par Joe Duplantier qui a produit leur dernier album, livre un show progressif mêlant douceur introspective et passages furieux. Les mélodies montent en tension, jusqu’à l’explosion brutale rythmique. Le chant clair devient l’écho d’une tempête tourbillonnante, capturant l’attention d’un public ébahi par cette montée en puissance émotionnelle et cette technicité maîtrisée.
13H35. Tryglav – Temple
Le black mélodique de Tryglav apporte une dimension mythologique scandinave. C’est le projet solo du Croate géant Boris Behara, mi-Peter Steele, mi-Gregor Mackintosh.
Guitares mi-folk, mi-black, rythme martial, chants parfois en vieux dialecte. Le show au grès des titres oscille entre chevauchées épiques et atmosphères sinistres. L’ambiance devient presque cinématographique : guerriers, forêts et bravoure. Une immersion épique en plein festival : le décor change, l’esprit voyage dans des contrés plus fraîches, ça fait quand même du bien à l’âme.
14H20. Vulture Industries – Altar
Les Norvégiens offre un cabaret gothique et burlesque décalé à la frontière du post-metal et de la musique progressive. Excentricité scénique (avec un écran de leds sur lesquels sont projetés des images complètement psychédéliques), mélodies sombres, ambiances dramatiques joués par des musiciens talentueux. L’Altar se transforme en un mini-théâtre pour musiciens dotés d’une esthétique baroque et d’un humour noir. Les festivaliers, parfois interloqués qui les croisent pour la première fois applaudissent l’audace. Une belle surprise, un moment d’art décalé et un Vulture Industries qu’on n’avait pas vu en France et à Clisson depuis un petit bout de temps.
15H10. Agriculture – Temple
Agriculture distille de sa ferme un post-black metal émotionnel et atmosphérique, à mi-chemin entre Deafheaven et Alcest. Pendant l’intro les musiciens sourient en nous regardant droit dans les yeux en nous poussant à en faire autant. Leur credo est le black metal joyeux. Pourquoi pas ? Les guitares s’envolent en nappes dans un déchaînement de violence. La scénographie est épurée, le public paraît absorbé ou étonné dans cette interprétation musicale asse décalée.
16H00. Persefone – Altar
Les virtuoses andorrans de Persefone propose une démonstration de death progressif et mélodique maîtrisé. Daniel R. Flys, frontman depuis deux ans alterne growls puissants et lignes claires. Les riffs s’emballant en spirales techniques jusqu’au milieu du public qui n’attend que ça. Le contraste entre passages atmosphériques et furie technique fait plaisir à voir. Une performance de haute voltige, ravissant les amateurs de metal cérébral et ils sont nombreux, ici dégoulinant de sueur.
16H50. Spectral Wound – Temple
Le mur sonore de Spectral Wound frappe dur : black metal massif, guitares écrasantes, growls ultra-saturés. Les mélodies sont patinées façon début années 90 avec un chanteur qui ne tient pas en place. Les Québécois propose une prestation furieuse, incisive, sans fioriture nageant dans une noirceur sonore comme le visage de leur frontman.
18H40. Grima – Temple
Décidément je ne sais pas si cela est dû à la météo mais les sibériens sous leurs déguisements doivent être en mode pré-PLS, eux qui viennent de Sibérie pour nous présenter leur sixième album Nightside, alors que le groupe existe seulement depuis 2014. Les russes essayent même de nous rafraîchir avec une neige artificielle qui ne fera pas baisser la température insoutenable sous les tentes désormais peintes en noir !
Leurs masques ressemblent à des visages de monstres des forêts, genre écorce d’arbre. La prestation de Grima tient bien la route entre riffs abrupts, tempo nerveux, voix hurlée et mélodies païennes.
20H35. Satchvai Band – Mainstage 1
Pour les amateurs de shreds, le duo Satriani–Vai offre un moment technique absolu : solos flamboyants, passages jazz‑rock, communion entre les deux maîtres. Une parenthèse de virtuosité, claire et technique au milieu des déflagrations métalliques apportant de jolies mélodies immédiatement reconnaissables. Les sourires des deux icônes en disent long sur leur complicité.
Les guitaristes en herbe doivent sûrement se perdre en accords complètement tordus sur leur air guitars pendant que les deux légendes en changent régulièrement nous laissant apprécier les mélodies distillées sur les différents manches terminant par la reprise « Born To Be Wild » des Steppenwolf chanté par Marco Mendoza.
21H50. Judas Priest – Mainstage 2
Les années passent, les jours s’effacent, les musiciens trépassent et pourtant… il y a des instants qui figent le temps. En ce début de soirée le Hellfest n’a pas simplement accueilli un concert mais une cérémonie, celle d’une des dernière légende. Une communion entre des milliers d’âmes dévouées et un groupe devenu éternel. Judas Priest. Cinquante cinq ans de heavy metal, une carrière forgée dans dans le feu et l’acier des industries de Birmingham (eux aussi). Au centre de cela, un homme, une silhouette, un mythe : Rob Halford. On entend presque les chaînes d’une des vestes de sa garde-robe (facile) traîner sur le sol quand il fait son entrée.
Bien sûr sa voix a changé et ça nous touche. Elle n’est plus l’arme de guerre incisive qu’elle a été. Mais elle a gagné en gravité, en profondeur et en émotion à l’aube de sa carrière. Mais pour gérer cette voix le groupe propose une setlist penchant nettement bers l’album Painkiller avec 7 titres dont le titre éponyme qui n’est plus hélas annoncé comme dernier titre par Scott Travis qui nous demandait quel titre on voulait entendre. Les 3 titres du dernier album n’affolent pas les foules et leurs accents acceptiens détonnent dans la discographie des anglais.
La scène est baignée d’un rouge incandescent. Richie Faulkner incarne toujours aussi bien le guitariste metal en multipliant les poses toujours concentré sur ses solos. Quant à Andy Sneap il paraît plus à l’aise n’hésitant pas à se mettre en avant. Le set n’est pas long (1h15) et ne laisse très peu de place à des échanges entre Rob et « son » public. Comme à l’accoutumé on a le droit à la moto et le metal god, cravache dans la bouche arriver sur «« Hell Bent For Leather ».
22H50. Abbath « Doom Occulta » – Temple
La nuit est tombée depuis longtemps sur le festival, les flammes s’allument sur le site. Les dernières gouttes de sueur s’évaporent dans les airs et la tireuse à bière se remet au travail après la passion soudaine pour l’eau pendant la grande partie de la journée.
La foule s’agglutine pour être au plus proche d’Abbath et de ses musiciens.
Fidèle à la légende, il peut prêter à sourire mais le norvégien dégage quelque chose d’inégalable quand il sort ses riffs gelés sur cette scène qui devient son iceberg. La silhouette imposante fend la scène dans ses gimmicks inimitable tout en restant pros. Il transcende la foule avec des titres puisant exclusivement tirés du répertoire d’Immortal dont les légendaires « Sons of Northern Darkness » et « In My Kingdom Cold » qui ouvre le show sans oublier les incontournables «Tyrants », «One by One » et j’en passe.
Le personnage est attachant et prouve encore ce soir que lorsqu’il est en forme et ne dérape pas est une figure incontournable de la scène black metal.
Un concert sombre comme les nuits polaires, sans compromis, qui montre que même après des décennies, Abbath garde toute sa force cérémonielle et impériale.
01H00. Blood Fire Death – Temple
Clôture rituelle sous la Temple. Le tribute à Bathory mené par des musiciens portés par l’esprit viking n’est autre que le plus gros « super-groupe » de black metal que l’on pouvait imaginer ici. Pour rendre hommage à Quorthon on retrouve sur scène pour interpréter «A Fine Day to Die », Gaahl (Gaahls Wyrd, Trelldom, ex-Gorgoroth) derrière le micro, suivi d’Apollyon (Aura Noir) pour « The Rite of Darkness », « Possessed » et « Shores in Flames ». Grutle d’Enslaved chante sur « Call From the Grave » et Erik Danielsson de Watain sur « Enter the Eternal Fire » et le bien nommé «Blood Fire Death ».
Le back drop géant de Blood Fire Death en impose et nous plonge dans la bataille.
Quant aux autres musiciens on retrouve Ivar Bjørnson (Enslaved) et Blasphemer (Vltimas, ex-Mayhem) aux guitares et Faust (Djevel, ex-Emperor) à la batterie. Le tribute accueille le temps de quelques morceaux comme second bassiste Frederick Melander ayant contribué aux premiers enregistrements de Bathory.
Riffs lents, ambiance nocturne, rituel païen, torches visibles dans la nuit. Malgré la polémique autour du batteur, la représentation s’est tenue dans une quasi-extase collective, dans un esprit bien sombre. Une conclusion mystique pour les fans ultimes du groupe.
Dimanche 22 juin 2025 – Day 4
13H35. Aluk Todolo – Temple
Sous une lumière tamisée, Aluk Todolo transporte le public dans son univers hypnotique où le krautrock se mêle au black metal. Le trio français, connu pour ses concerts minimalistes, joue dans l’obscurité presque totale, éclairé uniquement par une ampoule suspendue, créant une atmosphère mystique et immersive comme on avait pu les apprécier l’année dernière au Samaïn Festival près de Rennes. Les rythmes répétitifs proche du stoner et les nappes sonores plongent les spectateurs dans une transe collective, faisant de ce set une expérience sensorielle unique.
14H20. Signs Of The Swarm – Altar
Le deathcore américain secoue l’Altar avec une intensité brute à coup de moulinets où les bras se transforment en ventilateurs géants sans pour autant faire baisser la température. Signs Of The Swarm enchaîné les titres de son dernier album Pain Remains, équilibre parfait entre brutalité et mélodies plus apaisantes.
16H50. Shaârghot – Temple
La temple déborde car les festivaliers veulent assister à la prestation haute en couleur, dense et brutale de Shaârghot. Visuellement on en prend plein les yeux dans cette univers post-apocalyptique. Les musiciens ruisselant de suie, masqués et entourés des « shadows », leurs partenaires de scène, les « messieurs loyaux » qui interagissent avec le public comme la distribution de faux billets à effigie du groupe.
Chaque titre est une explosion cyberpunk dans les gencives du public, pas de temps mort. Nous sommes lancés dans cette spirale de riffs cinglant, de blast beats indus et de folie délicieuse à regarder.
Nombreux à la fin de la prestation se demandent pourquoi cette folie communicative, étant donné l’affluence n’a pas eu lieu sur l’une des mainstages ?
17H45. Fleshgod Apocalypse – Altar
L’Altar se transforme en salle d’Opéra baroque lorsque les premiers accords de piano résonnent dans la salle. La scène est imposante et élégante : entre le backdrop représentant l’intérieur d’une salle d’Opéra, des crânes au pied des musiciens, piano à queue, pieds de micro aux couleurs du groupe. Les italiens savent ce que veut dire esthétisme et élégance dans une ambiance envoûtante.
Ils interprétent un best-of de leur répertoire pendant presque une heure. Le public ne s’ennuie pas, échange avec le groupe bien heureux d’avoir remplacer Cattle Decapitation au pied levé.
Le death metal mélodique et technique des italiens fonctionne à merveille entre les growls de Francesco Paoli à la technique guitaristique irréprochable, la voix claire de Veronica Bordacchini et les notes de piano de Francesco Ferrini et les tenues baroques.
18H40. Priest – Temple
les puristes de la Temple doivent s’en arracher les cheveux en voyant les suédois déguisé en Daft Punk et C-3PO transformer le lieu en dancefloor à coup de synthés insipides.
19H45. Unleashed – Altar
Les vétérans suédois du death metal plongent l’Altar dans une ambiance old-school, avec des riffs lourds et des growls gutturaux. Unleashed interprète les classiques de leurs premiers albums Where No Life Dwells, Shadows in the Deep et Across the Open Sea offrant aux fans un retour aux racines du genre. L’atmosphère est posée, avec un Johnny Hedlund qui prend son temps pour échanger avec le public entre deux titres. Les fans ultimes sont encore là pour soutenir cette formation légendaire qui n’a pas changé d’un iota tout en restant accessible.
20H50. The Kovenant – Temple
Les Norvégiens fusionne black metal et éléments électroniques dans une performance visuellement saisissante. Caché derrière son kit monumental on entraperçoit un Hellammer survitaminé, bandana vissé sur la tête. Vortex avec son corpsepaint futuriste se délecte des riffs qu’il sort de sa guitare. Les fans savent qu’ils sont chanceux de pouvoir assister à la prestation de The Kovenant qui se fait assez rare. Le groupe interprété tous les titres de Nexus Polaris.
00H15. Eisbrecher – Temple
Les maîtres du Neue Deutsche Härte et metal industriel allemand clôturent la Temple d’une belle manière. Eisbrecher interprète les titres de leur dernier album Kaltfront, comme « Everything is wunderbar », « Waffen Waffen Waffen » et le titre éponyme avec une énergie débordante. Le public averti répond présent, chantant en chœur et créant une atmosphère électrique.
Ils ne se sont pas trompés et c’est une décharge visuelle et auditive qu’ils prennent en pleine tête grâce à la maîtrise totale des allemands. Le frontman Alexander « Alexx » Wesselsky est à lui seul un spectacle entier tant par sa gestuelle, son chant et sa maîtrise de la langue de Molière. Quelle classe, quel charisme ! Et dire qu’eux n’ont pas besoin d’artifice pour nous scotcher par rapport à d’autres ! Danke Schön !!
Cette édition 2025 du Hellfest prouve une nouvelle fois sa diversité musicale et sa capacité d’offrir des expériences uniques aux festivaliers.
Chaque groupe apporte sa touche personnelle, contribuant à l’ambiance générale du festival. Que ce soit dans l’intensité mystique de la Temple, l’énergie brute d’une Altar, la puissance visuelle des Mainstages, la furie de la Warzone et l’originalité de la Valley, chaque concert laisse une empreinte indélébile dans les mémoires.
Le Hellfest est devenu une nation temporaire, où se croisent bikers, gothiques, familles, poseurs, curieux, sorcières, guerriers, rêveurs et vétérans du rock. C’est un pèlerinage musical, un exutoire, une fête musicale bien codifiée.
Le fameux festival des « musiques extrêmes » a changé depuis quelques années pour laisser place à des curieux qui viennent pour une expérience « metal » au détriment des purs et durs des premières années qui se sont tournés vers d’autres festivals plus spécialisés. Ce n’est pas ce qui manque sur notre territoire et en Europe…







































































































































































