Shaârghot : Entretien avec Etienne
A l’occasion de la mise en ligne leur concert du 14 février 2025 à la Cigale nous publions l’interview qu’Etienne nous avait donné cet été lors du Festival 666, où il évoquait bien évidement ce concert, mais également l’évolution du groupe, les concerts à l’étranger et les projets de Shaârghot.
3ème participation de Shaârghot au Festival 666. Vous étiez déjà à l’affiche en 2019. On peut dire que vous avez grandi tous les deux ?
Oui, effectivement, 3e participation. Le festival a beaucoup changé, comme nous. En 2019, la première fois qu’on est venus, on venait de sortir le deuxième album et on avait fait notre premier Hellfest. C’est sympa de voir que le festival a grossi et de constater ce qu’il est devenu.
L’un comme l’autre, on a suivi une progression continue, sans fausse note, en consolidant les bases.
J’ai l’impression que depuis 2-3 ans le groupe a changé de dimension et tourne plus. C’est une réalité ?
Je ne sais pas si on tourne plus, mais on tourne mieux, ça c’est certain. L’idée, ce n’est pas de faire un maximum de dates : ce n’est pas un bon calcul pour moi. Si tu te rends trop visible dans une région, à un moment, les gens se déplacent moins.
Et quand on repasse dans une région, on essaie à chaque fois de faire une salle plus importante. Qui dit plus grosse salle dit forcément meilleure paye, donc équipe plus grande. Aujourd’hui, on est neuf : cinq musiciens, un performer, deux techniciens et une personne au merch.
On peut vraiment se poser pour faire les choses comme on en a envie, pas juste vite fait à l’arrache. Ça permet de prendre le temps de poser correctement notre univers et d’avoir les bons moyens.
Des fois, on nous propose des dates, mais les conditions ne sont pas réunies : on préfère refuser et repasser plus tard, quand l’audience aura augmenté et qu’on pourra proposer un show à la hauteur de ce qu’on veut faire aujourd’hui.
C’est important de présenter un show qualitatif, pas un truc au rabais. Donc oui : jouer moins, mais jouer mieux.
Tu évoquais le fait que vous étiez plus nombreux, que le show évoluait… mais j’imagine que tu dois encore te sentir limité dans ce que tu veux faire ?
Si on me pose la question, j’ai de quoi remplir Paris-Bercy en termes de scénographie, à l’heure actuelle, dans ma tête. On est limités, mais on commence à s’approcher de quelque chose qui me satisfait, au bout de dix ans. On approche des 15-20 % de ce que j’aimerais faire.
Le fait de mieux tourner nous permet d’avoir accès à plus de moyens : un meilleur parc lumière, plus de place, des décors mieux positionnés… Mais ne t’inquiète pas : j’ai encore plein d’idées.

Au sujet du concert de La Cigale, il y avait ce côté théâtre immersif. J’imagine que c’est quelque chose qui, pour le moment, est difficile de reproduire régulièrement.
Déjà, jouer deux heures, ce n’est pas possible. Ensuite, si je m’écoutais, je décorerais systématiquement la salle dans laquelle on joue.
Pour La Cigale, on avait prévu depuis un bail de ramener des performeurs dans la salle : que les gens soient accueillis par des membres du Great Eye, des Troopers, que l’ambiance lumineuse soit modifiée… Tout était fait pour installer une atmosphère pesante.
J’ai encore des idées pour amplifier tout ça, mais ce n’est pas faisable partout.
L’idée, c’est de raconter une histoire complète avec un show ?
Oui, on tend vers ça. Après, on n’est pas Kiss. On ne peut pas faire ça partout, surtout en festival. En France, c’est déjà miraculeux quand tu arrives à avoir 1h30 d’installation et de balance.
On a déjà eu des festivals en Allemagne où tu as 25-30 minutes max pour installer le plateau et faire les balances. Chaque minute compte.
Tu peux nous parler un peu plus en détail du concert de La Cigale, qui a été filmé ?
C’est des mois de travail et de préparation. Et le jour même, j’avais la tête qui tournait tellement il y avait de choses à caler. Heureusement, le réalisateur de nos clips et son équipe étaient là pour m’épauler.
Tu évoques les festivals en Allemagne. Tu peux nous parler de la réception de Shaârghot à l’étranger ?
On a l’impression de repartir des années en arrière, où les gens se disent : « C’est quoi ce truc ? » Et personne ne comprend vraiment ce que c’est avant de l’avoir vu.
On entend souvent les mêmes remarques : « C’est un Marilyn Manson-like », « c’est un Rammstein-like ». Et finalement, une fois le concert passé, les gens voient que non : ce n’est pas du tout pareil.
On souffre de cette réputation depuis le début. On n’est pas véritablement un groupe de metal indus traditionnel : c’est plus que ça. Les gens ont encore du mal à le comprendre.
Donc oui : quand on arrive dans un nouveau pays, on repart un peu à zéro, mais avec une équipe plus grande. Ce n’est pas juste trois mecs qui montent sur scène. On est plus crédibles qu’à l’époque, mais voilà : on repart quand même toujours quelques crans en dessous quand on arrive sur des festivals à l’étranger.

Tu peux nous parler du featuring avec le groupe suisse Versatile ?
À la base, on avait rencontré le chanteur du groupe, Nico, avant même que le groupe existe, lors de notre tout premier concert en Suisse. Il était venu voir la tête d’affiche et, après nous avoir vus, il est venu nous voir en disant : « Putain, c’est mortel ce que vous faites. »
Il avait un projet de groupe, on a gardé le contact. Puis il m’a envoyé des démos, le premier clip… et c’était vachement bien. Quand ils sont passés à Paris, je suis allé les voir au Klub.
Avec à peine quelques années d’expérience, ils avaient déjà un gros niveau de professionnalisme. J’ai accroché tout de suite, alors que le chant en français, ce n’est pas trop mon truc… et le black metal non plus.
Et pourtant, j’arrive à écouter leur album sans problème, même deux fois d’affilée.
C’est super bon : ça joue bien, les ambiances sont bien travaillées. Il y a du taf et du talent. Du coup, quand ils m’ont proposé le featuring, je n’avais pas de raison de dire non. Par contre, je ne chante pas en français.
Ça veut dire que Shaârghot peut basculer dans des univers parallèles ? Parce que Versatile, c’est plus ambiance médiévale que post-apo.
Pas dans tous. Mais là, ça me semblait cohérent : eux sont dans un univers onirique, sans véritable temporalité, donc le crossover a pu se faire. Ce n’était ni vraiment leur monde, ni le nôtre.
Je ne dirai pas oui à tous les groupes pour faire un clip : il faut que ça se justifie.
Tu es sollicité par d’autres groupes pour participer à des morceaux ?
Oui. Poser ma voix, il n’y a pas de souci : c’est un truc que j’accepte volontiers. Par contre, pour un clip, je réfléchis. Je ne veux pas faire apparaître le personnage n’importe où, sinon ça ne veut plus rien dire.
Pour Versatile, après en avoir discuté avec Nico, leur univers se rapproche du post-apocalyptique. C’est juste un post-apo beaucoup plus lointain que le nôtre, où il y a eu une très grosse régression technologique. Donc oui : beaucoup moins d’ambiance cyberpunk, etc. Ça reste cohérent.
Il y a un truc particulier avec Shaârghot : c’est son public. On croise des gens avec les t-shirts, évidemment, dans les concerts et festivals, mais on voit aussi pas mal de fans se déguiser, se maquiller, pour être en osmose avec ce que vous proposez sur scène. Peu de groupes ont généré ça.
Effectivement, je n’ai pas le souvenir de groupes dont les fans viennent maquillés comme le groupe qu’ils viennent voir… à part Punish Yourself, à une époque. Les gens venaient en fluo.
Après, on a développé quelque chose de particulier avec le lore, les personnages : un ensemble qui fait que les gens peuvent s’identifier, se créer un personnage, se transposer dans un univers avec un cadre posé, une époque, un contexte économique et social.
Ce qui est impressionnant, c’est que les gens se sont vraiment approprié l’univers.
Des poupées ont été créées par des fans à l’effigie de certains personnages du groupe. Il y a des gens qui se fabriquent une armure ou un masque, ou qui se sont tatoué le symbole de l’œil.
Il y a dix ans, j’étais très loin de penser qu’un truc pareil allait arriver. Je suis à la fois agréablement surpris… et en même temps, je ne sais pas trop comment le prendre.
Il y a quelques années, tu avais parlé d’un projet de jeu de rôle…
J’ai trop de projets en cours, je ne peux pas mener des combats sur tous les fronts, malheureusement. Oui, ce truc-là est toujours dans les tuyaux, mais il est en pause, parce que la priorité, c’est le montage du live.
Après ça, je me remettrai beaucoup plus sérieusement sur le Compendium, et on pourrait avoir un truc qui sortirait en version papier, avec la partie histoire, puis la partie règles : c’est vraiment l’idée.
Tu as commencé à bosser sur le nouvel album ?
J’ai déjà commencé à écrire de nouveaux morceaux, à bosser quelques idées… mais je ne vais pas donner de date ! Ça sortira quand ça devra sortir 😊
Merci à toi, Étienne.
De rien, avec grand plaisir. À bientôt !


