Among The Living
Interview

Entretien avec le groupe INSOLVENCY

Nous nous sommes entretenus avec Pierre Challouet, chanteur/bassiste du groupe INSOLVENCY à l’occasion de la sortie de leur dernier opus Illusional Gates.

INSOLVENCY

  • Comment avez-vous traversé cette période COVID ? A-t-elle été plutôt bénéfique pour vous en termes de composition et de travail ou l’avez-vous vécue comme une contrainte ?

La première partie, c’est à dire le premier confinement, a été hyper bénéfique pour nous. Nous étions à la recherche d’un nouveau batteur alors nous avions mis les concerts un peu de côté et en parallèle nous étions en pleine composition du nouvel album. Cela nous a permis d’avoir beaucoup plus de temps. J’avais beaucoup de cours en moins, Bruno faisait du télétravail et avec les trajets en moins, au final nous avons vraiment eu plus de temps pour composer cet album. Pour le second confinement, comme nous avons une association nous avons pu faire des attestations pour aller en studio. En fait nous n’avons pas été trop impactés. Maintenant on le ressent un peu au niveau de la recherche de concerts, mais au niveau de la composition de l’album cela n’a pas été négatif. Après c’est sûr, c’est bien de sortir de cette période tout de même pour montrer ce que nous avons pu réaliser.

  • Ce nouvel album aurait-il été différent s’il n’y avait pas eu la COVID selon vous ?

Oui, forcément. On aurait composé à d’autres moments donc d’autres idées seraient venues. Après COVID ou pas nous savions déjà ce que nous voulions transposer dans l’album. Cela nous a juste permis de libérer du temps pour faire ce que nous avions déjà en tête avant la COVID. Cela n’a pas changé le contenu mais nous a peut-être permis de l’exprimer avec plus de détails, plus de réflexion, plus de recherche. Nous avons fait beaucoup de démos entre-nous avant d’aller sur les productions finales et cela a permis de développer plus de feeling, de production, de détails de recherche de son et d’efficacité.

  • La dernière fois que nous nous étions vus Pierre, tu me disais que ton objectif était de vivre de la musique. C’était vraiment quelque chose qui te tenait à cœur. Aujourd’hui, quelques années après, où en es-tu ?

J’ai toujours la même réalité par rapport à la chose. On avait déjà une certaine maturité par rapport à cela à l’époque, même si on avait des rêves, nous avons toujours eu les pieds sur terre, c’est pour cela que nous avons tous gardé un travail à côté ou des études. Aujourd’hui le but est toujours là, mais nous restons très investis dans nos emplois respectifs. C’est ce rêve qui nous permet de continuer. Parfois on pense que la prochaine étape sera décisive et que de rencontres en rencontres les choses vont aller plus vite. C’est bien d’avoir nos emplois pour garder les pieds sur terre. Malgré tout, ce n’est pas parce que l’on n’en vit pas que l’on ne s’impose pas un niveau élevé d’exigence pour donner le meilleur de nous. C’est un peu comme cela que nous transposons ce rêve, en donnant le meilleur de nous sur l’album.

Cet album-là, c’est vraiment un concentré de rêve et de passion.

  • Du coup le titre de l’album a-t-il un rapport avec cela ? Les illusions qu’on se crée et les désillusions ?

Oui à la fois dans la musique mais aussi au niveau personnel. Effectivement il y a eu un besoin de travailler là-dessus et cela a été une source d’inspiration pour nous.

  • Vous avez à nouveau fait appel à Jim Pinder sur cet album. Peut-on dire qu’il est quelque part le garant de votre signature musicale aujourd’hui ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous avons fait appel à lui. La première c’est son travail que nous trouvons excellent. La deuxième est humaine. Il est incroyable, super sympa de base, très à l’écoute de ce que nous voulons et patient. Il est aussi pointu, il apporte des idées, il est également exigeant et efficace. En fait il a tout ce que nous recherchons. Nous avons tout de même fait différents test-mix avant de choisir de re-travailler avec lui, mais il est vrai que ses mix sont toujours efficaces. Il sait faire ressortir ce qu’il faut. Il n’y avait donc pas de raison de choisir quelqu’un d’autre que lui.

  • Parlez-nous de l’arrivé de Prosper Duffours derrière les futs. Selon toi quel est son apport à INSOLVENCY ?

Mikael n’avait plus envie de s’investir autant dans le groupe, il n’avait plus les mêmes objectifs que nous et il a préféré céder sa place plutôt que de ralentir le groupe dans ses projets. Nous comprenons sa décision et nous restons en bons termes même si cela a été un des premiers coup-dur de l’album. Ensuite nous avons eu pas mal de difficultés à trouver quelqu’un d’autre. Soit pour des raisons de niveau tout simplement, soit il n’y avait pas le désir d’investissement que l’on recherchait. Ou même le feeling. Nous avions mis une annonce sur un site d’une école de musique, et Prosper nous a envoyé une vidéo de lui jouant « Antagonism of the Soul » du premier album et nous avons tout de suite flashé. Il avait un niveau incroyable. On a tout de suite fait un premier Skype avec lui et c’est très bien passé humainement. Dès la première répétition tout s’est très bien passé. Bruno était beaucoup en contact avec lui par messenger et il nous disait « vous allez voir il est hyper sympa ». Il a le même feeling et la même vision de la vie que nous. C’est important car cela fait partie de la cohésion du groupe. Il a la technique, l’implication, on a tout de suite compris que ce serait lui. Cela a mis du temps malgré tout, environ un an et demi après le départ de Michael qui nous a bien dépannés pour quelques concerts. Prosper apporte du peps, on est vraiment contents.

  • Il y a deux featuring sur ce nouvel album avec Ryan Kirby (FIT FOR A KING) au chant sur The Endless Maze mais surtout Chris « CJ » McMahon de THY ART IS MURDER sur le terrible Smother The Candle. Comment cela s’est-il fait ? Je sais qu’il y a plusieurs options, soit se sont des rencontres et des affinités qui se créent lors de concerts ou autre, soit ce sont des featurings rémunérés.

Avec cet album on a vraiment voulu se faire plaisir à 300 %. C’est un album qui nous tient à cœur, on voulait faire des choses qui nous plaisaient vraiment au niveau des compositions. On s’est encore plus investis que sur le 1er album. On voulait apporter une petite touche supplémentaire avec quelque chose qui nous faisait vraiment rêver. On voulait tout donner sur cet album et tirer profit du confinement pour apporter des choses. Et c’est le confinement qui nous a apporté ces idées de faire des feat. CJ de Thy Art Is Murder avait fait une story disant qu’il posait sa voix pour des groupes et qu’il était possible de le contacter. On lui a envoyé une démo, on a discuté, on lui a envoyé la musique et les paroles en lui expliquant ce qu’on envisageait et il a bien aimé. En fait payer ne suffit pas en général, il faut que la personne écoute et aime bien parce qu’ils ont tout de même leur notoriété à garder. Ils ont tous les deux apporté des idées. Pour nous c’est un honneur car on ne pensait pas avoir un retour aussi positif. CJ a vraiment eu l’air d’aimer ce qu’on faisait. Il a fait des propositions et plusieurs tests. Il n’est pas juste arrivé en disant « voilà j’ai fait ce que vous m’avez demandé ». En ce qui concerne Ryan, nous l’avons contacté directement par mail. Même processus, on a discuté, il a écouté nos démos, il a regardé nos textes et parfois modifié des choses puis il a dit « go ». Il a fait un live sur Twitch aussi dans lequel il testait des choses, c’était super sympa. Pour nous c’était un rêve, on ne s’attendait pas à avoir un tel retour de leur part. Pareil pour Jim (NDLR : Pinder) du Treehouse Studio, il bosse avec des rockstars et il nous a dit qu’il aimait bien ce qu’on faisait, il était content, il nous a trouvés super carrés par rapport à ce qu’on lui a envoyé, ça fait plaisir. Ça rassure et ça donne de la force de voir que ce qu’on fait plait à ces mecs-là. Cet album-là, c’est vraiment un concentré de rêve et de passion.


Insolvency


  • Sur Illusional Gates c’est Pierre Le Pape qui s’est occupé des claviers. Lors de notre précédente interview il était déjà là en conseil avant la sortie de votre premier album. Comment s’est concrétisé votre collaboration?

En fait on était déjà potes avec lui avant la sortie de notre 1er album, on le voyait souvent. C’est quelqu’un de bon conseil. Il nous suit depuis vraiment le tout début. Nous sommes de la même ville (Troyes) et quand on a commencé le groupe il commençait déjà à nous suivre et à nous faire jouer de temps en temps sur des petites scènes parce qu’il voyait qu’on avait envie et qu’on se donnait.

  • De souvenir, c’est lui qui vous avait conseillé de ne par partir en tournée avant d’avoir sorti l’album il me semble.

C’est exactement ça oui. Tu t’en souviens c’est marrant ! C’est vrai qu’un album c’est tout de même la vitrine du groupe.

  • Ce sont des rencontres et des conseils qui peuvent parfois être décisifs.

Tout à fait et c’est grâce à cela qu’on en est là aujourd’hui. Et donc, pour revenir au clavier, en fait je prends des cours de chant avec Pierre Le Pape donc on se voyait régulièrement et à chaque fois je lui faisais un peu écouter où on en était de l’album et je lui disais « voilà, on a de claviers, mais on aimerait bien avoir des sons un peu plus travaillés ». Lui s’y connait plutôt bien en orchestre et du coup il nous a vraiment apporté beaucoup de conseils sur comment construire des synthés, même des notes qui sont dans le fond pour en accentuer d’autres. Alors je lui ai dit « tu ne veux pas qu’on travaille ensemble pour l’album ? », et il a accepté tout de suite. 

  • Il a franchement fait un superbe boulot.

Rires ! Oui, je lui dirai.

  • L’artwork de la pochette reste dans les mêmes tons et esprit que votre précèdent opus, malgré qu’il ne soit pas du même designer. Peux-tu nous en dire plus ?

Valentin avait déjà apporté les idées principales, on avait fait des maquettes entre-nous, et ce qu’on voulait c’est un designer qui mette en œuvre nos idées. C’est un designer plus modeste que pour le 1er album, mais il a fait un très bon travail. On a été plus dans l’efficacité et la cohérence en restant dans le thème sur lequel on avait travaillé. C’est vrai qu’on a été plus simple dans l’approche de l’artwork mais sans pour autant enlever la qualité. 

  • A propos de thème justement, lors de notre dernière rencontre tu me disais être inspiré par le côté sombre de l’actualité en général. Est-ce la même démarche ? Ou est-ce qu’il y a un peu plus de lumière dans les thèmes de cet album ?

Alors autant la dernière fois on voulait vraiment parler de toute l’actualité qui nous touchait, là, c’est beaucoup plus introspectif, personnel. On a tous eu un peu des difficultés tout au long de la construction de cet album, et notamment Bruno et moi on a beaucoup voulu exprimer tout cela par les paroles. Tous les morceaux parlent un peu de sujets qu’on avait au fond de nous et qu’on avait besoin d’extérioriser. C’était un peu comme une thérapie.

  • Et alors c’est une thérapie de groupe ? C’est collégial ? Est-ce que les paroles sont soumises à tout le monde et chacun donne son avis ?

Ce n’est pas propre à moi parce que Bruno m’a beaucoup aidé sur les paroles. J’avoue qu’on se laisse plus de liberté sur les paroles que sur la musique. Surtout sur cet album où ça a été personnel. Parfois on se disait « tiens, je te propose d’arranger cette phrase un peu plus comme cela pour que cela donne plus de sens » mais je trouve qu’on s’est laissé énormément de liberté au niveau des paroles parce qu’on sentait que chacun avait besoin d’exprimer quelque chose. C’était plus de l’entre-aide sur comment aider l’autre à s’exprimer, trouver les bons mots. Valentin nous a beaucoup laissés faire. Non pas qu’il ne voulait pas s’investir mais il voyait qu’on avait vraiment envie de se mettre là-dedans. Et il s’y retrouvait aussi. Mais tout ce qu’on fait, on le fait valider par l’ensemble du groupe, mais tout s’est fait de manière fluide et naturelle.      

  • J’ai trouvé qu’Illusional Gates est plus « posé » qu’Antagonism Of The Soul, un peu moins brutal par certains aspects. Qu’en pensez-vous ? Comment ressentez-vous cet album par rapport au précédent ?

Effectivement on a apporté plus de passages d’ambient entre chaque morceau alors que sur le 1er album ça « tabassait » tout le temps. C’était beaucoup plus démonstratif. Quand on aimait bien un riff on le plaçait. En fait, on a voulu faire plaisir à tout le monde de la mauvaise façon. Sur Illusional Gates on a voulu construire plus dans la globalité, comme si ça racontait une histoire. On a plus cherché l’efficacité, l’homogénéité. Ça a été un cap de maturité pour nous de travailler sur cet album, mais il fallait qu’on passe par le 1er car c’était ce que l’on pensait bon à ce moment-là. Pour ce 2ème album le confinement nous a laissé plus le temps de faire des démos, de se rendre compte du rendu et de modifier. Cela a peut-être permis d’avoir ce résultat plus mature, plus posé, mais on a également beaucoup travaillé à la cohérence plutôt que d’avoir un morceau qui part dans tous les sens comme on a pu faire dans le passé.




  • Pendant cette période difficile, beaucoup de groupes ont travaillé et on parfois fait de la rétention de sortie d’album en attendant des jours meilleurs. Aujourd’hui on se retrouve avec pas mal de groupes qui arrivent avec leur nouveau « bébé », comment appréhendez-vous cela ? Au niveau des concerts c’est pareil, il y a une espèce d’engorgement qui va se faire étant donné que les tournées ont été décalées. Comment le voyez-vous ?

C’est très difficile. Déjà on a pris notre temps pour sortir l’album. On a aussi vu avec les agents de presse avec lesquels on travaillait pour essayer de savoir quand serait selon eux la période la plus propice pour le sortir, par rapport à d’autres groupes également. Au niveau promo ça a été plutôt bien fait. Par contre c’est vrai que la recherche de concerts est tout de suite plus compliquée. Il y a plein de tournées des années précédentes qui arrivent aujourd’hui et des nouvelles qui s’ajoutent. Pour un groupe comme nous qui émerge ce n’est pas simple de se faire une place. On travaille beaucoup là-dessus mais ce n’est pas facile. Pour l’instant on va continuer sur la promo de l’album puisque le cycle promo n’est pas encore terminé. On a encore des choses à sortir, notamment deux titres qu’on aimerait mettre en avant, et on avisera après. Pour le moment on laisse venir les choses et on continue ce qu’on a à faire.

  • Mettre en avant des titres cela implique-il de sortir des vidéos ?

Oui, il y aura deux lyric videos, nous travaillons dessus actuellement et nous préparons quelque chose de sympa pour la suite.

  • Une dernière question : quels sont vos coups de cœur aujourd’hui ? Qu’est-ce-que vous écoutez ?

Pierre : Pendant toute une période j’avais limite arrêté d’écouter de la musique, et là je reviens dans le Punk Rock. Mes amours du début : The Offspring, Sum 41, et pas mal de musiques de films.

Prosper Duffours : Je suis à fond dans la Drum and Bass, electro. Je suis allé au « Tomorrow Land winter ». Cela me fait du bien d’écouter de l’electro. J’en écoutais quand j’étais ado.

Et bien merci, on espère vous voir sur scène bientôt.

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