Among The Living
Interview

Entretien avec Thomas Eriksen du groupe MORK

Nous nous sommes entretenus avec Thomas Eriksen, pour evoquer son projet MORK.

 

Thomas Eriksen mork

  • Te souviens-tu de l’âge que tu avais lorsque tu as découvert le Metal ? Quel a été le premier album que tu as acheté ?
 Cela devait être au début de mon adolescence. Mon ami, plus tard premier bassiste de Mork, et moi sommes partis à la découverte de la collection de disques de son frère aîné. Il était évidemment un peu plus âgé et a acheté des albums à la fin des années 80 et au début des années 90. La première chose que j’ai entendue a été « Annihilation Principle » de Lääz Rockit, que je pense toujours être un album bien heavy. Juste après cela j’ai aussi entendu « In Search Of Sanity » d’Onslaught, dont le chanteur de l’époque, Steve Grimmett, est décédé tout récemment. RIP.
  • Comment es-tu passé du Metal au Black Metal ?

Je connaissais bien le rock classique et le metal, ACDC, Black Sabbath, Iron Maiden, Metallica, Megadeth et tout ça. C’est après avoir vu Mayhem en concert presque par hasard en 2001, que quelque chose s’est déclenché en moi. J’ai voulu faire un peu plus de recherches sur ce qu’était cette musique étrange, brutale, effrayante et rapide. C’est après avoir découvert Burzum que tout a changé et que j’ai été envoûté. Il y avait quelque chose de si triste, mystérieux et dangereux, que j’étais en quelque sorte attiré. C’est probablement à ce moment-là que j’ai commencé à explorer la douleur et l’obscurité en moi.

  • En 2004 tu crées Mork. Et tu publies « Isebakke » ton tout premier album en 2013. Quelles étaient tes attentes à cette époque ?
Aucune attente en fait, je l’ai fait presque comme un exercice. Ou simplement pour essayer de faire un album. Peu de gens connaissaient MORK à l’époque, à part mon cercle le plus proche. Eh bien, j’ai eu une page Myspace pour MORK pendant quelques années, où il y avait en fait un petit public qui me suivait. L’une de ces personnes est même venue à notre concert à San Diego en 2019, ce qui était assez dingue mais cool. Peu d’efforts y ont été consacrés, car c’était vraiment simple et basic et assez facile à enregistrer. J’avançais à tâtons en m’assurant de capturer la sensation et l’atmosphère que je voulais. J’avais déjà enregistré la démo de « Rota Til Ondskap » et aussi deux ou trois autres démos qui n’ont jamais été publiées. Ce n’était donc pas mon premier essai avec le Black Metal. Mais cette fois, j’y suis allé à fond et j’ai fait en sorte que ce soit un produit complet que je pourrais appeler un album.
Au début Mork était un one man band est-ce exact ?

Depuis le début et encore aujourd’hui MORK est un one man band et le produit de mon seul esprit.

  • Rapidement tu constitues un line up pour les concerts avec trois autres musiciens. Est ce que les quatre d’entre vous se connaissaient depuis longtemps ?

Oui je connais Alex (guitariste) et Rob (bassiste) depuis longtemps. Nous sommes amis depuis l’adolescence. J’ai appris à connaître Malignant (batterie) quand je lui ai demandé de me rejoindre en 2017. Ce sont toutes des personnes formidables et des amis sans qui je ne peux imaginer vivre. Nous partageons un lien fraternel spécial et aimons parcourir le monde ensemble.

  • MORK a été créé à Halden, cette ville assez proche d’Oslo. Avais-tu des interactions avec d’autres groupes ou musiciens à Halden, Oslo ou d’autres lieux en Norvège ?
Mork, (à savoir moi-même) a toujours été un solitaire dans l’âme. Avant de commencer à faire du Black Metal je ne connaissais personne d’autre que ce soit dans cette scène ou dans d’autres groupes. Halden n’a jamais eu d’autres groupes de Black Metal donc c’est réglé. Les années qui ont suivi le début de Mork j’ai circulé un peu plus et j’ai pu connaître pas mal de gens dans le même genre bien sûr. Aujourd’hui cela fait plus ou moins 18 ans que je fais cela donc naturellement je connais beaucoup de monde.
  • Après ce premier opus tu as sorti « Den Vandrende Skygge » en 2015, « Eremittens Dal » en 2017 et « Det Svarte Juv » en 2019. Comment vois-tu ces trois albums ?

Je les vois tous comme faisant partie d’une évolution. On peut clairement s’en rendre compte en les écoutant à la suite. Du plus primitif « Den Vandrende Skygge » jusqu’à « Det Svarte Juv » et « Katedralen« . Ils ont chacun leur identité bien sûr, et ont leur propre âme et leurs propres sensations. Ils représentent tous une époque de ma vie. Je suis fier de tous mes efforts. Ils font partie de ma personnalité et de mon être.

  • En 2017 il me semble bien que tu as signé un contrat avec le label légendaire Peaceville Records (Darkthrone, My Dying Bride, Autopsy et bien d’autres). Que penses-tu de ce label et comment as-tu pris contact avec eux ?
Je savais que Darkthrone travaillait avec eux ce qui bien sûr les rendait très attirants pour moi, et j’ai eu beaucoup de retours positifs de la part des gars de Darkthrone les concernant. Donc je les ai tout simplement contactés. On m’a dit qu’ils ne signaient pas de nouveaux groupes mais je suppose qu’ils n’ont pas pu résister à Mork. Je suis très heureux de travailler avec eux et j’espère qu’ils peuvent dire la même chose de moi. Tout va bien jusqu’ici.
  • La mythologie, la misanthropie et les ténèbres sont des thèmes très souvent employés dans le Back Metal. Est ce que Mork explore ces territoires également?
Les paroles de Mork sont écrites comme des poèmes. J’écris des mots sans musique à l’esprit. Donc ce sont des choses que j’ai en tête. Beaucoup de thèmes sont autour de la misanthropie et de ses propres ténèbres.
  • A propos des paroles utilises-tu des références plus ou moins métaphoriques ou philosophiques ?
Un peu des deux je dirais. J’aime voir un texte comme une peinture avec des mots. Certaines paroles sont directes et d’autres un peu plus profondes. Il y a beaucoup de mes propres réflexions sur la vie et les facettes de l’être humain.
  • MORK compose ses textes en norvégien comme Darkthrone le faisait, Dimmu Borgir également à ses débuts et bien d’autres encore. Est-ce une sorte d’héritage ou quelque chose d’autre pour toi ?
La raison principale vient de cette influence propre à Burzum et à Darkthrone. Quand j’écoutais et je lisais ces paroles en norvégien ça me frappait fortement. C’est difficile à expliquer mais je sentais mon vieux sang norvégien circuler plus que jamais quand j’écoutais cette musique. Une atmosphère sombre, froide et secrète.
Je pense que mes textes doivent être dans ma langue maternelle car c’est quelque chose de plus profond et de plus personnel.

MORK- Katedralen

 

  • Avec ton dernier album « Katedralen » tu as obtenu de très bonnes chroniques. Tu as intégré de nombreux invités de renom tels que Dolk de Kampfar, Eero Pöyry de Skepticism ainsi que Nocturno Culto de Darkthrone. Peux-tu nous en dire un peu plus concernant ces collaborations ?

Dolk est venu dans mon studio et a écouté le morceau « Født Til Å Herske« . Immédiatement, il a compris le sujet et a eu d’excellentes suggestions. Il a trouvé ses propres mots qui étaient une réponse à mon texte. Il est créatif, talentueux et c’est un gars génial.

Nocturno Culto est également venu et a passé un week-end chez moi. J’ai senti que le morceau « Svartmalt » lui convenait bien, étant comme un pavé de Black Metal que tu te prenais en pleine face. Il a aussi fait un morceau pour moi en 2016. À l’époque, il a mis des voix sur la piste « Hudbreiderens Revir ». Nous avons donc déjà travaillé ensemble. Comme le dit Fenriz : «Ted is always steady».

Lors de l’écriture et de l’enregistrement des dernières parties de la chanson-titre « De Fortapte Sjelers Katedral« , j’ai eu une sensation de Funeral Doom avec les riffs et le tempo. Skepticism étant l’un des premiers groupes de ce sous-genre « extrême » que j’ai entendu à l’époque, j’ai senti que ce serait une façon cool de boucler la boucle en le faisant participer à mon album. Heureusement, j’avais des contacts qui m’ont conduit à lui et il m’a fait le plaisir d’enregistrer des parties d’orgue. Le reste c’est de l’histoire. Je suis honoré.

  • Tu as travaillé avec David Thiérrée pour « Det Svarte Juv » et « Katedralen ». Comment as tu découvert son art ?
Oh cela devait être par le biais de l’album solo de Nocturno Culto intitulé « Gifts Of Gods » en fait. Je suis extrêmement content des pochettes qu’il a rélisées pour moi au fil des années. Quel talent assurément. De toi à moi il a également fait la couverture de notre prochain album.
  • Musicalement parlant Mork a évolué depuis ses débuts.  Plus de mélodies et parfois des vocaux clairs. Est ce que tu désirais créer quelque chose d’un peu différent ou repousser les frontières du Black Metal ?
C’est assez amusant en fait. Alors que je repousse mes propres frontières  je fais la même  chose dans le Black Metal. Mais pas vraiment peut-être, finalement. Le Black Metal est un genre bien vaste aujourd’hui avec différents styles d’influences. Mais pour moi, dans mon univers, il n’y a que MORK. Ainsi j’évolue et j’expérimente en suivant mon propre chemin pour ainsi dire. Aujourd’hui je me préoccupe peu des frontières et des règles fixées dans le Black Metal. Ce qui est important pour moi est de m’exprimer et être libre de tout. N’est ce pas ce qu’est la musique après tout ? La liberté.
  • Parlons maintenant du nouvel EP disponible en vinyle le 16 septembre. Comment s’est déroulé le processus de composition ? Et à propos de la couverture et des paroles que devons nous savoir ?
Bien sûr. C’est mon deuxième EP chez Peaceville, le premier étant « Pesta » en 2020. C’est pour combler le vide entre les albums. J’aime beaucoup le format et le concept car nous pouvons jouer avec le contenu. Un album est strict, mais un EP comme celui-ci peut être un mélange. La chanson-titre par exemple est une laissée pour compte de « Katedralen« , mise de côté pour ne pas dépasser une certaine longueur d’album. « Født Til Å Herske » est un ancien mix avec des instruments à cordes ajoutés par Freddy Holm. Et il y a aussi quelques morceaux live de notre concert de release au Sentrum à Oslo l’année dernière. La chanson-titre « Den Svevende Festning »  est basée et inspirée de la forteresse Fredriksen de Halden en Norvège. La pochette est composée de dessins historiques de la forteresse. La mise en page, les polices et l’aspect général sont également inspirés des impressions de cette époque, le 17ème siècle.
  • Mork a joué au Wacken Open Air ainsi qu’à Midgardsblot cet été. Ce dernier a été un véritable blast. Quels souvenirs gardes-tu de ces expériences ?
Le Wacken a été un objectif pour le groupe depuis la toute première répétition. Nous étions dans les premiers à être annoncés sur l’affiche de 2020, mais nous savons tous ce qui s’est passé. Heureusement, après que la crise sanitaire se soit dissipée, nous avons de nouveau été invités à jouer cette année. Je crois que c’était la plus grande foule pour nous à ce jour. C’était incroyable. J’espère que nous pourrons revivre ce type d’évènement à l’avenir. Le spectacle a été filmé par une équipe professionnelle et était apparemment aussi sur de grands écrans sur les côtés de la scène, ce qui était une première pour nous, haha. Le film est maintenant disponible en ligne. Concernant Midgardsblot, c’était notre deuxième fois, c’était génial. C’était vraiment un bon spectacle et un super public affamé de musique live. Notre bon ami et partenaire John de Gray Gull Productions a filmé, donc je suppose qu’il y aura des vidéos qui sortiront prochainement.
  • Tu as semblé bien enclin à faire des soirées DJ à l’Inferno entre autre. Quel type de souvenirs gardes-tu de cette expérience ?
Je le fais pour l’Inferno depuis plusieurs années ainsi qu’au Kniven Bar à Oslo de temps en temps. C’est amusant tout simplement. J’aime sortir et passer de la musique, parler avec les clients du bar et passer un « good ol’ time ».
  • Il semble que tu apprécies tout particulièrement enregistrer des podcasts. Comment as-tu trouvé cette excellente idée ?

 Ca m’est venu lorsque nos premiers spectacles ont été annulés en raison du covid. Je me suis dit que c’était le meilleur moment pour commencer à faire un podcast. Je n’avais aucune expérience, mais j’étais intrigué par le format. Je ne m’attendais pas à ce que mes podcasts gagne un public aussi massif, pour être honnête. C’est de plus très motivant d’entendre de la part d’autres podcasteurs que j’ai été une inspiration qui les a poussés à s’y mettre aussi. Je suis très lent ces jours-ci cependant, car je suis occupé avec MORK. Je suppose qu’il y en aura d’autres dans quelques temps, mais qui sait. Merci à ceux qui ont écouté ces podcasts.


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