Among The Living
Interview

Entretien avec Gautier Serre d’IGORRR

Entretien (par mail) avec Gautier Serre, l’occasion de parler du nouvel album d’IGORRR Spirituality and Distortion  sortie le 27 Mars dernier. 

Bonjour Gautier Serre, et merci de nous accorder cet interview.
D’emblée, on ne peut que s’incliner devant le travail accompli dans le nouvel opus tout juste livré, bravo et merci pour la galette.



Igorrr


– Vous collaborez avec de nombreux musiciens dans vos projets, et on entend d’ailleurs une multiplicité d’instruments dans cet album, allant jusqu’à un orchestre baroque au complet sur « Nervous Waltz »,  pouvez vous nous parler de ces collaborations et de ces gens auxquels vous faites appel ?

Gautier Serre : Pour Nervous Waltz, j’ai enregistré Benjamin Violet au violon, un ami de longue date que tu a pu entendre déjà sur les albums d’Igorrr, par exemple sur le morceau Tendon, Tout Petit Moineau, Problème d’émotion ou encore sur Dorma, de Corpo-Mente, c’est un violoniste baroque vraiment exceptionnel, il a un jeu reconnaissable entre tous et une couleur baroque magnifique.
A la place de faire venir tout un orchestre en studio, on a enregistré plusieurs couches de violons, 3 pour être plus précis sur cette intro baroque de Nervous Waltz, s’en suit un plus grand nombre de violons après, mais pour cette musique de chambre baroque, je ne voulais pas que ce soit trop fourni non plus, je voulais que ça reste assez épuré pour bien entendre les détails des cordes.
J’ai enregistré aussi le claveciniste Benjamin Bardiaux, on a fait venir un clavecin Napolitain au studio, un tout petit clavecin, une réplique d’un modèle du 17ème siècle qui sonne incroyablement bien, un détail et une finesse dans le son absolument sidérante.
En plus de ça, j’ai fait venir le violoncelliste Alexandre Peronny pour appuyer la mélodie au violoncelle, le tout enregistré l’un après l’autre, dans une même pièce, comme ça, la reverb de chaque instrument est la même et ça sonne vraiment comme les orchestres de chambre réduits du 17ème siècle.
Voilà comme on a procédé pour l’intro de Nervous Waltz, le reste du morceau a nécessité d’avantages de musiciens.

– Lorsque vous avez des invités instrumentistes, comment vous appropriez-vous l’écriture pour le dit instrument, et comment l’intégrez-vous dans une musique parfois très extrême comme le métal ? Avez-vous des collaborations régulières avec certaines personnes ?

Gautier Serre : J’écris les parties aux musiciens, soit je leur écris une partition midi, soit je joue leur partie à la guitare, comme j’ai fait pour l’intro de Downgrade Desert par exemple, j’ai écrit la partition midi à Mehdi Haddab, puis je lui ai enregistré à la guitare pour lui montrer toutes les intentions et les variations. Au fait, travailler avec autant de musiciens aussi différents, c’est une vraie galère.
Déjà, y’en a certains qui peuvent avoir peur de cette musique extreme, et de ce que je m’aptère à faire avec leur son. Surtout avec les instrumentistes traditionnels, l’ouverture aux musiques plus alternatives et extrêmes est quelque fois compliqué.
Une fois que tu a composé tous les morceaux, tu dois trouver la bonne personne pour jouer les parties dont tu a besoin, tu dois trouver le bon instrument avec le son qu’il faut, les bons micros et tous les périphs audio qui vont bien.
L’instrumentiste doit s’exercer avec le morceau pré-enregistré que je leur ai envoyé, ils doivent l’avoir bien dans les doigts pour être vraiment prêt le jour de l’enregistrement (ce qui n’était quasiment jamais le cas) au fait, on doit tout organiser avec le musicien à faire venir, le studio, la photographe (Svarta Photography, qui a filmé et documenté tous les enregistrements) et moi, le tout pour la même journée et tout ça pour chaque musicien.
Cela peut paraître bon à première vue, mais on parle ici d’une musique qualifié d’extrême par la plupart des gens, et quand tu dois enregistrer plein de différent instruments traditionnels, venants de cultures très différentes, c’est difficile de communiquer et de leur faire comprendre ce dont tu a besoin et certains d’entre eux sont un peu forcés à sortir de leur confort zone.
Chaque musicien a une touche très particulière, une culture bien à lui et un son qui lui est propre, il parle soit Anglais, soit Français, soit Turque, soit Grecque, mais tous ont leur propre langue, c’est assez compliqué de les enregistrer en leur faisant jouer ce qu’il faut, mais au dessus de ça, en plus d’avoir une vision très détaillé sur chaque parties à jouer, je dois moi garder en plus une vision globale de l’album et de comment tous ces éléments peuvent s’accorder ensemble ensuite, ce qui rend la communication des fois assez sportive.
Oui, j’ai des collaborations régulières, comme Laure Le Prunenec, Laurent Lunoir, Sylvain Bouvier, Nils Cheville, Antony Miranda, Erlend Caspersen, Benjamin Violet etc… ce sont des gens avec qui je collabore depuis très longtemps, je connais bien leur couleur de jeu et je sais que ce qu’ils apportent à beaucoup de valeur pour la couleur du son Igorrr.

– Vos influences en matières de styles et de sonorités sont multiples dans vos créations, que ce soit la musique baroque, les grands groupes de l’histoire du metal, les musiques traditionnelles arabes, slaves, indiennes et d’ailleurs ; vous aviez vous même cité lors d’autres interviews des références aussi vastes que Scarlatti, Rameau, Bach, Meshuggah ou encore Cannibal Corpse ; comment vous servez-vous de ces influences et comment les intégrez-vous dans votre musique ?

Gautier Serre : Je pense que ça se fait de manière naturelle, quand on adore un groupe et qu’on est abreuvé de leur musique depuis l’adolescence, au final, je pense qu’il y a des mécanismes qui se mettent en place, une sorte de logique de pensé musical qui se forme, c’est surement ce qui a du se passer justement avec Scarlatti, Bach, Rameau ou Chopin autant que pour Cannibal Corpse ou Meshuggah.


IGORRR – Spirituality and Distorsion


– Pouvez-vous nous parler plus en détail de votre collaboration avec George Fisher,
chanteur de Cannibal Corpse ?

Gautier Serre : Oui, alors, je n’ai pas grand chose à dire dessus, je pensais que ça allais être très compliqué, George Fisher est une vraie légende, alors qu’au final, on lui a envoyé un email, et il a répondu que ça pourrait être génial si ça se faisait. C’est tout.
En fait j’avais du mal à y croire au début, mais quand on a reçu les voix, j’ai halluciné, c’était les vraies voix du vrai George, en pleine forme, il nous à vraiment fait une performance de malade sur Parpaing.
Malgré son statut de véritable légende du metal, il a été ouvert à ça, faire des parties voix sur un groupe de musique qu’il a surement trouvé bizarre, et qui a une approche très différente de la musique que son groupe originel Cannibal Corpse, merci à lui pour son ouverture d’esprit et son attitude incroyable.

– Vous êtes fortement imprégnés de la musique baroque, et écrivez dans ce style sur plusieurs de vos titres. Avez-vous une formation de conservatoire ou d’école de musique ?

Gautier Serre : Non, je n’ai pas fait le conservatoire, je n’ai donc pas la rigidité d’esprit nécessaire pour pouvoir interpréter de la musique écrite par d’autres gens, par contre, j’ai baigné dans la musique classique et baroque depuis que je suis ado, pas par mes parents, mais simplement par moi même qui ai été instinctivement très attiré par ce style de musique, et notamment au début par Beethoven et sa Moonlight Sonata.

– Après le succès de votre album précédent, Savage Sinusoid, vous avez fait vos premières dates lives en Amérique du Nord, quel accueil avez vous reçu et quelle différence avec le public français et européen ? Chauvinisme oblige, avez-vous aujourd’hui le sentiment d’une reconnaissance internationale ?

Gautier Serre : On est parti aux Etats Unis sans savoir vraiment comment ça allait se passer, et on a pas été déçu ! Çà a été une tournée assez dur, beaucoup de route, on ne dormait presque pas parce qu’on arrivait très tard dans les hôtels et on repartais le matin très tôt, il faisait très froid et malgré le fait que certaines salles étaient vraiment remplis de fan complètement fous, on a vraiment ressenti comme un retour en arrière dans le sens ou les gens nous découvraient vraiment, alors qu’en Europe, on sens de plus en plus que les gens nous connaissent déjà.
Malgré ça, dans certaines villes comme Los Angeles, Boston ou Chicago, on a vraiment ressenti une très forte reconnaissance de la part du publique, j’espère retourner la bas bientôt !

– Lors de vos dernières tournées, pour les dates lives vous jouiez avec Sylvain Bouvier, Laurent Lunoir et Laure Le Prunenec. La formation va-t-elle rester inchangée pour les prochaines occasions ?

Gautier Serre : On va effectivement jouer encore une fois avec Laure Le Prunenec, Sylvain Bouvier et Laurent Lunoir, mais cette fois ci notre guitariste viendra avec nous en tournée, c’est Martyn Clément, on sera 5 sur scène pour le Spirituality and Distortion Tour.

– En raison de l’actualité, vous avez dû annuler l’ensemble de vos tournées et concerts pour une durée indéterminée. Comment cela affecte votre activité et quels sont vos plans pour maintenir le contact ?

Gautier Serre : On a du reporter nos tournées oui, et ça a été un vrai coup dur pour nous, les musiciens et les techniciens, on a tous souffert et on souffre toujours de ces reports de tournées, on était tous super excités à l’idée de reprendre la route et de jouer cette musique en live, on avait tout organisé pour ça et on s’était super bien préparés. Du coup on est encore plus énervés et quand les tournées vont reprendre, ça va chier.

– Et enfin, quels sont vos projets pour le futur d’Igorrr ?

Gautier Serre : La, on est tous concentré sur le report des tournées et de quand on va pouvoir enfin jouer ces morceaux en live. Çà prend tellement de place dans notre esprit que pour le moment y’a pas grand chose d’autre.

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