21 Juin 11h30, alors que Hellfest débute, nous avons croisé Max et Zoé de Herrschaft pour parler de la sortie officielle de l’excellent album Le Festin du Lion et leur poser quelques questions. Si vous étiez présents au Hellfest cette année, vous avez forcément dû les croiser durant le festival puisqu’ils ont assuré la promo de leur album en se baladant habillés comme les personnages de la pochette de l’album. L’interview se déroulant à proximité de la Valley avec le début du concert de The Necromancers, la retranscription de la seconde partie de l’interview a été dantesque.



Désolé vous n’allez pas pouvoir y échapper, mais pourquoi avoir mis autant de temps à sortir ce nouvel album ?

Max : Normal !

Zoé : On était préparé ! On savait qu’on allait mettre du temps. On avait fait pareil pour l’album d’avant.

Max : On s’était quand même juré qu’on mettrait moins de 5 ans avant d’enregistrer le nouvel album…

Zoé : Et on a mis 6 ans ! La seule chose que l’on respecte c’est de faire les choses correctement et de faire un album comme on voulait. Effectivement on n’occupe pas le terrain, ça peut prendre du temps, mais on est nos propres patrons et personne ne nous impose rien. On enregistre nous-mêmes, on n’a pas de limite de studio.

Max : Ça nous permet d’avoir un mode de travail en totale autonomie, où on peut travailler et retravailler les morceaux grâce au studio et aux compétences de Zoé. Du coup on peut se permettre de commencer à travailler sur un rif pour un morceau puis de basculer sur un autre titre, et d’échanger, de pas être d’accord. Ça nous permet de construire les morceaux de manière modulaire. On aime prendre notre temps, revenir sur des morceaux.

Zoé : Tant qu’on n’est pas pleinement satisfait d’un morceau, on le sort pas.

Du coup, ce confort d’avoir votre propre studio, ça vous soulage de toute forme de pression ?

Zoé : Oui c’est un avantage et un inconvénient. On travaille de façon très dilettante. On commence une idée, voire parfois plusieurs, et ensuite on se les envoie, on se les renvoie pour échanger pour les retravailler. Sur l’album tu as des morceaux qui datent d’il y a 4 ans. On a un stock de morceaux, dans lesquels on va piocher. Si tout l’album a été composé ou retravaillé récemment, c’est vrai que pour quelques titres, ils sont finalement assez vieux. Tu trouves même un morceau qui à l’origine avait été écrit pour le précédent album, mais qui avait besoin de maturer pour nous satisfaire.

Max : On pourrait presque sortir un album tous les deux mois avec notre stock. Il faut dire aussi que Zoé est sollicité sur pas mal d’autres projets et qu’il faut aussi caser Herrschaft dans tout ça. Ça peut aussi expliquer un peu le délai.

Est-ce que le nouveau line-up a participé à l’enregistrement et la composition de l’album ?

Zoé : Ça va arriver, mais de toute façon depuis le début du groupe, le noyau dur c’est Max et moi.

Max : On aimerait faire participer le line-up pour un vrai album à quatre.

Zoé : C’est pour ça que sur le dernier morceau de l’album Hate Me ce sont les bassistes qui chantent. Ça va se passer de plus en plus comme ça. On les a recrutés comme des mercenaires live mais ça va changer dans le futur. Ça fonctionne très bien.

Herrschaft – Le Festin du Lion

Par rapport à cet album, est-ce qu’il y a une thématique particulière qui se détache ?

Zoé : Oui il y un thème général. Avant on parlait beaucoup de l’humanité dans sa globalité et maintenant on parle plus de l’individu, vu d’une engeance maléfique. Une sorte de diable qui regarde les humains et qui se dit qu’ils ont même plus besoin de lui. Après il y a des morceaux qui sortent de ce thème là comme White Russian en hommage à un pote, Mika Bleu de Blobfish.

Max : Les albums concepts, on l’a déjà fait sur des précédents albums comme Tesla.

Sur cet album il y a pas mal d’invités. Comment vous les intégrez au projet ?

Max : On a imaginé les morceaux pour eux. Ou alors quand on écrit un morceau on se dit, « tiens là il faudrait une voix de tel type ! ». Et une fois qu’ils sont avec nous en studio on les dirige. Mais ce n’est pas juste des guests pour avoir des guests. Ça nous a fait plaisir d’inviter et de faire participer tous ces gens, parce qu’ils sont proches de nous : Baptiste Bertrand (Zus, Chenille), François Duguest (Glaciation, Diapsiquir), Emmanuel Rl Worm (Wormfood), Etienne (Shaârghot).

Zoé : Sur le dernier morceau c’est notre duo de bassistes, Dany Boy et Jessy Christ qui chantent. Jessy c’est notre membre studio, qui fait partie du projet depuis Les 12 vertiges. Danny Boy, on partage également le projet Je t’aime. Il était dans Triste Sire avant. C’est quelqu’un qui a du vécu comme bassiste mais aussi comme chanteur. Faire participer toutes ces personnes, c’est une façon de matérialiser ce collectif qu’on a autour de nous

J’ai parfois l’impression qu’il y a deux identités dans Herrschaft : Celle du studio, sombre et celle sur scène proche du Grand Guignol. Ce dernier aspect est peut-être plus difficile à retranscrire en studio…

Zoé : Mais complètement. C’est assumé. Mais maintenant on arrive à être cynique et marrant même en studio.

Max : En même temps on a eu des retours comme quoi le dernier album était plus théâtral, grand guignol, presque burlesque, un peu moins froid que les autres. Donc ça commence à se ressentir sur la musique studio.

Zoé : De toute façon dans les paroles sur How Real Me Do, tu la sens bien la blague. Dans les nouvelles paroles aussi, c’est beaucoup moins sombre.

On peut dire que sur ce nouvel album, que ce soit les morceaux ou la pochette, on change un peu d’univers. On l’impression d’évoluer dans un monde où se mélange satanisme, secte et magie sexuelle.

Max : On voulait quelque chose de plus ésotérique et toujours très cynique, méchant, théâtral. Il y a le côté grotesque assumé…

Grotesque mais pas ridicule

Max : Grotesque mais pas ridicule !

Zoé : C’est un point important. C’est comme pour le clip d’How Real Men Do. Ça aurait pu très bien passer pour un truc nul alors qu’au final il est très esthétisant, très beau, très classe…

Max : Grotesque mais classe !

Concernant la musique de Herrschaft, il y a eu des évolutions. On n’est plus dans le metal-indus pur et dur sur Le Festin du Lion. Le dernier morceau fait presque penser à du Carpenter Brut ou Perturbator.

Zoé : Le dernier morceau, Hate We, effectivement il est spécial. A partir du moment où on a restructuré le groupe, avec Max on a essayé différentes pistes. Et ce morceau a été une des pistes qu’on a explorées. Et cette piste pourrait très bien représenter le futur de Herrschaft, un truc avec moins de guitare et plus dans ce style. On n’en sait rien, on a essayé, ça nous a plu et ça a terminé sur l’album.

Niveau des concerts j’ai l’impression que ces 2-3 dernières années le rythme est un peu plus soutenu. Ça vous a aidés aussi pour vous motiver à terminer l’album ?

Max : Tout à fait. Le groupe est sur une dynamique de reconstruction, avec un changement de chanteur (Max à l’origine était le batteur du groupe, puis est passé au clavier avant de reprendre le chant), la mise en place sur scène d’un line-up, qui s’est avéré très efficace. Du coup on avait encore plus envie de le partager avec les gens à travers plusieurs dates. Et l’aboutissement de tout ça c’était avec tous ces changements de pouvoir sortir un album qui correspondait à ce qu’est Herrschaft aujourd’hui.

Vous avez prévu de nouvelles choses pour les concerts ?

Max : Petit à petit on rajoute des personnages. Le Satan en bouc va en être un nouveau, même s’il est déjà apparu sur scène.

Concernant le clip, vous avez déjà choisi le titre ? Vous avez déjà des idées ?

Max : On a des idées. C’est comme tout, c’est en chantier. On attendait de terminer l’album.

Zoé : On n’a pas les compétences images d’un réalisateur, mais sur le précédent par exemple, on l’a écrit avec le réalisateur. On a travaillé avec des gens très talentueux, à qui on a apporté des idées, pour en faire quelque chose de bien. Je savais déjà que je le voulais en noir et blanc, avec des motards avec ce look…

Max : Les réalisateurs se sont réappropriés l’idée, on leur a laissé les commandes et ils ont transformé ça en or.

Que ce soit avec le clip ou les prestations scéniques, la provocation fait partie de l’identité du groupe. Et aujourd’hui on vit dans un monde où le politiquement correct règne en maître et où toute forme de provocation est très mal acceptée. Comment gérez-vous cela ? Est-ce que vous avez eu des réactions hostiles ?

Zoé : C’est marrant parce que d’un côté on peut tout se permettre aujourd’hui et dans le même temps tu trouveras toujours des petites voix pour condamner ce que tu fais. Mais je ne trouve pas ça choquant ce qu’on fait, ça nous fait juste marrer.

Max : En toute honnêteté on a toujours bien été accueilli. Et puis on a un public intelligent.

Zoé : On a eu quelques mails d’insultes homophobes de la part de metalleux polonais pour le clip, pour qui la musique metal était sacrée, qu’on avait sali le truc.

Max : On a choqué des polonais qui étaient clairement homophobes, qui n’ont pas supporté la vue du clip.

Zoé : Donc ça nous a fait encore plus marrer. Et on sait maintenant qu’on sera mal accueilli en Pologne. Et puis en terme de provoc, avec The CNK j’ai été bien entraîné. D’autres groupes comme Porn ou Shaârghot ont également rencontré ces problèmes récemment.

Max : On ne fait pas de la provoc gratuite. On est prêt à débattre pour expliquer notre démarche. Mais on sait qu’avec les gens qui pourraient nous attaquer sur ces questions, on ne peut pas discuter.

Aujourd’hui on se rencontre au Hellfest. Vous le vivez comment ? En mode moine-soldat qui enchaîne les concerts ? Fiesta avec les potes ? Un peu des deux ?

Zoé : Jusqu’à hier (Knotfest) on faisait beaucoup la fête mais aujourd’hui c’est la journée promo. Ça devrait se terminer dans la soirée donc on devrait pouvoir aller voir quelques trucs. Mais ça va être dur d’en profiter complètement sur les prochains jours. Samedi matin je fais le son pour Shaârghot.

Max : Avec le Knotfest hier on en a bien profité mais là dans les prochains jours ça va être le déchirement. Forcément on va rater des trucs, à commencer par No One Is Innocent, qu’on aime bien. Gojira on devrait pouvoir les voir. Je me suis réservé mon dimanche soir quand même pour Tool.

Zoé : Shaârghot, Punish Yourself, Combichrist, tout ça va y passer. Ce n’est pas mal cette année au Hellfest pour le metal indus.

A ce sujet on a l’impression que la scène metal indus française est très petite.

Zoé : En fait elle s’est réduite. Il y a quelques années il y avait vachement plus de monde.

Max : C’est dur aujourd’hui, parce que la scène a rétréci, même si aujourd’hui tu as de nouveaux groupes comme Shaârghot, le metal indus en France ça reste une scène bâtarde. En France les gens aiment soit le metal, soit la dark-wave, mais rarement des groupes qui vont mélanger les deux. Et on a aussi du mal à s’exporter. Par exemple en Allemagne les mecs aiment les groupes allemands. Il faut espérer avec la programmation du Hellfest cette année de redonner goût aux gens pour cette scène.

Zoé : Jusqu’à maintenant quand on arrivait aux festivals de metal on était trop électro » et pour la scène électro, on était trop metal. C’est en train de changer. J’avais déjà organisé quelques soirées ou dates il y a quelques années. C’est beaucoup d’argent, de temps. Je le referai peut-être mais pour le moment je préfère laisser ça aux autres. D’ailleurs il y a une grosse date qui arrive le 1er novembre 2019 à Nantes, avec Punish Yourself, Ost-Front, Shaârghot, Geisterwa et nous.


herrschaft


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