Among The Living
Interview

Entretien avec Pierre Lebaillif, chanteur du groupe SURVIVAL ZERO

Nous nous sommes entretenu avec Pierre Lebaillif, chanteur du groupe SURVIVAL ZERO à l’occasion de la sortie de The Ascension leur premier opus. 


Survival zero the ascension


Bonjour, pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

Pierre (chant) : Salut. Nous sommes SURVIVAL ZERO, groupe à la croisée des courants extrêmes, groovy et sombres du metal. Nous nous définissons comme des activistes de la scène metal et musical notamment sur notre région, la Champagne. Nous venons de sortir notre premier album THE ASCENSION chez M&O Music / Season Of Mist. Pour ma part je suis le chanteur de SURVIVAL ZERO.

Comment vivez-vous cette période particulière de confinement ?

Pierre : Nous vivons cette période avec des réalités différentes : il y a ceux qui sont en familles avec leurs épouses et leurs enfants et ceux isolés… Sans quoi le quotidien s’organise entre rattraper les lectures en retard, se mettre aux jeux-vidéos qui commençaient à prendre la poussière, et le télé-travail pour la plupart d’entre nous. Pour ma part, je suis travailleur social et continue mon activité professionnelle comme d’habitude. Nous continuons néanmoins à garder le contact avec le groupe via des apéros-visios où l’on s’échange nos dernières découvertes musicales (la période étant propices aux explorations sur internet). Nous parlons de la promo de l’album qui bat son plein, puis nous commençons à imaginer de nouvelles chansons. Nous étions un peu frustré au début de tout ça car nous avions plusieurs concerts prévus mais passé la frustration, nous avons redirigé notre énergie vers la création.

Vous sortez votre premier opus « The Ascension » avec SURVIVAL ZERO, mais vous n’êtes pour autant pas des « novices » de la scène Metal. Comment s’est monté ce projet ?

Pierre : Effectivement nous jouons dans des groupes depuis 15/20 ans. A nous cinq cela représente une bonne vingtaine de formations différentes dans des registres qui vont du metal extrême au rock ambiant, du punk au thrash. Si nous n’avons pas déjà eu des groupes ensemble par le passé, nous nous croisions sur scène avec nos projets respectifs. Nous nous connaissons tous depuis un petit moment.
En 2017 j’ai lancé l’initiative du groupe SURVIVAL ZERO. J’avais des idées de chansons que j’ai fait écouter à Thibaut, Regis, Ben et Pierre qui ont successivement adhéré au projet.  A cinq nous avons trituré ces idées dans tous les sens en prenant notre temps. Nous nous sommes refusé à précipiter les choses avec des concerts trop prématurés.
En effet, nous avons préféré cristalliser la création du groupe en produisant ce premier album dans la plus complète isolation. Cela nous a permis d’imaginer et mûrir nos idées de musiques et d’univers graphique sans se mettre la pression, juste pour le plaisir de créer une œuvre dont on soit fier collectivement. Aujourd’hui je regarde le chemin parcouru en me disant que le line-up s’est réuni assez naturellement.

Pouvez vous nous en dire plus sur le choix du titre ? Y a-t-il une forme de mysticisme derrière celui-ci, ou est ce tout simplement un besoin de prendre de la hauteur ?

Pierre : Ce titre est arrivé très vite dans la production de l’album. Pour ma part j’attache beaucoup d’importance aux mots. Les mots définissent la façon dont nous percevons la réalité. Ils agissent comme des petits programmes en tâche de fond pour que nous puissions nommer ou penser les choses. En ça George Orwell l’avait bien compris avec la « novlangue » ,dans le roman 1984, qui est une forme de piratage du langage pour permettre une oppression. Si on reprend cette métaphore des mots qui seraient des programmes, le choix d’un titre comme THE ASCENSION a, en quelque sorte « programmé » la façon dont nous pensions notre album. Nous cherchions cette progression vers le haut d’une chanson à une autre, dans la musique comme dans les textes. Nous aurions pu choisir d’autres mots dérivés du verbe « rise » par exemple mais nous cherchions aussi à insuffler une part de mystique à notre musique et notre univers. Le choix du mot « ascension » n’est donc pas anodin puisque ce mot revêt une part de mysticisme. Prendre de la hauteur, au sens métaphorique du terme, c’est aussi interroger des choses que nous pouvons vivre intimement comme des mystères.


SURVIVAL ZERO - The Ascension


On a un peu l’impression qu’il y a un fil conducteur entre les morceaux, sans vraiment parler d’un concept album. Comment avez-vous construit et composé cet album ?

Pierre : Cela fait suite à la question précédente. Déjà il y a eu les idées que j’ai proposé pour les chansons. En groupe, nous avons trituré ces idées dans tous les sens pour que chacun se les approprient. Très rapidement nous avons cherché à créer des ponts entre les chansons. D’une piste à une autre, on retrouve des mélodies, des rythmique ou des suites d’accords qui reviennent. L’idée étant de créer une progression, une sorte de narration par la musique. THE ASCENSION est un concept-album, mais ce n’est pas un album qui raconte une histoire. Les textes aussi ont leurs connexions entre eux.
J’évoque beaucoup l’espace dans les paroles, que ce soit dans la science, la littérature, ou dans les visons qu’en avaient des civilisations antiques, c’est quelque chose qui fascine le genre humain a priori. C’est là-haut, si proche et si loin. Il s’y passe des choses aussi merveilleuses qu’effrayantes, la plupart échappant à notre compréhension. Pourtant nous cherchons, plus que jamais, à s’élever vers l’espace. D’où, encore une fois, le choix de ce titre pour l’album.

Quels sont les thèmes que vous y développez ?

Pierre : Dans l’écriture des paroles, l’espace a été le réceptacle pour parler d’une maladie dont j’ai souffert qui s’appelle la dépression. Quand j’étais malade je me voyais comme chutant dans un trou noir. Je ne ressentais rien et mon rapport à l’espace-temps était différent, plus lent. Puis j’ai fini par être pris en charge et j’ai de nouveau ressenti les choses, petit-à-petit. Mais cette remontée, cette ascension, n’étais pas une ligne droite. Les textes sont les fruits de ces moments. Par contre, dans l’écriture, je m’efforce de rester suffisamment ouvert pour que chacun puisse interpréter les textes librement.

L’ambiance de The Ascension est plutôt sombre, et vous dites (sur FB) que vos textes sont inspirés par la littérature et notamment Asimov et Kafka. C’est une forme de thérapie par la musique ?

Pierre : Désolé mais je ne crois pas à la thérapie par la musique, en tout cas pas tout seul. Il y a la thérapie d’un côté (et il y a des soignants pour ça) puis la musique de l’autre. La musique peut amener de l’équilibre. Elle peut-être un moyen pour penser à autre chose, pour soulager, comme une soupape. Quant aux auteurs comme Asimov et Kafka, le premier est une référence en terme de science-fiction ce qui fait le lien avec l’espace que j’évoquais précédemment. Son écriture est pleine de sagesse. Il a notamment cette phrase que j’aime beaucoup : « la violence est le dernier refuge de l’incompétence » qui est une sorte de mantra pour moi. Pour Kafka, c’est une écriture et des histoires sombres. La Métamorphose et Le Procès m’ont soufflé par leurs pessimismes mais aussi leurs caractères surréalistes. Je trouve l’écriture de Kafka à la fois poétique et sombre. Ça colle bien à ce que j’essaye de faire dans nos textes (toute comparaison gardée).

L’album a était enregistré en plusieurs fois et différents endroits. Pourquoi ce choix ?

Pierre : pour des raisons logistiques. Quand nous avons lancé la production de l’album, Pierre notre bassiste, était très pris par son groupe d’alors, Embryonic Cells. Ils venaient de sortir leur dernier album, et avaient quelques dates, dont le Hellfest. Nous avons convenu ensemble d’enregistrer la basse chez nous. Le reste des enregistrements s’est fait dans le nord de la France à l’Aquastud’ de Mat Chiarello. Mat a abattu un boulot de dingue sur notre album ! Il a su capter l’énergie que nous cherchions à créer. En marge des enregistrements nous discutions beaucoup de notre musique mais aussi de la musique en règle générale. Ces discussions ont participé à enrichir nos chansons. Il nous a proposé des pistes pour les améliorer ou améliorer notre interprétation. Ces moments en studio nous ont tous galvanisé. Le mix, également fait par Mat, est venu valider tout ça. Pour le mastering nous souhaitions, dès le départ, le confier à quelqu’un d’autre. Selon nous, additionner les points de vues sur les différentes étapes de la production participe à enrichir le son. Mais, par souci de complémentarité aussi, nous nous sommes appuyés sur les conseils de Mat pour contacter R3myboy. Il est venu sublimer le boulot de Mat et notre musique avec.

On définit votre style comme un mix de Metalcore et de Death Metal, mais au final on sent bien qu’il y a beaucoup plus d’influences. Comment définissez vous votre style et quelles sont vos influences au sein du groupe ?

Pierre : Quand nous composons on ne se dit pas « faisons un morceau de death ou un morceau de black ». Nous cherchons à trouver la vibration, l’émotion et l’énergie qui nous fera aimer le morceau. Selon nos ressentis, les morceaux peuvent prendre des textures différentes puisant dans le metal extrême, le post-hardcore, le thrash et d’autres. Cela s’explique assez simplement, nous sommes cinq, nous avons joué dans des groupes aux styles variés, nous aimons des choses différentes en terme de musique. Nous avons nos accords et nos désaccords sur des groupes ou des albums. En plus du temps passé à faire de la musique ensemble nous passons aussi du temps à nous conseiller des albums, à faire découvrir des trucs aux autres. Cela participe à enrichir nos goûts et notre propre musique également. Pour te donner un exemple, je vais te parler du morceau « Glorious Nemesis ». J’avais fait écouter aux gars l’idée de base du morceau qui sonnait plutôt thrash et hardcore. Quand ils ont commencé à jammer dessus en répète le morceau a pris une tournure black et death sur certains passage. Je ne m’étais absolument pas imaginé que le morceau puisse s’enrichir comme ça. Aujourd’hui, pour rien au monde, je voudrais qu’il sonne autrement que sur l’album. Par nos influences variées, chacun à amener le reste de la chanson vers le haut. Il en est de même pour les autres chansons.

En cette période d’incertitude concernant une hypothétique reprise des concerts, comment gérez vous SURVIVAL ZERO et la promotion de votre album ?

Pierre : Avec la sortie de l’album nous avions prévus pas mal de concerts qui seront reportés dès que possible. En attendant, le confinement n’est pas incompatible avec la promotion de notre album même si il a fallu s’adapter. La promo nous prend pas mal de temps. C’est super cool et les retours que nous avons sur l’album sont très positifs. Nous sommes très reconnaissant des personnes qui nous suivent et nous soutiennent. Cela nous rend heureux et encore plus impatient de pouvoir monter sur scène.
Pour palier à l’absence de concerts et des rencontres que cela entraîne, nous avons préparés une release party audio qui sera diffusé sur la webradio Hell OnlYne (puis rediffusé par la suite). On y passe surtout de la musique des artistes qui nous influencent, des extraits de THE ASCENSION. On y parle un peu de nous sans trop se prendre au sérieux. On espère que les gens passeront un bon moment avec notre playlist et nos privates jokes. Sinon, nous profitons de l’instant pour ébaucher de nouvelles idées pour de futurs chansons.


Survival zero the ascension


Etes vous pleinement satisfait du résultat avec The Ascension ou êtes-vous plutôt du genre « perfectionniste » à toujours trouver des imperfections partout ?

Pierre : Nous trouverons toujours à redire. C’est notre premier album donc rien que sur la musique en elle-même et le style il y a des choses à affiner. Ça me permettra peut-être de te répondre plus clairement quand tu me demanderas de définir notre style (rire). Sur la production c’est pareil. On peut toujours faire mieux, différemment etc. Au final, même si nous trouvons des imperfections à cet album, nous l’aimons ainsi et c’est tout ce qui compte. 

Vous avez sorti un clip avec le titre éponyme de l’album, sur lequel Pierre Lebaillif (si je ne me trompe pas) joue le personnage principal. Y’a-t-il une part autobiographique dans cette interprétation (personnage torturé et visiblement plongé dans le doute) ?

Pierre : En vérité, c’est un de nos ami, Paul Artaud qui joue dans le clip. Au préalable, en groupe, nous avons beaucoup parlé de l’aspect visuel de SURVIVAL ZERO. Pour le clip nous souhaitions adapter les paroles et l’ambiance de la chanson en images. Partant du principe que j’ai écrit les textes en puisant dans mes propres expériences il y a sans doute une part d’autobiographie dans l’interprétation de Paul. Mais la dépression est une maladie vécu par pas mal de personnes et Paul a eu toute la latitude pour jouer son rôle comme il l’entendait.
Son investissement sur le tournage était complètement dingue ! On faisait une prise où il devait expulser tout son mal-être et quand la caméra ne tournait pas on pouvait se marrer sur tout autre chose. Pour Paul, comme pour Olivier Gobert, qui a réalisé le clip, je leur ai d’abord passé la chanson et le textes. Je leur ai parlé de l’état d’esprit de la chanson. Olivier est également un ami de longue date avec qui j’ai déjà fait des courts-métrages. Avec l’aval du groupe j’ai donc écrit le scénario du clip qu’Olivier a pu penser en terme de rendu de l’image, de cadrage puis de montage.

Avez-vous d’autres projets de clip ?

Pierre : nous y réfléchissons effectivement. Nous allons déjà attendre de pouvoir ressortir pour s’y pencher sérieusement et puis il faudra trouver des idées pertinentes pour adapter nos chansons en images. Il ne s’agit pas simplement de filmer le groupe en train de jouer, ça doit permettre une porte d’entrée vers notre musique et notre univers.

Qu’écoutez-vous-en ce moment ? Vos albums de « chevet ».

Pierre : Pour ma part, il y a beaucoup de choses qui tournent en boucle chez moi en ce moment. Alors quitte à faire dans le name-dropping allons-y : Déjà il y a le dernier album de Barishi, « Old Smoke », un savant mélange de black, de death et de sludge. Ensuite Il y « Obscene Repressed » de Benighted… que dire ? C’est les patrons ! Dans un autre registre j’écoute aussi le dernier album de Leprous. Leur musique s’aère de plus en plus et ce n’est pas pour me déplaire… je suis allé les voir trois fois en concerts depuis la sortie de cet album… Cela m’a permis de redécouvrir Klone qui était à l’affiche d’une des tournées de Leprous. Leur dernier album « Le grand voyage » tourne aussi beaucoup à la maison. Pour finir j’écoute beaucoup deux groupes dans lesquels Mat Chiarello joue et compose : Monsters et The Invisible. Le premier ça peut rappeler Tool dans ses parties les plus catchy, et sa lorgne au limite du metal extrême. Le deuxième groupe, c’est un one-man band d’ailleurs, c’est plus expérimentale. Entre rock et trip-hop. Ce mec est talentueux !

Le mot de la fin est pour vous.

Un grand merci à toi pour tes questions et la mise en avant du groupe sur Among The Living. Il nous tarde de pouvoir refaire des concerts. Merci aux personnes qui liront cette interview. En attendant de se rencontrer lors de nos concerts, je ne peux que vous inviter à faire parler du groupe autour de vous et nous rejoindre sur notre page facebook (notamment). Aussi, en parlant de concerts, je conclurai avec une pensée pour tous les activistes de la culture que la situation met en péril. Nous pensons fort à vous.


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