Entretien avec avec T. (guitare / chant) et M. (chant) du groupe (Dolch)

Bonjour et merci de nous accorder cette interview.
Pouvez-vous revenir sur les débuts du groupe, quand a-t-il été créé ?
Nous avons commencé la musique il y a dix ans. Nous sommes à Berlin. L’année prochaine ce sera les dix ans de notre première démo. Elle s’intitulait « Demo I ».
Vous avez sorti votre premier album « Feuer » en 2019 via le label Ván Records. Quelles étaient vos attentes à cette époque ?
T : Des attentes ? Nous n’en avions pas vraiment nous avions fait deux démos avant. C’était notre premier véritable album. Nous y avons mis beaucoup d’énergie. Chaque parole signifiait beaucoup pour nous. « Feuer » veut dire feu bien sûr, mais pas dans le sens feu de camps. C’est plutôt le feu qui brûle en nous. Il n’y avait pas plus d’attentes que cela. On avait travaillé si dur dessus. Les retours étaient super. Alors, effectivement les attentes pouvaient être que le public l’aime autant que nous. C’est tout ce qu’on pouvait espérer.
Pourquoi avez-vous choisi ce type de logo sans lettres ?
T : Le logo d’origine est un couteau avec la lame vers le haut. C’est un signe militaire. Mais nous avons retourné la lame pour en faire un signe non militaire. C’est une protection, comme un bouclier. Cette lame signifie le combat mais nous ne voulons pas le combat c’est pourquoi elle est retournée. En fait nous pensions nous n’avions pas besoin d’un nom. Un logo nous semblait suffisant. Mais les gens nous demandaient toujours « c’est quoi le nom de votre groupe ? Comment peut-on l’écrire ? Triangle-couteau ? ». Alors on a dit non c’est une dague et cela se dit « (Dolch)« . C’est vraiment un symbole de protection tu peux le noter.
Vous avez sorti votre deuxième album intitulé « Nacht » en février 2022. Pouvez-vous nous parler du processus de composition ?
T : En effet, notre second album s’appelle « Nacht« . Il fait suite à notre premier album « Feuer » et il y en aura un autre, un troisième, qui s’appellera « Tot« . Cela fera une trilogie : Feu, Nuit, Mort. Nous avons commencé la composition il y a longtemps. En ce qui concerne l’écriture, j’ai des idées de riffs, des mots. Nous sommes partis à Los Angeles dans un studio tous les deux avec le producteur. En Bavière il y a un autre studio où nous avons été rejoints par le reste du groupe et où nous avons travaillé sur les détails. Mais en fait c’est nous qui initions le processus de création. Je ne suis pas un si bon guitariste mais je peux chanter un air et M. vient avec des mélodies et des mots.
Vous travaillez comme un duo donc ?
M : Oui en quelque sorte.
T : Bon ok… je fais la majeure partie. (Rires). J’ai beaucoup d’idées. Puis tu viens avec des paroles, une mélodie, on essaie de travailler dessus, jusqu’à ce qu’on se dise que cela pourrait être un titre pour (Dolch). Mais ce n’est pas si simple car nous ne sommes pas vraiment professionnels. On fait ça tout seuls. Les premières démos ont été faites dans notre chambre (rires).
Pourquoi Los Angeles ?
T : Nous voulions avoir le luxe de ne pas être à domicile, avoir une autre énergie spécialement pour « Nacht« . C’est moins rock c’est plus une atmosphère à la Twin Peaks. Nous voulions ce genre de feeling urbain. Et nous voulions aller quelque part ailleurs et ne pas rester à Berlin car quand on est à domicile, tu sais ce que c’est : on va au studio et on retourne chez soi, tu vois, ce n’est pas la même chose. Studio maison, studio maison. Los Angeles c’était une chance car le producteur avait sa copine là-bas, et elle l’a mis en contact avec des studios. Puis il nous a dit qu’on pourrait y aller pour enregistrer. Au début c’était un peu une blague : « Mais oui… ok… on va aller à Los Angeles mais bien sûr… ha ha ha ! ». Et il a dit : « J’ai commencé à regarder pour un studio il y a celui-ci…, celui-là… » alors on a dit : « Ok allons-y ». Nous avons donc commencé à rassembler tout l’argent que nous avions et nous avons pris l’avion.
Combien de temps êtes-vous restés à Los Angeles ?
T : On est juste restés une semaine pour l’enregistrement. Puis nous sommes restés deux semaines de plus en vacances. Nous sommes allés dans le désert, tu sais, à Joshua Tree. Tu connais l’album de U2 « The Joshua Tree » ?
ATL: Oui bien sûr.
T : Nous y avons enregistré des parties de violon que nous retrouverons dans le prochain album (rires). En fait, c’était vraiment sympa. On a dépensé beaucoup d’argent mais c’était cool. On s’est vraiment bien amusés (rires), je me rappelle de tout. L.A est une ville difficile : il y a trop de monde, on dirait que personne ne travaille, il y a beaucoup de voitures. Mais c’était vraiment mieux que d’enregistrer chez nous.
Vous officiez dans une sorte de mix de Gothic et de Dark Wave. Qu’en pensez-vous ?
M : Je ne désapprouve pas.
T : Certains disent Dark Rock, mais je dirais que c’est parfois du juste du Rock, au niveau des guitares.
Au début vous étiez plutôt étiquetés comme une sorte de Doom/Black qu’en pensez-vous ?
T : Je ne prête pas trop attention aux catégories et à ce que les gens disent. On ne s’assied pas en se disant la prochaine fois ce sera comme ceci ou comme cela. On est ouverts. Cela peut être de la musique Rock la prochaine fois comme je disais.
Mais il peut y avoir du violon sur une autre chanson plus atmosphérique, moins de musique Rock, plus proche de la musique classique. Cela dépend toujours de ce dont tu veux parler, du sujet. Sur « Feuer » on avait plus de guitares et sur « Nacht » on voulait une atmosphère plus du genre cauchemar. Sur « Tot« , c’est plus du violon, plus proche des sonorités de Dead Can Dance. Cela dépend toujours de ce que l’on fait, de ce que l’on ressent. On se fiche des étiquettes.
Quelles étaient vos premières influences ?
T : Nous venons de la scène Punk et nous adorions Urfaust et Cocteau Twins. Bien-sûr au niveau du son de la guitare on peut aussi citer Burzum pour les premières démos, même si le gars est … enfin… La musique est bonne.
M : Surtout Urfaust car c’est intense dans la façon de jouer. Ils sont juste deux et cette façon de chanter ! Tu peux ressentir une telle intensité. On ne comprend pas vraiment les textes mais on peut sentir l’intensité et la passion de jouer.
T : Je me rappelle que Urfaust tournait avec The Devil’s Blood. Quand Urfaust a joué, c’était wouaouh ! C’était si minimaliste et si sombre, une folie. J’ai adoré. Et c’est aussi pour cela qu’on est super contents de signer avec Ván Records car c’est également leur label. En plus tous les gens sont super sympas donc c’est parfait pour nous.
Avez-vous rencontré les membres d’Urfaust ?
T : Oui ! Et j’ai toujours rêvé de faire une tournée avec eux mais ils ne jouent pas si souvent donc c’est très difficile à ce niveau. Le batteur Jim est un de mes bons amis maintenant nous nous voyons de temps en temps. (NDLR : l’interview a été faite le 5 Août 2023 soit avant l’annonce de l’arrêt des activités d’Urfaust).
M : Mais nous avons eu la chance de tourner avec The Ruins Of Beverast
T : Oui c’est vrai ! En fait, Ván Records nous correspond totalement au niveau musical. (NDLR : The Ruins Of Beverast est également chez Ván Records)
M : De plus, ils font beaucoup d’efforts au niveau du design des disques.
T : Ils ont un côté artistique qui leur est propre. Quand tu vois ce qu’ils sortent c’est très beau.
M : Ils ajoutent de la puissance au disque. C’est peut-être un petit peu plus cher, mais ils produisent tout en Allemagne ou en Europe Centrale. Rien n’est fait « bon marché » en Chine. Tout est fait en Allemagne près de Herzogenrath (ville du label) et c’est de bonne qualité. J’aime vraiment ça aussi.
Vos artworks sont très sobres. Que souhaitez-vous transmette à vos auditeurs ?
T : Effectivement on aime les designs simples et on souhaite laisser les auditeurs imaginer ce qu’ils veulent par eux-mêmes. Tu sais, tu vois les choses avec ton propre cerveau et tes idées. Bien-sûr, en ouvrant il y a des dessins et les textes mais il n’y en a pas trop. Le feu un symbole simple et basique. Tu le mets sur un extincteur et tout le monde comprend de quoi il s’agit. J’aime les designs simples. C’est juste ce dont nous avons besoin, rien de plus. C’est l’idée, nous n’aimons pas trop montrer nos visages. Nous sommes plutôt cachés derrière le groupe. Même sur les réseaux sociaux, nous ne sommes pas très présents. Nous voulons que la musique et le logo parlent par eux-mêmes. Juste quelques images mais pas trop. Nous ne sommes pas du style : » Ah regardez ceci est notre petit déjeuner, voici ce que nous faisons, etc… ». Ce n’est pas intéressant, nous souhaitons mettre l’accent sur notre art. C’est aussi ce qui explique la simplicité de l’artwork.
Concernant les concerts, vous avez joué au Roadburn à Tilburg en 2017, à l’Imperium à Halden en 2022 ainsi qu’au Beyond The Gates festival à Bergen ce mois-ci. Quels types d’expériences avez-vous eu lors de ces concerts ?
M : L’Imperium était un peu étrange car jouer avec toutes ces légendes du Black Metal devant si peu de monde, je ne sais pas, peut-être une centaine de personnes. Alors qu’il y avait Gehenna, DHG, Carpathian Forest c’était fou. C’était génial. Le lieu également, la forteresse, est superbe. Mais tout de même, tous ces groupes ensemble et seulement une centaine de spectateurs ! Enfin, ce fut une grande expérience en tout cas.
T : C’était la toute première fois que nous jouions en plein jour. Nous avons l’habitude de jouer dans le noir, et sur le coup je me suis vraiment demandé si cela allait me plaire. J’avais l’impression qu’on ne ressemblait pas à grand-chose, je le sentais moyennement bien. Mais une fois sur scène tout allait bien. Je me suis dit on va le faire, on est dans un château, en plein jour, et on va y aller. On a pris une rasade de whisky et au final on a passé un bon moment sur scène.
M : Le Roadburn était aussi super, très professionnel.
T : Ouais c’était excellent. On ne jouait pas sur la plus grande scène, mais le public était bien compact, il y avait environ 300 personnes devant nous et il y en avait encore à peu près 300 autres dehors qui ne pouvaient rentrer, c’était fou. Au Roadburn ce n’est pas toujours simple car lorsque tu veux voir tel ou tel groupe, il faut anticiper un peu. C’était dingue. C’était un très bon show avec une bonne vibration avec le public. On était super nerveux à l’idée de faire un truc aussi gros.
C’est un honneur de jouer à Beyond The Gates.
M : Et tu sais, nous n’avions pas fait tant que cela de concerts avant cela.
T : Oui, c’était notre cinquième concert. On avait fait juste une petite tournée avant. On était encore débutants sur scène. Le Roadburn était bien aussi parce qu’on avait un pass backstage et on a pu rencontrer My Dying Bride. On a passé du bon temps avec eux. Il y avait aussi Mysticum qui jouait. C’était si dingue de les voir. C’était wahou !
M : Beyond The Gates était super également malgré quelques petits problèmes techniques.
T : Ah oui, la première guitare ne fonctionnait pas, la seconde non plus, j’étais comme fou.
M : On était là, on devait commencer à jouer et les deux guitares étaient hors service.
T : Un technicien à arrangé le truc, mais je ne pouvais pas bouger, sinon il n’y avait à nouveau plus de contact et donc plus de son. La guitare n’était pas la mienne alors ce n’était pas trop simple. Mais vers la deuxième moitié du concert je me suis senti plus à l’aise, le public m’a donné de l’énergie et j’ai adoré. On a rencontré plein de festivaliers et qui nous ont félicités et remerciés donc ça va. C’est un honneur de jouer à Beyond The Gates. Regarde un peu les groupes : nous avons joué avec Gorgoroth, Kreator, Pentagram. Nous sommes très honorés. Vraiment c’était une grande expérience.
Vous êtes sous contrat avec Ván Records. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à propos de cette collaboration ? Et que pensez-vous du roster du label ?
T : En fait on n’est pas uniquement en relations de travail, nous nous entendons bien. C’est un label assez familial. Par exemple les gars de Ruins Of The Beverast qu’on a rencontrés ensemble hier tu te souviens ?
ATL: Oui oui
T : Ils sont sur le même label. Et le gars qui s’appelle Sven, c’est le propriétaire du label. On était à son mariage. Ce n’est pas que du business. C’est un peu La Cosa Nostra italienne (rires), mais dans un bon sens tu sais, évidemment nous ne sommes pas une Mafia ! C’est juste comme une famille. Sven est un grand fan de notre musique mais on ne parle pas que de business lorsque nous nous voyons. On pourrait peut-être aller sur des labels plus importants, j’ai des amis qui sont sur des labels plus grands, mais je ne pense pas qu’ils aient une meilleure collaboration. Nous sommes contents. Nous ne pouvons pas en vivre, mais nous pouvons sortir de bons disques.
J’aime ce roster composé de groupes de Black Metal.
M : Et il est toujours ouvert à de nouvelles idées que ce soit pour le design ou autre.
T : Il nous soutient dans ce que nous voulons faire. Il a organisé une belle tournée pour nous avec King Dude et The Ruins of Beverast. King Dude, tu connais ? C’est une sorte de Johnny Cash en dark. Nous étions en tournée avec eux à travers l’Europe. J’aime ce roster composé de groupes de Black Metal. Ce sont de très bons groupes, même si je n’aime pas tout bien sûr. Sven est toujours à la recherche de nouvelles choses. Il ne se cantonne pas à un seul style de musique. Il vient du EBM (Electronic Body Music), c’est comme Front 242 dans l’idée. Il aime ce genre de Dark Experimental. On est juste super heureux de faire partie du label.
Quand j’écoute votre musique, cela me fait penser à des formations telles que The Gathering ou encore Darzamat de Pologne. Qu’en pensez-vous ?
T : The Gathering, quelques personnes nous en parlent de temps en temps, c’est amusant. Je les aime bien. Ils ont enregistré deux ou trois albums dans la ville d’où je viens, au Woodhouse studio à Hagen. Tiamat, The Gathering et Grip Inc (groupe de Dave Lombardo) ont enregistré là-bas.
A l’époque c’était un des plus gros studios en Allemagne. The Gathering était très connu à la fin des années 90 vers 1995, 1996. Mais nous en fait on ne les connaissait pas trop. On jouait dans un groupe de punk avant. Mais bon oui, il y a peut-être un peu de The Gathering dans notre musique. En tout cas, je le prends comme un compliment.
Votre musique sur « Nacht » est bien sombre. Il y a une petite touche gothique. Pouvez-vous me dire de quels sujets traitent les textes ?
T : Nous parlons beaucoup de la dépression. « Nacht » est comme une métaphore de l’état dans lequel tu es. Bien sûr tu peux le prendre comme le fait de partir dans la nuit : tu sors, la nuit tombe, etc… Mais c’est plus les ténèbres qui t’enferment, les pensées sombres. Le titre « I’m ok » traite de la dépression. Il y a aussi des titres sur la sexualité, sur le désir, par exemple le désir d’être touché que l’on retrouve dans « Into the Night ». C’est un désir confus d’être seul mais en même temps avec quelqu’un.
Il y a aussi ce morceau « Bird of Prey » ?
T : Oh oui ! Ce morceau traite de la paranoïa. C’est un bon exemple. On pourrait penser que ce sont deux personnes qui se parlent, mais en fait, tout se passe dans le même cerveau. C’est plus du genre « ok est ce que cette Télé me parle ? Est-ce que cette personne me regarde ? Est-ce que quelque chose ne va pas ? » C’est la paranoïa, la schizophrénie. Cela te rend fou et terrifié. Dans ma vraie vie je travaille dans le social et je connais un peu ces choses. La dépression peut arriver à tout le monde. Dans les textes, on essaie de capter la peur, comment cette paranoïa, cette schizophrénie agit. « Bird Of Prey » c’est quand la peur t’étreint. On voulait que ce soit inconfortable. Ce n’est pas un texte « agréable » tu vois le sens ?
ATL : Oui, tout à fait.
Connaissez-vous des groupes français ?
T : Oui, Alcest. Et… heu… Bon, en fait je ne connais pas tant de groupes français.
M : Je pense que oui mais comme je ne regarde pas toujours d’où viennent les groupes je ne sais pas trop du coup.
T : Il y avait Massacra à l’époque, un groupe de Death Metal.
Peut-être connaissez-vous Deathspell Omega et Blut Aus Nord ?
T et M : (en choeur) Oh mais oui bien sûr !
T : Ahhh ! Blut Aus Nord évidemment ! J’aime vraiment beaucoup. C’est très bon, spécialement les anciens albums. Nous allons être en tournée en France avec un groupe de première partie mais nous n’avons pas encore de nom.
Pouvez-vous nous citer quelques albums que vous aimez écouter chez vous ?
M: Ca dépend de mon humeur en fait. C’est difficile comme question.
T : En ce moment j’écoute Bruce Springsteen « A Letter to you« , et Massive Attack « 100th Window« .
M : Moi j’adore écouter Herbert Grönemeyer « 4630 Bochum« . C’est un chanteur allemand, un peu âgé, mais j’aime beaucoup. J’écoute aussi The Ruins Of Beverast « The Thule Grimoires » et Iron Maiden. J’en suis tombée amoureuse après les avoir vu à Munich.
Et donc vous disiez tout à l’heure que vous alliez tourner bientôt en France ?
T : Oui en octobre, le 26 à Tours et le 27 à Paris (Glazart).
Merci beaucoup pour cet échange.


