MusikÖ Eye FEST #3 : DOUCEUR NOIRE
Samedi 7 février 2026 – Crosne

Un peu de Douceur Noire dans ce monde de brutes…
Un petit fest orienté black metal au bel espace René Fallet à Crosne (91), cela ne se refuse pas !
L’association MusikÖ Eye nous propose ce samedi 7 février 2026 la troisième édition de leur fest intitulée à juste titre « Douceur Noire ». La deuxième édition date déjà de 2019, mais il faut dire qu’entre webzine, magazine papier, label, organisation de concerts, il y a de quoi faire !
La salle est belle et bien mise en valeur par de nombreux stands de nourriture, de merchs et notons la présence d’une belle exposition de Vincent Fouquet – Above Chaos, l’un des grands noms à l’univers sombre et torturé, qui est à l’origine de nombreux visuels de divers groupes de metal.
Dès les premiers instants, on sent que cela va être une journée mémorable. Le site est ouvert sur l’extérieur et permet d’aller prendre l’air frais, plutôt doux pour la saison, ou de réguler son taux de nicotine en fonction des besoins.
Les concerts commencent pile à l’heure vers 13h.
Prieuré :
La Bretagne est venue en force aujourd’hui, et c’est donc à un représentant du noir metal armoricain que revient l’honneur d’ouvrir cette journée « Douceur Noire ».
De la douceur, il n’y a en pas beaucoup chez Prieure, mais plutôt de la rugosité. En live, ces mélodies sombres écrasent littéralement la salle tout en puisant dans l’histoire française, les légendes et traditions régionales, mêlant fureur punk et mélodies sombres évoquant solitude et ténèbres intérieures.

L’ambiance est aussi sombre que la luminosité ambiante. Côté chant, il y a un aspect sale dans la voix sortant de sous la cagoule de jute de Sans-Visage, le créateur du concept de Prieure. Cette crasse est sans doute une des marques de fabrique du black metal au chant français. Si on y ajoute quelques passages mélodiques, l’ensemble forme un mélange authentique bien que peu raffiné, mais est-ce le but ?
Malgré l’heure précoce, il y a déjà une bonne centaine de personnes qui ont pu bénéficier de cet excellent show d’ouverture. Rien de tel qu’un bon gros coup de poings dans le ventre pour faciliter la digestion !
Les Bâtards du Roi :
Remarqués par leur excellent second album Les Chemins de l’Exil (sorti chez les Acteurs de l’Ombre), la jeune formation orléanaise parvient à l’exploit de produire un son encore plus intense et travaillé en concert que sur CD !

Ici le son est épuré, tout en gardant la puissance de ce bon vieux black metal médiéval, agrémenté des nombreuses plages mélodiques qui sont bien mises en avant. Leur univers médiéval sombre narre l’exil des frères régicides dans un royaume en ruines, mêlant riffs puissants, chœurs épiques et leads soignés.
On peut se dire que nous sommes déjà arrivés en début de soirée avec une telle qualité de prestation, alors qu’il n’est qu’à peine 14h !
Usquam :
Usquam font partie de la scène parisienne locale. Leur style tient clairement d’un blackened metal symphonique, mêlant violence black/death metal à des mélodies épiques et mélancoliques inspirées de Behemoth, Dimmu Borgir ou Anorexia Nervosa.

Leurs textes obscurs en français, anglais et latin explorent solitude, introspection et élévation spirituelle, portés par une vocaliste agressive. Jessy Christ, telle une sorcière post-moderne, capte l’attention pendant que le groupe s’exécute sans faute.
Versatile :
Ce groupe suisse, fondé sous l’impulsion du chanteur Hatred Salamander, exerce un style difficile à qualifier, que d’aucuns nommeraient horror metal. On perçoit les spécificités du metal extrême helvétique, avec toujours ce petit côté indu caractéristique qui trouve sans doute son origine dans l’histoire de Celtic Frost. Cependant, nous sommes dans une autre époque, et le son est résolument moderne, même si la souffrance et l’horreur reste la même. Leur récent album Les Litanies du Vide résonne durant un set esthétiquement riche.

À aucun moment, le spectateur n’a le temps de réfléchir, mais il se doit d’agir, parfois en secouant la tête, parfois en répétant à son voisin « c’est pas mal ce truc ! », parfois en récupérant un masque de carnaval distribué durant le concert.
Tel un véritable show interactif, on ne s’ennuie jamais. La surprise est permanente, comme le prouve l’arrivée de Jessy d’Usquam en fin de concert, venue pour un petit duo vocal.
Après l’usage d’un lance-flammes au dernier Motocultor, l’imagination semble être une des nombreuses qualités de Versatile. Vivement la prochaine fois !
Cataèdes :
Dans un tout autre style, le duo de Cataèdes s’est installé sur une petite scène dans un coin de la salle. Le public s’est assis au sol pour entendre la narration de Quentin Foureau.
Cataèdes est un projet français immersif mêlant conte oral sombre et folk ambient hypnotique, porté par le conteur Quentin Foureau et le compositeur Dorminn. Ce dernier n’intervient que de temps en temps, mais avec efficacité, créant les samples en direct, pile au bon moment.

L’ambiance sonore est essentielle pour faire vivre de l’intérieur les contes narrés avec ferveur.
Après une affiche jusqu’à présent très musclée, c’est un peu comme si l’on changeait de dimension. On se surprend à rester tout au long du spectacle, alors qu’initialement, on était venu par simple curiosité. Les contes s’enchaînent et on ne peut qu’admirer la prestation sans faute de ce duo d’outre-terre.
RüYYn :
Après cette parenthèse contée, la salle se redresse pour accueillir RüYYn. A l’origine, un one-man band français de black metal, créé fin 2020 par RxN qui gère tous les instruments et le chant en studio, est très influencé par le black metal dans la pure tradition des années 90 : rapide, efficace, avec néanmoins quelques mélodies.

Evidemment, sur scène, cela se voit. Pas de compromis, pas d’hésitations, juste du black !
Le batteur live en prend pour son grade, avec un certain humour brutal : « Notre pauvre batteur, il a besoin de se suicider, remarque, ça nous ferait de la pub ». Néanmoins, le show est assuré et sans fioriture.
Mortis Mutilati :
Programmé à la dernière minute en remplacement de Pensées Nocturnes, Mortis Mutilati évolue à travers une multitude de line-up depuis ses origines autour du bassiste-chanteur Macabre. Que de chemin parcouru depuis les débuts et les rats en putréfaction attachés au pied du micro !

La subtilité est davantage présente au fur et à mesure de l’évolution du groupe, plus de mélodie, du chant féminin, une certaine dose de romantisme noir mais on reste tout de même dans un bon black metal avec toute sa puissance.
Le show, idéal pour détecter l’épilepsie dans le public, de cette fin d’après-midi le confirme : Mortis Mutilati sait s’y prendre pour amener une délicate ambiance putride !
Aorlhac :
Le trio auvergnat, originaire de la cité des vents qu’est Aurillac (Aorlhac en Occitan), livre ici un show sans décorum ni apparat, dans le plus pur style viscéral qui leur va si bien. Pas de costume, pas de maquillage, rien, juste de la bonne musique jouée avec les tripes.

On ferme les yeux, et on se retrouve quelque part sur les hauteurs d’Auvergne, balayé par un vent froid et ancien. Efficace en tout cas !
Bliss Of Flesh :
Premier retard de la journée, Bliss Of Flesh débute avec quasiment une demi-heure de décalage sur l’heure annoncée. Tant pis, il y a le bar et les discussions en attendant.
L’attente vaut visiblement le coup : nous revenons aux racines de la scène black metal parisienne. Un de ces « vieux » groupes, forcément influencé par les sonorités brutales d’une autre époque, mais qui sait s’imposer devant un public conquis par cette belle journée !
On n’a beau avoir apprécié les excellentes prestations des groupes précédents, on monte clairement d’un ton. L’expérience est visiblement une qualité essentielle sur une scène, et Bliss Of Flesh n’en manque pas.

La lumière est difficile, et la scène alterne entre pénombre et contre-jours violents. Peu importe, c’est parfait pour ce black metal des origines, avec ses références religieuses, sa couronne de barbelés et son âme que ne renieraient ni Gorgoroth ni Marduk.
Le show coule de source, avec un rythme assuré et un son de qualité. Que demander de plus ? Pour certains, il s’agira de la tête d’affiche de la soirée, sans doute aussi en raison de la nécessité pour une part du public d’atteindre leur domicile malgré les transports en communs. La salle est donc à son maximum.
Temple Of Baal :
Autres vétérans de la scène parisienne, Temple of Baal subit l’heure « tardive » (pour la région parisienne) et débute son show vers minuit, devant une salle un peu plus vide qu’avant.
Plus de 25 ans de carrière, cela se mérite ! Le black/death est à clairement à l’honneur ici. Malgré un remplacement in extremis du batteur Belial, blessé à la main, par Rachid « Teepee » Trabelsi, ce dernier s’en sort avec brio. On ne remarque même pas qu’il n’a eu que moins de deux semaines pour apprendre le set. On ne peut que féliciter le remarquable travail de cet intérimaire.

Quoi qu’il en soit, Temple Of Baal fait ce qu’il sait faire : exécuter !
Exécution parfaite pour l’ensemble de la journée d’ailleurs, les bénévoles, stands et musiciens ont permis une très bonne 3eme édition de ce MusikÖ Fest version « Douceur Noire ».
N’oublions jamais que c’est grâce à ce genre de personnes que tout cela est possible : des bénévoles et des passionnés qui ont vendu (donné ?) leur âme au metal !
Le public était au rendez-vous et le succès est bien mérité. Vivement la prochaine édition !




























































